Après le premier envol du Rafale F4.3 en juillet 2025, une évolution du célèbre chasseur français, la Direction générale de l’armement (DGA) a annoncé, dans un communiqué diffusé le 2 novembre la livraison au centre DGA Essais en vol du Rafale B374. Un biplace qui ne verra jamais le moindre théâtre d’opération, cet aéronef a été désigné Rafale Avion banc d’essais (ABE), un « laboratoire volant » selon la formule du ministère des Armées.
Le Rafale ABE est entièrement dédié au développement du standard F5, la plus grande évolution du mythique chasseur omnirôle, best-seller absolu de Dassault Aviation, depuis son entrée en service dans la Marine nationale en 2001. Attendu pour le début des années 2030, le F5 est un chantier d’une ampleur telle que la DGA a estimé indispensable de disposer de son propre appareil d’essais, plutôt que de continuer à emprunter le Rafale B348 à l’armée de l’Air et de l’Espace.
Le Rafale ABE : un cobaye volant
Dernier-né d’un lot de soixante-treize Rafale commandés en 2021 à Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA (vingt-huit appareils issus de la 4e tranche de production, notifiée en 2009, et douze commandés en 2021 pour remplacer des chasseurs cédés à la Grèce), le B374, dès sa sortie des chaînes de Mérignac, a été acheminé vers la base d’Istres. Livré dans le même standard F4.1 que les chasseurs actuellement en service dans l’armée de l’Air et de l’Espace et la Marine nationale, l’appareil doit être intégralement réinstrumenté avant de pouvoir remplir sa mission.
Les équipes d’ingénieurs de DGA Essais en vol et de Dassault vont le modifier en profondeur, afin qu’il puisse recevoir des « Installations d’Essais et de Mesures (IEM) », selon les termes officiels du communiqué. C’est une instrumentation embarquée qui permettra de mesurer en vol le fonctionnement de ses équipements et d’en récupérer les données pour les transmettre aux équipes au sol. Ceux-ci incluent, selon la DGA, des « systèmes de navigation et d’attaque, capteurs, armements, systèmes de communication ou encore logiciels de bord ».
Une fois qu’il aura reçu cette instrumentation dans sa version réversible, le B374 sera mis à contribution sur les dernières évolutions du standard F4 encore en cours de validation, le temps que Dassault Aviation prépare l’étape suivante. Programmée pour le second trimestre 2027, l’entreprise récupérera l’appareil pour que sa cellule entière soit revue, afin qu’elle puisse accueillir « une instrumentation de vol complète et permanente ».
En 2028, le B374 reviendra à Istres complètement métamorphosé : son ordinateur de bord aura été remplacé par un calculateur spécifiquement dédié aux essais, désigné EMTI « orange » (pour Ensemble modulaire de traitement de l’information). Une version reprogrammable du « cerveau » de l’avion, conçue pour accueillir des logiciels et des capteurs absents des Rafales actuels. C’est grâce à cette évolution que les ingénieurs testeront en vol, un par un, les systèmes du futur standard F5.
Le premier à passer sur le banc sera le RBE2 XG de Thales, successeur du radar à antenne active équipant aujourd’hui tous les Rafales, qui permet aux pilotes, entre autres, de détecter leurs cibles à plusieurs centaines de kilomètres. Le modèle actuel (RBE2) remplit déjà cette fonction, mais ses modules d’émission sont moins sensibles. En version XG (qui embarquera un nouveau semi-conducteur), la DGA estime que la portée de détection devrait progresser de 30 à 70 %, un bond qui permettrait au Rafale de repérer un appareil ennemi bien avant d’entrer lui-même dans son champ de détection.
Après l’échec du SCAF, le Rafale est seul à bord
Le Général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, lors d’une audition au Sénat en mai 2026, avait déclaré les propos suivants, rapportés par le magazine en ligne Afterburner : « Le standard F5 est un jalon essentiel pour nous. C’est un nouvel avion, on aurait même dû l’appeler autrement ».
Effectivement, si le F5 est la dénomination administrative, l’ampleur et la diversité des modifications prévues pour la prochaine génération du chasseur le placent bien au-delà de ce qu’ont apporté les standards F3 ou F4. Tous embarqueront le nouveau moteur M88 T-REX à poussée augmentée de Safran et pourront transporter le missile nucléaire ASN4G (Air-Sol Nucléaire de 4e Génération) de MBDA. Ils partiront en mission accompagnés de drones furtifs et seront également protégés par une toute nouvelle version de SPECTRA (Système de Protection et d’Évitement des Conduites de Tir du RAfale) entièrement numérisé et dopé à l’intelligence artificielle. Une mue plus que nécessaire depuis l’abandon du programme SCAF en juin 2026, laissant le Rafale hériter de facto du rôle que le système de combat franco-allemand devait remplir : être le pilier de la supériorité aérienne nationale jusqu’en 2060.
- Le Rafale ABE, un biplace laboratoire volant, a été récemment livré à la DGA pour tester les équipements de la prochaine génération F5.
- Prévu pour 2028, le Rafale ABE sera modifié pour accueillir des systèmes avancés, dont un nouveau radar et un calculateur dédié aux essais.
- Le standard F5 marque une évolution majeure du Rafale, essentiel pour maintenir la supériorité aérienne française jusqu’en 2060.
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