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La levée de fonds qui a tué le game

Retour dans ce Kick off sur la levée de fonds record de Meero, qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours

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La levée de fonds qui a tué le game

Meero : la levée de fonds qui fait jaser, on en parle ?

Posted by Presse-citron on Monday, June 24, 2019

 

Vous en avez probablement entendu parler la semaine dernière : la start-up Meero a levé 230 million de dollars, soit l’équivalent de 205 million d’euros. Une levée qui a défrayé la chronique car il s’agit d’une somme énorme, surtout quand on sait que cette entreprise n’existe que depuis 3 ans. En partant de zéro comme cela c’est effectivement assez impressionnant.

Rappelons qu’il ne s’agit pas de la première levée réalisée par Meero puisque un premier tour d’investisseurs de quatre million avait été bouclé au moment de la création de l’entreprise, puis une deuxième levée l’an dernier de quarante-cinq million d’euros, ce qui porte à peu près l’ensemble des levée de fonds de cette entreprise à l’équivalent de trois cent millions de dollars, c’est-à-dire pratiquement cent million de dollars par an (si cette façon de voir les choses a une quelconque pertinence). Aujourd’hui l’entreprise revendique trente et un mille clients et fait travailler cinquante-huit mille photographe, avec des effectifs de six-cent personnes, un chiffre qui devrait doubler d’ici à la fin de l’année 2019.

Voilà pour les chiffres. Tout cela est assez impressionnant et forcément cela a beaucoup fait parler, divisant comme souvent dans ce cas de figure les observateurs en deux camps : ceux qui trouvent cela complètement délirant et injustifié, et ceux qui au contraire trouvent normal pour une entreprise française de se développer de la sorte, avec une ambition très marquée de devenir rapidement le leader mondial des plateformes de photographie.

Que fait Meero exactement ?

Mais que fait Meero exactement ? C’est peut-être le plus étonnant dans cette affaire, car au final on ne les connaît pas tellement. Très honnêtement si deux personnes de mon entourage proche qui connaissent personnellement l’un des co-fondateurs de Meero ne m’en avaient pas touché deux mots il y a quelques mois, je crois que je n’en n’aurais jamais entendu parler. Meero est à l’origine une plateforme internet mettant en relation des photographes avec des entreprises donneuses d’ordres ayant besoin de reportages photo sur mesure réalisés à la demande en un temps record. Vu comme cela, rien de très nouveau.

En matière de plateformes de mise en relation entre photographes et clients, dans le même registre on connaissait notamment Ouiflash (devenu récemment Ocus), qui était un petit peu sur le même sur le même créneau. Mais Meero n’était pas très connu du grand public probablement parce-que c’est une entreprise qui à l’origine est sur le segment BtoB, principalement dans l’immobilier, la restauration, le voyage et le lifestyle, avec déjà de solides références, comme Booking.com Expedia, Deliveroo, L’Oréal ou encore Louis Vuitton et Peugeot. Mais Meero souhaite désormais se développer aussi sur le marché grand public, comme par exemple la photo de mariage.

Que faut-il penser de cette levée de fonds qui propulse Meero dans le club très fermé des licornes françaises, à savoir les entreprises valorisées plus d’un milliard d’euros sans être passées par la case Bourse ?

Tout d’abord, je lis un peu partout qu’il serait facile de lever de l’argent et qu’il « suffit » de le faire pour grandir et devenir éventuellement riche. Une sorte de rengaine qui revient de façon récurrente à chaque grosse annonce. Et bien non les amis, ce n’est pas facile, pas facile du tout. C’est même très très difficile et j’en sais quelque chose. C’est très très difficile, et contrairement à la croyance populaire, il ne suffit pas de se pointer devant un parterre d’investisseurs avec juste un Powerpoint de dix slides. Il faut avoir une vraie vision, il faut connaître son très bien son marché et puis il faut surtout avoir un talent et un pouvoir de conviction énorme et ça je pense que c’est à mettre au crédit des dirigeants de Meero et notamment de Thomas, l’un des co-fondateurs, celui qui est le plus dans la lumière.

C’est probablement l’un des enseignements à tirer des levées importantes (voire de toutes les levées) : elles nécessitent un talent particulier que possèdent finalement peu d’entrepreneurs sérieux, et augurent généralement d’une suite assez favorable. Car si l’on a la grinta pour aller chercher des fonds de la sorte, il y a de grandes chances qu’on l’ait ensuite pour développer son affaire auprès des clients et des partenaires. Alors il est probable que quand on a fait une première levée qu’on a fait ses preuves, les levées suivantes soient un petit peu plus « faciles » parce que il y a les effets de levier et la confiance des premiers investisseurs.

Meero, l’ami des photographes, pardon, des créateurs ?

L’autre enseignement réside dans le positionnement et le discours des fondateurs de Meero. Il est intéressant de noter que Meero adopte un discours très protecteur sur le métier de photographe, en parlant de créativité, de communauté, d’artistes. Bien sûr on pourra toujours penser que c’est du bullshit et du storytelling pour masquer la précarisation, l’ubérisation et l’exploitation des photographes. Mais faut-il en vouloir à Meero ? Finalement la fameuse « plateformisation » des métiers créatifs, et notamment de la photo, n’est pas si récente puisque les plateformes de mise en relation entre des indépendants, des créatifs, des designers, des graphistes ou des photographes et des clients et des entreprises existent depuis très longtemps avec toutes les polémiques tous les débats qu’on connaît, et que l’on a connus. Rappelons par exemple que Fotolia a été créé il y a plus de 10 ans et a été racheté il y a 3 pour 800 million de dollars par Adobe. Donc l’ubérisation de la photographie et du métier de photographe ne date pas d’hier.

La question cependant reste posée sur la vraie création de valeur de Meero. La startup communique beaucoup sur ses algorithme d’intelligence artificielle, qui permettent de « libérer » les photographes du travail souvent ingrat de la retouche, qui monopoliserait la moitié de leur temps. Mais toute cette partie qui consiste à proposer une prestation de retouche de photo automatisée ne risque-t-elle pas de souffrir un moment d’une concurrence frontale que sont les outils de retouche basés sur l’intelligence artificielle disponibles désormais dans les smartphones ? Nous en avons déjà parlé, il existe aujourd’hui des apps d’édition photo qui permettent d’optimiser en quelques clics une photo d’une façon assez assez remarquable, de supprimer un élément parasite, une poubelle ou un poteau sur une photo en faisant juste un tap et avec le doigt.

Bien sûr l’écosystème de Meero va bien au-delà de cela, avec notamment des outils de gestion à disposition des photographes, ou encore un magazine photo (comme quoi, le contenu, toujours le contenu… ). Mais sa vraie valeur réside certainement dans ses équipes, qui ont réalisé en trois ans un travail impressionnant, illustrant une fois de plus la règle selon laquelle les investisseurs parient souvent sur les équipes, au-delà de la techno ou de l’idée (qui n’a rien de révolutionnaire en soi).

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