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Le spatial européen en crise à cause d’un contrat entre l’UE et SpaceX

L’Union européenne vient de signer un accord avec les États-Unis pour le lancement de quatre satellites de navigation Galileo depuis des fusées Falcon 9 de SpaceX.

L’Europe était dans un cul-de-sac, elle a trouvé une issue de secours avec SpaceX, mais s’est peut-être condamnée de la même manière. Pour comprendre ce casse-tête sur le vieux continent, il faut commencer par faire un état des lieux des forces en présence.

L’Europe dispose d’un secteur du New Space en pleine expansion. De nombreux lanceurs légers sont en cours de développement et ils devraient rejoindre l’orbite basse dans les prochaines années. Dans le même temps, ArianeGroup continue de développer Ariane 6. On vient d’ailleurs d’apprendre que le premier booster de la fusée était fin prêt. Le premier vol de cette nouvelle génération devrait avoir lieu au cours de l’été.

Si l’avenir est donc radieux pour le spatial européen, c’est sa situation à l’instant T qui est dramatique. En effet, l’Europe ne dispose aujourd’hui d’aucune fusée capable de lancer des satellites en orbite géostationnaire (3600 km).

Or, l’Europe a un besoin urgent de mettre à jour sa constellation Galileo, en charge de la navigation et de l’observation de la Terre. Sans un lancement dans les prochains mois, Galileo pourrait perdre de sa superbe et être technologiquement rattrapé par le système GPS américain, un revers géostratégique que le vieux continent ne peut pas se permettre.

SpaceX à la rescousse

Pour ne pas en arriver là, l’Europe a annoncé, à la fin de l’année dernière, la signature d’un contrat de partenariat avec SpaceX. L’entreprise américaine, détenue par Elon Musk, doit prendre en charge quatre lancements de satellite Galileo.

Mais cette dépendance à une entité extérieure comme SpaceX est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe. En effet, le vieux continent est aujourd’hui un client de SpaceX. L’entreprise américaine est alors libre de fixer les prix qu’elle souhaite pour ces lancements, étant donné qu’elle est la seule solution acceptable pour l’Europe. L’autre option étant de lancer ces satellites avec une fusée chinoise ou russe, une alternative géopolitiquement impossible.

Le piège se referme

Alors que le développement d’Ariane 6 prend du retard, et que la fusée présente déjà quelques caractéristiques d’un autre temps (booster à poudre, premier étage non réutilisable…) l’Europe voit en SpaceX une solution de plus en plus “convenable” pour lancer des missions spatiales.

Déjà l’an dernier, au cœur de l’été, l’Europe avait utilisé une fusée de l’entreprise d’Elon Musk pour envoyer son télescope spatial Euclid en orbite. La multiplication de ces vols faits par SpaceX pour le compte de l’agence spatiale européenne sera à surveiller dans les prochaines années. Dans le domaine spatial, la souveraineté est un bien fragile, qui peut facilement se perdre.

Un drame pour des dizaines d’entreprises

Mais les premiers touchés par la signature de ce contrat entre l’Europe et SpaceX, ce ne sont pas les États qui vont perdre leur souveraineté spatiale, ce sont avant tout les dizaines d’entreprises qui travaillent actuellement sur un lanceur spatial. Ces dernières doivent déjà faire face à une forte concurrence interne, et voilà qu’elles doivent maintenant affronter leur grand frère SpaceX. Un combat de David contre Goliath, mais sans fronde cette fois.

Pour l’heure, l’ESA promet que dès qu’une solution de lancement européenne sera en capacité d’envoyer des satellites en orbite de façon sécurisée, elle sera privilégiée à SpaceX. Ces promesses pourraient cependant être aisément balayées par les offres de SpaceX, financièrement beaucoup plus intéressantes que les jeunes entreprises européennes.

Il faudra donc surveiller avec attention les prochains choix de l’ESA. L’agence spatiale européenne utilisera sûrement encore des fusées de SpaceX dans les années à venir, mais est-ce que cela se fera aux dépens d’entreprises européennes moins avancées ? Seul l’avenir nous le dira.

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6 commentaires
6 commentaires
  1. Et oui voilà la Grosse erreur des dirigeants européens d Airbus !!! Au grand jour! Ils n ont eu d yeux que pour “sa majestée” Ariane 6 !! Et ont délaissés plutôt dédaignés Avio et sa performante en devenir fusée ligth Vega !!! Un lanceur léger qui devaient être accompagné financièrement par Airbus pour booster cette superbe entreprise Italienne ultra perform comme bien d autres de l industrie Aéronautique convoitées par de nombreux pays du monde !! GB Japon Australie et regards .?
    Maintenant il faut demander et payer cher et attendre pour lancer un Sat ! Pas mal.
    Merci Thank you merci a vous Tous

  2. L’orbite géostationnaire est à 36000 km et pas 3600 km.
    Les satellites de la constellation Galileo ne sont pas sur une orbite géostationnaire, mais vers 23000 km.

    1. Approximation pour approximation, l’orbite en question est à 35 800 km. (Source Wikipedia)
      Ceci étant l’Europe est néocapitaliste et la France est néo même chose donc c’est le premier qui ban… qui bai…. Ou alors on demande aux néo communistes. Le mieux ce serait quand même que nos entreprises sous perfusion du pognon du contribuable, se sortent les doigts et arrête d’inventer la roue carrée. Au Burkina Faso, ils le savent déjà.

  3. La France a developpé son programme spatial national et sa base de Kourou seule en Europe puis à généreusement offert une grande partie du CNES à Ariane Espace donc à l’Allemagne pourtant sans compétences depuis 1945, puis à divers pays européens ne sachant même pas faire une voiture… Résultat l’Allemagne est devenue le véritable décideur et nous a interdit de poursuivre nos programmes comme la navette Hermès, à tenté de tuer Ariane V prévue pour Hermès, à interdit les vols habités, à tué les vaisseaux ravitailleurs type Jules Verne, à repoussé Ariane VI au delà de la date de péremption puis, il y a 2 ans, à pris le contrôle de Arianespace. Désormais elle annonce son propre site de lancement, son véhicule orbital et sa fusée ! Quelle décadence de nos politiciens et de notre pays désormais à la ramasse. Restent des ingénieurs fonctionnaires au Cnes qui pantouflent faute de crédits et de vision spatiale nationale… Seule la France avait une politique ambitieuse dans ce domaine.

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