Depuis l’opération Epic Fury le 28 février dernier, la guerre en Iran s’est étendue sur un conflit de 172 jours, soit 5 mois et demi. Après une baisse d’intensité au mois de juin et juillet à la suite notamment du protocole d’Islamabad, signé le 18 juin entre Téhéran et Washington, les bombardements ont repris de plus belle : 40 jours intensifs, dont deux semaines d’attaques quotidiennes. En ce mois d’août, la stratégie des États-Unis a un peu changé, avec un focus sur un blocus naval, atténuant les bombes pour une guerre économique.
Le président Donald Trump a annulé de nombreuses offensives en dernière minute à plusieurs reprises, tandis que le conflit reste globalement enlisé. Du côté de Téhéran, on est passé d’une posture défensive à une posture « pleinement offensive », a déclaré lundi 17 août à Reuters un haut responsable iranien, invoquant l’impasse des négociations avec les États-Unis. Un changement majeur. À moins que les États-Unis ne mettent en œuvre l’accord de cessez-le-feu de juin dans les prochaines semaines, l’Iran lancera une attaque « opportune et précise » pour briser le blocus, a averti le responsable.
La guerre principale n’a pas commencé, pense l’Iran
L’Iran a récemment réorganisé son armée pour la rendre plus agressive, et Reuters note que les factions au sein du gouvernement ont abandonné tout espoir de négociations. Du côté du Wall Street Journal, des sources rapportent que les services de renseignement arabes auraient détecté des préparatifs en vue d’une guerre plus vaste. On devrait ainsi s’attendre à de potentiels déploiements de commandants, d’armes et de renseignements iraniens auprès de milices régionales alignées au régime. L’escalade pourrait aussi se matérialiser par une éventuelle offensive terrestre au Koweït.
En parallèle, l’Iran pourrait inciter au trouble dans les pays voisins à forte population chiite, tout comme saboter des câbles internet dans le golfe Persique.
« En Iran, l’opinion générale est que la guerre principale n’a pas encore commencé », a déclaré au Wall Street Journal Mohammad Hassan Sangtarash, analyste de défense basé à Téhéran et proche du gouvernement iranien. « Ce que nous avons observé jusqu’à présent est de plus en plus interprété comme une escalade limitée et progressive visant à affaiblir les capacités avant une confrontation de plus grande ampleur. »
Les États-Unis s’affaiblissent
Côté américain, la guerre en Iran n’a jamais été soutenue par l’opinion publique. Les dépenses sont considérables, avec 37,5 milliards de dollars évalués par le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth. Auprès du Congrès, l’administration Trump a aussi demandé 67,1 milliards de dollars de crédits spécifiquement destinés au département de la Défense, et près de 87,6 milliards de dollars pour l’ensemble des administrations fédérales pour couvrir la poursuite des opérations, la maintenance et le renouvellement des stocks de munitions.
Au plus fort des phases d’intense activité, au printemps, Washington avait avancé le chiffre d’un milliard de dollars dépensés chaque jour par l’Armée. Des dépenses considérables, dues notamment à l’utilisation de missiles intercepteurs sophistiqués et très coûteux, face à des drones iraniens low-cost tels que les drones Shahed. En dehors des coûts, la pression américaine provient aussi des moyens humains, épuisés, notamment sur le porte-avions Abraham Lincoln, en mer sur une période record de plus de 250 jours, sans escale technique ou sanitaire pour les 5 000 marins à bord.
Pour répondre aux attaques américaines depuis 5 mois, l’Iran s’appuie aussi sur des soutiens locaux, avec en tête le Hezbollah au Liban (qui a rapidement rouvert les hostilités contre Israël), les Houthis au Yémen (menant des frappes asymétriques pour perturber le trafic maritime international et compliquer la logistique américaine) mais aussi des milices chiites en Irak et en Syrie. Au-delà, le soutien est aussi diplomatique, alors que l’Iran mène une politique de « Regard vers l’Est » qui lui offre un soutien de la Chine et de la Russie. Mais aucun de ces deux pays n’a directement pris part militairement au conflit.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.