Les récents résultats financiers de NVIDIA ont dépassé les attentes les plus optimistes, pourtant l’accueil des investisseurs est resté tiède. Une réaction qui fait bien évidemment suite au phénomène DeepSeek, qui fut l’équivalent d’un gigantesque pavé dans la grande marre de l’IA (et de Wall Street par la même occasion). Des modèles open-source ultra-efficaces qui ont légèrement semé le doute sur la capacité de NVIDIA à maintenir sa domination dans le secteur.
Jensen Huang a tenu à clarifier la situation lors de la dernière conférence sur les résultats de sa firme et le message est clairement passé : NVIDIA restera NVIDIA malgré ces petits vents contraires.
La faim insatiable des algorithmes avancés
Loin de constituer une menace pour NVIDIA, les avancées de DeepSeek représenteraient au contraire un accélérateur de la demande en puissance de calcul, selon Huang. Le PDG a été catégorique lors de la conférence téléphonique : « Les modèles de raisonnement peuvent consommer 100 fois plus de puissance de calcul. Les futurs systèmes de raisonnement pourront en consommer bien davantage ».
Autrement dit : DeepSeek, des concurrents ? Certainement pas ! Plus l’IA se développe, plus NVIDIA vendra de ses puces surpuissantes, une équation simplissime. Aucune crainte à avoir concernant un potentiel ralentissement de la demande pour les fameux GPU de la firme de Santa Clara que les géants de l’IA s’arrachent.
Tout comme Sam Altman d’OpenAI, Huang n’a pas manqué de saluer l’apport de DeepSeek, qualifiant le travail de l’entreprise chinoise comme une « excellente innovation ». Il en a aussi profité pour souligner la belle place au soleil que s’est faite son modèle phare, DeepSeek R1 : « Ils ont mis à disposition de tous un modèle d’IA de raisonnement de pointe. Résultat : la quasi-totalité des développeurs en IA s’arrachent R1, ou s’inspirent de ses techniques de raisonnement par étapes et d’apprentissage par renforcement, pour booster les performances de leurs propres créations ».
L’inférence, un nouveau champ de bataille
Le secteur de l’IA est loin d’être à maturité et évolue, notamment au niveau de la répartition des charges de calcul. « La grande majorité de notre puissance de calcul aujourd’hui est en réalité consacrée à l’inférence, et Blackwell porte tout cela à un niveau supérieur », a déclaré Huang en référence à la nouvelle génération de puces de l’entreprise.
Contrairement à l’entraînement initial des modèles, l’inférence représente la phase opérationnelle où l’IA traite les requêtes en temps réel et génère des réponses précises. Aujourd’hui, ce segment devient le véritable moteur économique du marché, transformant les algorithmes en services commercialisables. Il y a deux ans, c’était un concept presque théorique, de nos jours, c’est une réalité lucrative.
Même si la société de Huang reste toujours très largement première dans cette course, « la concurrence commence à peser sur la position de NVIDIA, bien que ce ne soit pas très significatif à ce stade », observe Lucas Keh, analyste chez Third Bridge. En effet, le paysage concurrentiel s’est tout de même densifié en quelques mois seulement.
De nouvelles entreprises, spécialisées dans la conception de puces d’accélération de réseaux de neurones (dédiées à l’inférence) commencent à émerger lentement. On pourrait nommer Tenstorrent, entreprise dirigée par Jim Keller un ingénieur de renom ayant travaillé chez Apple et AMD, qui a annoncé près de 700 millions de dollars de levée de fonds. Etched, une autre entreprise américaine qui a bénéficié de 120 millions de dollars de la part d’investisseurs l’an passé.
Autre point d’inquiétude des invetisseur de NVIDIA : le développement de puces IA personnalisées par les géants du cloud comme Google et Amazon, susceptibles d’éroder la position dominante de l’entreprise. « On a entendu dire que leur part de marché [NDLR : celle de NVIDIA] pour l’inférence pourrait tomber à 50 % avec les changements du secteur », a expliqué Keh auprès de Business Insider.
Pour l’instant tout va bien, NVIDIA reste bien sagement assise sur son trône, mais il n’est pas dit que le secteur ne connaisse quelques remous au moyen/long terme. S’il y a bien une chose que celui-ci nous a apprise depuis l’explosion de ChatGPT : le marché de l’IA est très imprévisible et les géants d’hier ne seront pas forcément ceux de demain.
- Malgré des résultats financiers exceptionnels de la part de NVIDIA, les investisseurs restent prudents face à la montée en puissance de DeepSeek et d’autres acteurs de l’IA.
- Jensen Huang affirme que l’essor des modèles avancés ne menace pas NVIDIA, mais renforce au contraire la demande en puissance de calcul.
- L’inférence devient le nouveau moteur du marché, attirant de nouveaux concurrents et soulevant des questions sur la domination future de NVIDIA.
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