Les jeunes actifs sont proportionnellement plus nombreux que leurs aînés à s’absenter pour cause de maladie. Voilà ce qui ressort du 9e baromètre annuel de Malakoff Humanis, réalisé en partenariat avec l’Ifop. L’enquête, menée en janvier 2025 auprès de 3 000 salariés du secteur privé et 400 dirigeants d’entreprise, révèle que près d’un jeune actif sur deux (49 %) âgé de 18 à 30 ans s’est vu prescrire un arrêt maladie en 2024. Ce chiffre dépasse de 7 points la moyenne nationale et atteint presque le double du taux observé chez les salariés de plus de 60 ans (26 %).
Ce phénomène soulève forcément son lot de questions : les jeunes sont-ils en moins bonne santé que leurs aînés ? Assistent-on à une dégradation de leur bien-être ? Ou bien s’agit-il d’un changement de rapport au travail et à la santé, amorcé depuis la pandémie de Covid-19 ?
Changement de mentalité
Pour Anne-Sophie Godon-Rensonnet, directrice accompagnement social et prévention chez Malakoff Humanis, il ne s’agit pas d’une dégradation de la santé des jeunes, mais bien d’une évolution de leur rapport à celle-ci. « Nous avons échangé avec des médecins, qui constatent un réel changement depuis la pandémie : les jeunes actifs ont pris conscience que la santé est un bien important, qu’il faut la préserver. Ils ne vont pas plus mal que les autres mais lorsqu’ils ne vont pas bien, ils hésitent moins que les autres à se mettre en arrêt », explique-t-elle aux Echos.
Cette évolution se traduit dans les chiffres : 27 % des jeunes actifs ont explicitement demandé un arrêt maladie à un médecin, contre 20 % pour l’ensemble des salariés. Paradoxalement, ils se déclarent aussi en meilleure santé que la moyenne : 69 % des moins de 30 ans estiment être en bon état de santé, contre 64 % pour l’ensemble des salariés.
Ce n’est donc pas une santé plus fragile qui explique la hausse des arrêts, mais un rapport décomplexé à la maladie et à la prévention. Les jeunes n’hésitent plus à solliciter un arrêt lorsqu’ils en ressentent le besoin, alors que les générations précédentes pouvaient hésiter par crainte du jugement ou par sens du devoir.
Le principal motif d’arrêt maladie chez les jeunes reste la maladie « ordinaire » (grippe, gastro-entérite…), citée par 44 % d’entre eux, un chiffre comparable à celui de l’ensemble de la population (40 %). Mais un autre phénomène interpelle : la progression des arrêts pour troubles psychologiques et épuisement professionnel. En 2024, 22 % des jeunes actifs ont été arrêtés pour ces raisons, soit 6 points de plus qu’en 2019, et davantage que la moyenne nationale (16 %).
Les jeunes salariés concernés pointent du doigt les exigences de leur travail, l’environnement professionnel, les relations interpersonnelles parfois tendues, ainsi que la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle. L’entrée dans la vie active, souvent synonyme de précarité et d’incertitude, est vécue comme une période particulièrement stressante : 66 % des moins de 30 ans jugent leur emploi stressant, contre 54 % pour l’ensemble des salariés.
Des arrêts plus fréquents, mais moins longs
Si les jeunes sont plus nombreux à s’arrêter, ils s’absentent en revanche moins longtemps que leurs aînés. En 2024, la durée moyenne d’un arrêt maladie chez les jeunes actifs était de 12 jours, contre 15 jours pour l’ensemble de la population et 23 jours pour les plus de 50 ans. Cette différence s’explique principalement par la prévalence des maladies chroniques chez les plus âgés, qui nécessitent des arrêts plus longs.
Face à cette réalité, les jeunes ne manifestent pas un désengagement vis-à-vis du travail. Bien au contraire, 81 % d’entre eux déclarent chercher systématiquement à améliorer leur façon de travailler. Ils expriment cependant des attentes claires : une charge de travail allégée, une meilleure reconnaissance, plus de flexibilité et un suivi médical renforcé en entreprise.
Pour les employeurs, le défi est donc de taille. Il s’agit d’adapter les politiques de ressources humaines à ces nouvelles attentes, en misant sur la prévention, la reconnaissance ainsi que la qualité de vie au travail. Car si la santé est un bien important, elle est aussi le socle d’une performance durable, tant pour les salariés que pour les entreprises.
- Les jeunes actifs prennent plus souvent des arrêts maladie que leurs aînés
- Les troubles psychologiques et le stress liés à l’entrée dans la vie active expliquent une part croissante de ces arrêts.
- Les jeunes attendent de leur employeur davantage de reconnaissance, de flexibilité et de prévention pour préserver leur santé
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