Depuis que nous conscientisons de manière plus complète l’impact de notre alimentation sur la planète, de nouvelles solutions sont envisagées. Le site Valtus en dénombre plusieurs : fermes urbaines verticales, alimentation à base d’algues, imprimante 3D alimentaire ou viande cellulaire (cultivée en laboratoire). Cette nouvelle trouvaille plutôt surprenante nous vient de Corée du Sud et pourrait faire partie de cette dernière catégorie. Ces chercheurs ont publié les résultats de leur étude le 14 février dans la revue Matter. Ils ont réussi à mettre au point un riz cultivé en laboratoire enrichi de cellules de muscle et de graisse de bœuf. Simple délire scientifique ou réponse potentielle aux défis futurs de la sécurité alimentaire mondiale ?
Une technologie prometteuse pour la nutrition
Ce « riz-bœuf » est le résultat de culture de cellules animales sur un support, ici du riz. Le tout est immergé dans un milieu propice au développement de ces cellules hybrides. Au niveau gustatif, pas grand-chose à voir avec du riz à priori : celui-ci est plus ferme, et son goût est décrit comme plus « noisette » que le riz classique.
Le plus important n’est sûrement pas le goût de ce nouvel aliment, mais bel et bien son profil nutritionnel. Si le riz est déjà intéressant de ce point de vue en raison de sa teneur en protéines végétales, sa pauvreté lipidique et sa forte teneur en minéraux et oligo-éléments, ce croisement change un peu la donne. En effet, ce nouveau type de riz contient de ce fait plus de graisses et de protéines.
Jon Oatley est biotechnologue animalier à l’Université d’État de Washington à Pullman. Il souligne : « Trouver des sources alternatives de protéines ou rendre la production animale conventionnelle plus efficace est crucial (…) C’est probablement l’un des enjeux les plus importants pour l’avenir de l’humanité ». Ce riz enrichi pourrait être l’une des solutions pour venir au secours des communautés en insécurité alimentaire dans le monde. Selon Terre Solidaire, l’insécurité alimentaire concernait 2,3 milliards de personnes en 2021 et celle-ci ne fait qu’augmenter depuis 2015.
Un projet complexe mais prometteur
Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs se sont heurtés à de nombreux obstacles. La principale difficulté a été de parvenir à faire adhérer les cellules animales au grain de riz. Pour cela, ils ont mis au point un enrobage spécial, concocté à partir de gélatine de poisson et de transglutaminase microbienne, un additif couramment utilisé dans l’industrie pour prolonger la durée de vie des aliments.
Cet enrobage a permis aux cellules de muscles et de graisse de bœuf de s’attacher de manière plus efficace aux grains et de croître correctement. Pour parvenir au résultat souhaité, ce « riz-bœuf » nécessite une semaine totale de croissance.
La mise au point de cet enrobage ouvre la voie à des améliorations potentielles, notamment l’augmentation de cellules bovines par grain de riz, améliorant encore sa teneur en protéines.
Vers une alimentation durable et accessible
Ce riz hybride, en plus de son profil nutritionnel (7 % de graisse en plus et 9 % de protéines par rapport à un riz classique), comporte plusieurs gros avantages. Le premier étant son prix. Il est nécessairement plus cher que du riz normal (2,20 dollars le kilo), mais bien moins cher que la viande de bœuf (14,88 dollars le kilo) puisque son coût de production est estimé à 2,23 dollars le kilo.
Pour les communautés défavorisées, il pourrait garantir une source de nutrition abordable et assez efficace s’il est un jour produit à plus grande échelle.
Autre avantage : son empreinte écologique est bien moins lourde que la production de viande bovine, avec un bilan carbone beaucoup plus intéressant. Selon Trajectoires, la production de viande équivaut à 14,5 % de la production de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. La viande de bœuf fait figure de mauvaise élève, puisqu’elle est celle pesant le plus lourd dans la balance. Pour en produire 1 kilo, ce sont 60 kg de CO2 qui sont libérés dans l’atmosphère.
Le « riz-bœuf » est déjà une prouesse technique et scientifique en soi. En voie d’amélioration, il pourrait très bien être l’un des piliers de l’alimentation d’urgence de demain. En effet, la faute à nos habitudes culinaires, voir cet aliment au menu d’un restaurant ou dans notre assiette quotidienne reste tout de même difficile à imaginer. Toutefois, il se peut qu’un jour nous n’ayons plus vraiment le choix de nous tourner vers ces solutions pour continuer à nous nourrir. Dans les années 1940, il aurait été délicat de prévoir que des millions de steaks hachés allaient sortir des usines un jour à l’échelle mondiale. Quatre-vingts ans après, c’est pourtant bien le cas ; preuve qu’il ne faut jamais être sûr de rien.
- Des chercheurs sud-coréens ont réussi à mettre au point un riz hybride enrichi de cellules de bœuf.
- Ce « riz-bœuf » a été complexe à mettre au point, mais présente un profil nutritionnel très intéressant.
- Il pourrait être envisagé pour lutter contre l’insécurité alimentaire et venir au secours de populations défavorisées.
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