Si vous espérez prendre un taxi en Chine et payer en argent liquide, vous risquez une grande déconvenue et de nombreux refus. C’est en tout cas le constat du correspondant du Monde, Harold Thibault, au sein de l’Empire du Milieu en 2025, qui rappelle que l’utilisation des pièces et des billets est en forte baisse au profit du paiement électronique via les applications WeChat et Alipay massivement répandues sur place.
Certains regrettent le paiement en espèces
D’après notre confrère qui a interrogé certains commerçants dans le centre de Pékin, les derniers clients qui utilisent encore des pièces et des billets sont généralement âgés de plus de 80 ans. Ce n’était pas le cas il y a encore une décennie, mais ce changement majeur semble s’être opéré sans heurts, même si certains anciens le regrettent.
L’un d’eux déplore ainsi tristement : « Tout va trop vite, mon fils et même mon petit-fils de 8 ans m’ont installé WeChat et Alipay, mais c’est trop compliqué ». Un peu perdu à cause des nouvelles technologies, ce dernier est ainsi obligé de faire appel à des membres de sa famille pour des actes banals du quotidien, comme commander un taxi.
D’autres au contraire, se réjouissent de la simplicité d’utilisation de ces services numériques. Quoi qu’il en soit, cela a contribué à augmenter considérablement la force de frappe des géants de la Tech locaux.
D’après Le Monde, WeChat et Alipay sont utilisés comme des services bancaires par les habitants. Dans le même temps, les banques traditionnelles, toutes publiques, n’ont pas su proposer des fonctionnalités adaptées ni se mettre à la page pour coller à cette nouvelle donne.
Cette puissance des sociétés technologiques n’a du reste pas toujours été du goût des autorités. Nous vous avons déjà parlé du cas de Jack Ma sur Presse-citron. Le fondateur d’Alibaba, qui a pris l’initiative de critiquer le régulateur du secteur à plusieurs reprises, est devenu la cible du gouvernement. L’entrée en Bourse de la société a été bloquée, tandis que ce dernier a disparu pendant plusieurs mois et s’est même exilé. Il a finalement été reçu en début d’année par Xi Jinping, mais ses mésaventures ont en tout cas servi d’exemple.
Consciente de ses lacunes face au secteur privé, la Banque populaire de Chine a de son côté mis en place un yuan numérique, le renminbi digital, qui permet un paiement dématérialisé. Si le régime annonçait en 2022 que 260 millions de comptes ont été ouverts, notre confrère constate que cette monnaie digitale n’a pas su s’installer dans les habitudes des habitants.
La BCE planche sur l’euro numérique
Du reste, cette initiative pose aussi des questions de confidentialité évidente. Comme l’expliquait François Lenglet sur RTL en 2021 :
Néanmoins, cela veut dire aussi que les autorités pourront connaître toutes vos transactions. La fin du cash, c’est la fin de l’anonymat. L’état, ou plutôt la banque centrale, ce qui est pareil, car elle est sous contrôle du pouvoir politique en Chine, sait tout de vous, dans les moindres détails. Car vos transactions financières révèlent une bonne partie de votre vie. L’argent liquide, c’est la protection de la vie privée, alors que la monnaie électronique, c’est le rêve de Big Brother.
Rappelons pour finir que la Banque centrale européenne planche sur un euro numérique. Cela dit il ne s’agit en aucun cas d’une volonté de remplacer l’argent liquide, comme l’ont rappelé à plusieurs reprises les autorités du Vieux Continent.
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