L’édito du lundi : Sortir du modèle publicitaire

Difficile pour un média pure player internet de sortir du modèle économique « tout publicitaire ». C’est pourtant ce que nous essayons de faire.

Cet article fait partie de notre nouvelle section, « L’Edito du lundi », que je publie tous les lundi matin à 9 heures pétantes. Ça parle de digital, de geekitude, mais aussi d’autres sujets plus éloignés de nos thèmes habituels, parce-que a fortiori nous sommes des hommes avant tout (les initiés comprendront). Bonne lecture, bisous.

Chez Presse-citron nous avons comme tous nos confrères vécu pratiquement exclusivement de la publicité pendant de nombreuses années. Il faut dire que la simplicité du modèle est assez tentante et incite à une certaine facilité : vous signez un accord avec une régie, elle vous fournit un petit bout de code à poser ici et là dans vos pages, et roule ma poule, pour peu que le trafic du site soit significatif, vous encaissez des sommes assez rondelettes à la fin de chaque mois. Ajoutez à cela une pincée de Google Adsense et le tour est joué. Attention, quand je parle de sommes rondelettes, comprenez-moi bien : je parle de sommes qui permettent de faire vivre le site, de se verser une rémunération décente, de rémunérer une ou deux personnes à plein temps ainsi qu’une équipe de rédacteurs pigistes. Si les tarifs publicitaires sur internet étaient équivalents à ceux de la presse écrite, je serais certainement beaucoup plus riche que je ne le suis, et Presse-citron aurait de somptueux locaux avec une rédaction de 20 personnes. Bref…

Un modèle économique idéal ? A petites doses, peut-être. Mais un modèle très rapidement dévoyé car nombreux sont les médias qui sombrent dans l’excès, qu’il s’agisse de blogs personnels mais aussi de « grands » médias historiques et bien installés, chez qui le niveau de pression publicitaire est devenu insupportable, avec deux conséquences imparables : l’explosion du taux d’équipement en dispositifs de bloqueurs de pubs d’une part, et d’autre part la fuite des visiteurs dès qu’une réclame est jugée trop intrusive. A titre d’exemple, même si je n’en n’étais pas un gros consommateur, j’ai depuis longtemps désinstallé l’application TF1 de mon iPhone, ainsi que de nombreuses autres, car je ne supportais plus de devoir me taper d’incessants et incontournables écrans de publicité à chaque clic sur l’application.

Vous le savez probablement, chez Presse-citron nous avons depuis deux ans tenté une autre voie : relever le défi de développer un modèle économique différent, non pas sans aucune publicité, mais avec une façon différente de gérer cette dernière. Nous avons donc résilié nos contrats avec les régies publicitaires et supprimé les bannières Google Adsense pour privilégier un modèle mettant en valeur une sélection de marques avec qui nous travaillons sur le fond et avec lesquelles nous avons des affinités naturelles. Ce modèle prévaut depuis début 2015 non sans une certaine réussite puisqu’il nous a permis de rendre la navigation sur le site plus agréable sans bannières publicitaires classiques, tout en faisant très nettement progresser notre chiffre d’affaire « publicitaire ».

Aujourd’hui nous sommes convaincus que cette voie est la bonne et nous continuons à travailler sur l’élaboration et la pérennisation d’un modèle sans pub en réfléchissant à différents moyens de monétiser notre audience et notre réputation. Il y a certainement encore de nombreuses pistes à explorer pour y parvenir et nous mettons tout en œuvre pour cela. Ce qui induit une évolution de notre métier entre d’une part l’éditorial pur (média) et les prestations annexes plus proches de celles d’une agence (hors média). Le tout étant de respecter un équilibre afin de ne pas perdre notre identité en route.

Dans la partie média, nous tirons des revenus de notre offre Entreprise Premium, des partenariats de visibilité, des billets sponsorisés ou encore des séries avec un sponsor en signature. Nous pouvons certainement faire encore plus et mieux dans ce domaine car une grande partie de notre inventaire éditorial n’est pas exploitée. La section Paroles de Pros par exemple pourrait certainement intéresser un sponsor de par l’expertise qu’elle représente. Idem pour la série [detox]. Nous allons également développer l’affiliation, une piste jamais vraiment explorée sur Presse-citron, notamment avec Udemy.

Dans la partie hors-média, nous développons plusieurs prestations qui restent proches de notre ADN, à savoir autour des contenus : production de contenus en marque blanche ou signés Presse-citron avec le Content Labs, développement d’une offre packagée originale de couverture de conférences et autres évènements, et depuis quelques semaines la nouvelle offre Newzshots en marque blanche également, qui commence à intéresser de nombreuses marques, et pas les moins connues. Il y a également le service PowerPress, que nous essayons d’améliorer constamment par petites touches et dont le redémarrage avec la nouvelle version est plutôt prometteur.

Et bien sûr nous avons lancé il y a dix jours deux nouvelles offres Club Lecteur Premium (démarrage en trombe !) et Agenda des événements, sur lesquels nous avons l’ambition de fonder une part significative de nos revenus à moyen terme.

En temps que fondateur et rédac’chef de Presse-citron, j’avoue avoir mis pas mal de temps à admettre qu’un média était aussi un produit et qu’il devait être commercialisé comme tel, suite à des années de complexes nés d’une culpabilisation permanente d’une partie des internets qui considérait que « la pub c’est mal » et qu’un blog « ne doit pas gagner d’argent ». Cette époque stupide est révolue et il me semblait important de mettre à plat en toute transparence notre rapport à la monétisation et la façon dont nous voyons notre média évoluer. Car nous ne réussirons pas sans vous, nos lecteurs, et plus particulièrement ceux d’entre vous qui sont totalement allergiques à la publicité et qui sont prêts à nous accompagner dans la construction de ce modèle en participant financièrement à notre indépendance éditoriale.

Sans pub donc, mais pas sans revenus.


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7 commentaires

  1. J’avais bossé pour un site spécialisé dans l’informatique il y a quelques années. Et leur modèle était aussi d’afficher de la pub un peu partout sur leur site et d’être payé à l’affichage. Ce modèle marche quand le trafic du site est élevé. Mais s’il y a une baisse, les revenus baissent. Et au final ils fonctionnaient toujours en flux tendu.
    Ils ont changé leur modèle pour etre apporteur de profils (affiliés quoi) pour diverses sociétés (et leurs activités et évènements) via des ebooks et des mailings ciblés où les tarifs des leads étaient négociés directement avec le client final.
    Et ça marchait mieux que leur modèle précédent.
    Ces deux exemples montrent que le modèle peut etre changé, oui. Mais il faut aussi que la cible et l’audience soit spécialisée dans un domaine.
    Sur les sites des grands médias généralistes (type TF1 comme dans l’exemple cité) ça reste compliqué de produire du contenu pour des marques (même variées) ou même de faire de l’affiliation comme dans mon exemple. L’info n’est pas « orientée ».
    Mais je suis certain qu’on trouvera quelque chose pour supprimer ces infâmes intersticiels video ou ces pubs 100% qui t’empechent de voir ton contenu qui se lancent à chaque article/video.

  2. L’offre par abonnement ? Elle marchera si les contenus sont 1-de qualité, 2-exclusifs.
    Si l’article est offert gratuitement sur d’autres sites, on se demandera pourquoi payer pour le lire ?

    J’ai déjà supprimé les flux rss des sites qui sont devenus payants : on y venait en visiteur et maintenant on y est exclu car non client.

    Tout se monétise car adblock a tué la pub…

    • Eric

      C’est vrai, mais ceux qui râlent contre la pub et qui utilisent des Adblocks sont aussi souvent ceux qui râlent quand ça devient payant. Ce sont les autres qui nous intéressent : ceux qui admettent qu’un média doit afficher un niveau de pub « supportable » et/ou de créer des formules sur abonnement. Et je crois qu’une grande partie des lecteurs de Presse-citron est dans cette deuxième catégorie, la preuve avec l’abonnement Lecteur Premium qui décolle de façon très encourageante.

  3. J’ai « liké » ta dernière remarque, Eric, parce que je suis de ceux-là!
    Oui, je suis prêt à payer pour éviter ces pollutions que constituent certaines publicité sur le web… je suis déjà abonné à quelques sites qui vivent de leurs abonnés — je ne citerai pas leur nom parce que ce n’est pas l’objet — les deux modèles me semblent en effet destinés à deux types de contenus bien différents comme l’énonce Seb.
    Néanmoins, que l’équipe de Presse-citron, que je suis depuis de nombreuses années — il y avait un site qui s’appelait Pdafrance à l’époque… —ne m’en veuille pas, mais si le lecteur doit payer, il faut lui offrir du contenu aussi irréprochable que possible : La situation s’est améliorée, mais il reste encore systématiquement des fautes dans presque tous les articles… J’espère donc que l’argent récolté par les abonnements vous permettra d’engager quelques correcteurs supplémentaires.
    Votre contenu reste intéressant et pertinent, votre site est un des incontournables du web « tech » français, aussi je vous souhaite de réussir cette transition.
    Merci en tous les cas pour toutes ces années…

    • Eric

      Merci pour ton commentaire et ta fidélité 🙂
      Nous sommes conscients de nos lacunes et je reprends souvent les rédacteurs sur les coquilles, mais en fait nous n’avons pas la prétention de faire payer pour nos contenus car ils ne sont pas exclusifs, et clairement nous ne sommes ni Mediapart ni le New York Times 🙂
      Si vous regardez bien notre offre Premium, nous l’avons orientée sur d’autres avantages qui ne sont pas liés aux contenus mais à divers services et offres originales. Nous pensons que c’est une meilleure voie. Mon credo personnel est que quand on enrichit le site avec une offre d’abonnement cela ne doit pas se faire au détriment de ce qui est gratuit. Autrement dit, 100% des contenus et services présents sur le site sont accessibles sans aucun changement, et les offres Premium viennent en plus, pas en substitution.

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