Longtemps considérée comme un simple inconfort social, la solitude est aujourd’hui un enjeu de santé publique. Enjeu devenu si important à l’échelle mondiale que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a même créée en 2023 une Commission sur le lien social. Selon l’agence : « Les taux élevés d’isolement social et de solitude dans le monde ont de graves conséquences sur la santé et le bien-être. Les personnes qui n’ont pas suffisamment de liens sociaux étroits sont davantage exposées au risque d’accident vasculaire cérébral, d’anxiété, de démence, de dépression, de suicide et bien d’autres maladies ».
Une affirmation confirmée par cette étude récemment menée par l’Université d’Harvard et publiée le 24 juin dans la revue eClinicalMedicine. Selon les conclusions de cette dernière, la solitude chronique augmenterait le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) de manière conséquente. Un risque théoriquement comparable à celui de fumer quinze cigarettes par jour.
Une corrélation inquiétante
Cette recherche pionnière, qui s’est penchée sur la corrélation entre l’évolution du sentiment de solitude et le risque d’AVC au fil du temps, met en lumière une augmentation stupéfiante de 56 % du risque d’AVC chez les individus de 50 ans et plus souffrant d’une solitude persistante, comparativement à ceux ne ressentant pas ce sentiment d’isolement.
S’appuyant sur les données issues de l’étude sur la santé et la retraite menée par l’Université du Michigan, cette enquête d’envergure a initialement sollicité plus de 12 000 participants âgés de 50 ans et plus, n’ayant jamais subi d’AVC, entre 2006 et 2008. Quatre ans plus tard, environ 9 000 d’entre eux ont participé à un suivi, permettant ainsi une analyse longitudinale approfondie et de baser leur analyse sur deux points de mesures.
Les chercheurs ont donc catégorisé les participants en quatre groupes distincts : « constamment bas » (score bas de solitude aux deux points de mesure), « rémittent » (ceux qui avaient des scores élevés au début, mais bas lors du suivi), « apparition récente » (l’inverse) et « constamment élevé » (ceux qui avaient des scores élevés aux deux points de mesure).
Après avoir étudié divers facteurs confondants tels que l’isolement social et les symptômes dépressifs, l’étude a révélé que les individus considérés comme solitaires dès le début de l’enquête présentaient un risque accru d’AVC de 25 % par rapport à leurs homologues ne souffrant pas de solitude. Plus alarmant encore, ce risque grimpait vertigineusement à 56 % pour les membres du groupe « constamment élevé ».
L’impact insidieux de la solitude chronique
Ces travaux ont été menés sous l’égide du Dr Yenee Soh, chercheuse associée à la Harvard TH Chan School of Public Health. Pour elle, aucun doute, ceux-ci ont mis en exergue un problème insoupçonné : « La solitude est de plus en plus reconnue comme un problème de santé publique majeur. Nos découvertes en soulignent encore plus l’importance. En particulier lorsqu’elle est chronique, notre étude indique que la solitude pourrait jouer un rôle crucial dans l’incidence des AVC, déjà l’une des principales causes de handicap et de mortalité à long terme dans le monde ».
L’analyse approfondie des données recueillies révèle une distinction essentielle à opérer entre la solitude passagère et celle qui s’installe durablement. Ainsi, ce sont les individus confrontés à un sentiment d’isolement persistant qui se trouvent les plus exposés aux risques cardiovasculaires. Cette découverte revêt une importance capitale dans l’élaboration de stratégies préventives efficaces, suggérant la nécessité de cibler prioritairement les personnes souffrant d’une solitude chronique.
Vers des solutions concrètes
La détection précoce et la prise en charge des individus en proie à un sentiment d’isolement persistant s’avèrent être un des axes primordiaux dans la prévention des AVC. Selon Soh : « Des évaluations régulières de la solitude permettrait de repérer les personnes chroniquement isolées, qui présentent alors un risque accru d’AVC ».
Il est primordial de distinguer le concept de solitude, qui relève d’une perception subjective de déconnexion sociale, de celui d’isolement social, qui se mesure de manière plus tangible par la fréquence des interactions sociales. Cette nuance est essentielle pour élaborer des stratégies d’intervention adaptées et efficaces.
Pour contrer les effets délétères de la solitude sur la santé, une approche holistique s’impose, c’est en tout cas ce que défend Soh. « Si nous ne prenons pas en compte leur sentiment de solitude, tant à une échelle individuelle que collective, les conséquences sur la santé pourraient être graves ».
Les résultats de cette étude sont assez alarmants, la solitude étant l’un des grands maux de notre siècle. Rien qu’en France, « en 2023, 12 % des Français se trouvent en situation d’isolement total, et une personne sur trois n’a aucun ou qu’un seul réseau de sociabilité. En ce qui concerne le sentiment de solitude, une personne interrogée sur cinq indique se sentir régulièrement seule (21 %). Parmi elles, 83 % souffrent de cette situation, un chiffre en progression de 4 points par rapport à 2020 » selon le réseau Fondation de France. Une situation qui empire donc avec les années.
- Une étude menée par Harvard a mis en corrélation le sentiment de solitude avec un risque d’AVC plus élevé.
- Les personnes souffrant de solitude chronique peuvent voir, dans le pire des cas, ce risque augmenter de 56 %.
- Ces résultats devraient servir, dans l’idéal, à élaborer de nouvelles stratégies pour prévenir les AVC.
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