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La Normandie ne veut pas perdre sa marque automobile Hopium

La startup fait face à une crise financière. “On doit réajuster le tir”, disait son fondateur en début d’année.

Face à la difficulté de se lancer en tant que nouveau constructeur automobile, et face à la hausse du coût de l’énergie et des composants, Hopium est en crise. Moins de six mois après la présentation de son premier concept de voiture à hydrogène, sa trésorerie passait de 4,9 millions d’euros à seulement 20 000 euros, entraînant du retard dans le paiement de ses fournisseurs et une difficulté de rester fidèle à son plan initial. “Au premier semestre, la perte nette atteignait 9,5 millions d’euros”, annonçait début janvier le journal Les Echos. Vendredi dernier, la Normandie a voté un plan d’aide de 2 millions d’euros pour lui prêter main-forte.

La région qu’a choisie Hopium pour y assembler ses futures voitures d’ici 2025 souhaite débloquer une enveloppe que la startup devra rembourser sous 18 mois, à taux zéro. Normalement, cela devrait être suffisant pour continuer à investir en recherche et développement et embaucher 28 nouveaux salariés, tout en donnant un signal aux investisseurs que la marque reste dans la course. Normalement, Hopium pourra s’appuyer sur LDA Capital, un groupe d’investissement alternatif américain, pour un montant d’argent frais de 50 millions d’euros sur 3 ans. Mais sur ce point, l’équipe d’Hopium reste très secrète.

Avoir choisi la Normandie et la petite ville de Douains, entre Évreux et Vernon, est une décision stratégique pour la startup qui souhaite se retrouver proche des acteurs de la production d’hydrogène en France comme Air Liquide et ArianeGroup. Cela dit, le même problème revient, peu importe où l’on se trouve : à ce jour, peu d’acteurs capitalisent sur la voiture à hydrogène tant celle-ci se frotte à beaucoup plus d’obstacles que la voiture électrique classique avec batteries. Même s’il est plus pratique et rapide de faire le plein d’hydrogène plutôt que de recharger une voiture à une borne, que l’autonomie théorique peut atteindre 1000 km, la production d’hydrogène offre des rendements très faibles.

Si vous regardez le rendement à l’hydrogène, il est catastrophique. Il faut consommer énormément d’électricité pour produire de l’hydrogène. Peut-être que cela va se développer, il y a beaucoup d’effets d’annonces notamment sur la production d’hydrogène vert, mais quand on compare à un véhicule électrique, c’est un non-sens écologique pour nous”, commentait à Presse-citron Xavier Chardon, le PDG de Volkswagen Group France. “Surtout pour une utilisation privée comme la vôtre. Aujourd’hui, à court et moyen terme, nous ne voyons pas d’autre potentiel d’application de l’hydrogène que pour des véhicules qui tournent en boucle comme des bus ou des camions”, ajoutait-il.

Une aide “exceptionnelle”

La Normandie n’arrête pas d’y croire cela dit. Pour le président de la région, Hervé Morin, les difficultés liées au contexte économique ne doivent pas entraver l’espoir de relancer l’industrie locale et notamment sur le développement de ces nouvelles entreprises capitalisant sur l’alternative de l’hydrogène. L’année dernière, la région organisait à Rouen la 9e édition des Journées Hydrogène dans les Territoires pour renforcer les liens entre les différents acteurs venus s’installer ici, notamment Hopium. France Hydrogène choisissait d’installer l’événement dans la région tant celle-ci est devenue la première du pays en termes de consommation, à raison de près de 350 000 tonnes par an et 38 % de la production nationale.

Au travers de cette aide exceptionnelle qui doit permettre à l’entreprise [Hopium ndlr] de poursuivre sa croissance dans un marché mondial très concurrentiel, la région réaffirme sa volonté de soutenir le développement industriel de son territoire et de porter une véritable ambition pour le rayonnement de la filière hydrogène normande”, commentait l’élu à la suite du vote de la semaine dernière pour injecter 2 millions d’euros dans le constructeur automobile en devenir.

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