Passer au contenu

La NASA redécouvre une base militaire enfouie sous la glace depuis 60 ans

Enfoui sous plus de 30 mètres de glace, le Camp Century, ancienne base militaire américaine construite en 1959, réapparaît sur les radars de la NASA lors d’un survol du Groenland.

En plein cœur de l’immensité glacée du Groenland, une découverte inattendue vient raviver les souvenirs de la Guerre froide. Une équipe de chercheurs de la NASA, dirigée par Alex Gardner du Jet Propulsion Laboratory, a détecté les contours d’une véritable ville souterraine, vestige d’une époque où les États-Unis renforçaient leur présence stratégique dans le continent Arctique.

À cette époque, l’Arctique était une zone stratégique d’envergure et représentait une sorte de « ligne de front » entre les États-Unis et l’Union soviétique. La proximité géographique entre les deux superpuissances dans cette région, notamment au niveau du détroit de Béring, créait ainsi une tension très palpable. En plus de cela, les deux blocs soupçonnaient l’autre de vouloir exploiter les ressources naturelles abondantes de l’Arctique, comme le pétrole et le gaz. La Guerre froide a donc changé ce continent en un véritable terrain de confrontation entre l’URSS et les USA ; une transformation qui a laissé quelques traces.

Camp Century
Le Camp Century vu depuis les airs grâce à un radar embarqué. © Joseph MacGregor (NASA / GSFC)

La citadelle oubliée du Pentagone

En pleine Guerre froide, alors que la course à la suprématie technologique bat son plein entre les États-Unis et l’URSS, le Pentagone lance un projet qui défie l’imagination. Dans les étendues du Groenland, le Corps des ingénieurs de l’armée américaine entreprend en 1959, la construction d’une immense base militaire souterraine.

Le Camp Century incarne l’apogée du génie civil militaire américain de l’époque. Face à des conditions climatiques extrêmes – des températures plongeant jusqu’à -57° C et des vents hurlants dépassant les 193 km/h – les ingénieurs conçoivent une véritable ville sous la glace.

Le complexe, capable d’accueillir 200 soldats, comprend des dortoirs, des laboratoires, un hôpital, une chapelle, et même une salle de cinéma, le tout alimenté par un réacteur nucléaire portable PM-2A, une première mondiale dans l’Arctique. Le projet aura coûté au total 8 millions de dollars, soit plus de 80 millions de dollars actuels.

La construction elle-même relève d’un véritable exploit technique. Les équipes ont percé des tunnels dans la glace selon une technique révolutionnaire baptisée « cut-and-cover », créant un gigantesque réseau de galeries s’étendant sur plus de 3 km. Les structures, conçues pour résister à l’écrasement constant de la glace, sont maintenues à température constante grâce à un système de réfrigération complexe empêchant la fonte des parois.

Des secrets enfouis sous la glace

L’abandon du site en 1967 n’a pas marqué la fin de son histoire. Les décennies d’accumulation de neige ont progressivement enseveli la base, ainsi que ses 178 000 litres de déchets radioactifs émanant de son réacteur nucléaire. Les nouvelles images, obtenues grâce au radar UAVSAR (Uninhabited Aerial Vehicle Synthetic Aperture Radar) de la NASA, révèlent avec une précision inédite cette cité secrète. « Les nouvelles données révèlent les structures de cette ville secrète comme jamais auparavant », explique Chad Greene, glaciologue au laboratoire JPL (Jet Propulsion Laboratory) appartenant à l’agence spatiale américaine.

La redécouverte du Camp Century va de pair avec des questions environnementales assez préoccupantes. La fonte progressive de la calotte glaciaire du Groenland pourrait un jour exposer ces installations et leurs déchets toxiques, constituant une menace potentielle pour l’écosystème arctique, déjà fortement fragilisé. Les effets de la contamination pourraient se faire ressentir pendant des décennies, voire des siècles et leur gestion demandera une coopération internationale entre les nations concernées : les États-Unis, le Danemark et les pays arctiques.

  • La NASA a redécouvert le Camp Century, une base militaire souterraine construite par les États-Unis sous la glace du Groenland durant la Guerre froide.
  • Ce complexe était immense, pouvait abriter 200 soldats et était alimenté par un miniréacteur nucléaire.
  • Abandonné en 1967, il renferme des déchets radioactifs qui pourraient émerger avec la fonte des glaces.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech

6 commentaires
6 commentaires
  1. Camp Century Military Area, Avannaata, Greenland – Location: 77.1850000, -61.1250000

    Un peu plus au sud, la base spatiale de Pituffik :
    Base aérienne de Thulé jusqu’en 2023), la base la plus septentrionale de l’United States Space Force depuis le 20 décembre 2019 et auparavant de l’United States Air Force (USAF), située à 1 524 km du pôle Nord.
    Location: 76.54, -68.75

    J’ignorais tout de ce Camp Century, zone militaire U.S. enfouie. “Rien ne se perd, tout se transforme” … ou refait surface.

  2. bonsoir,

    la base est encore plus problématique, un tunnel entre usa et URSS à été creusé (ou pas)

    un bombardier usa se crashe sur ce site, bombe de thule perdue et récupérée ou pas (nucleaire)

    bref, clive cussler à été un des enquêteurs , pour retrouver l épave , peut être condamner les entrées du tunnel

    nul ne sait où a été déplacé les ogives

    clive cussler est décédé depuis peu,

    donc ….

    1. Thule AFB, son B-52 et l’ogive sont en effet de notoriété publique. Par contre j’ignorais tout d’un hypothétique tunnel reliant la base à l’URSS d’alors. On dit tant de choses de nos jours que le conditionnel, comme vous l’invoquez avec le “(ou pas)”, s’impose comme toujours sans preuve avérée, même si les preuves quand il s’agit de défense nationale ont toujours été une vue de l’esprit, à juste titre parfois voire souvent voire toujours. Ceci étant l’absence de preuve ne saurait induire quelque spéculation que ce soit, dans quelque sens que ce soit : le quidam ne sait pas, n’est-ce pas ? En tous les cas je l’ignore.

    1. Basse bassesse que cette base militaire ? 🙂 On plaisante 🙂
      Comme vous je suis intrigué par ce ‘Camp Century’. Tout ce qui est enfoui, secret prête le flanc à la curiosité, c’est humain et c’est normal. Ce qui est peut-être sinon plus particulier du moins plus développé de nos jours c’est la tentation de remplacer l’absence de réponse par des spéculations érigées en certitudes, tentation à laquelle un nombre croissant d’hurluberlus cèdent 🙂 D’où l’impératif, comme vous en exprimez le désir, d’en savoir plus … de source sinon autorisée du moins fiable, et c’est là toute la mission d’un journalisme d’investigation.

Les commentaires sont fermés.