Passer au contenu

Les origines secrètes de Pokémon : quand les insectes inspirent un génie (Ep. 1/5)

Dépassant Star Wars, Marvel, Harry Potter et même Disney, Pokémon est devenu la franchise la plus lucrative du monde en à peine 29 ans d’existence. Retour sur la création des monstres de poches, leurs histoires, et leurs influences sur la culture mondiale.

Il y a parfois des hasards qui font bien les choses dans la vie. C’est une suite d’évènements heureux qui ont mené un jeune japonais que rien ne prédestinait au jeu vidéo à créer Pokémon, un phénomène culturel mondial qui ne connait aucune limite. Cette série d’articles explorera les origines de cette franchise légendaire pour décrypter les éléments qui en font un cas unique dans l’histoire de la pop culture.

Un créateur qui voulait rester en dehors de la lumière des projecteurs

Satoshi Tajiri
© Satoshi Tajiri

Avez-vous déjà entendu parler de Satoshi Tajiri ? Bien qu’il demeure dans l’ombre et reste méconnu du public, il a pourtant révolutionné le monde du jeu vidéo. Son nom ne vous évoque peut-être rien, mais vous connaissez assurément Pokémon, l’œuvre de sa vie.

Satoshi est né à Tokyo en 1965. Cet enfant timide et solitaire nourrissait une véritable obsession. Il adorait se balader dans les hautes herbes des parcs de la capitale où il collectionnait les coléoptères aux couleurs chatoyantes.

L’étude des insectes n’était pas sa seule passion. À l’instar de nombreux adolescents de sa génération, il découvre les salles d’arcades et leurs jeux vidéo, summum de l’innovation technologique des années soixante-dix. Ses performances étaient si remarquables qu’un responsable d’établissement lui cède une ancienne machine Space Invaders.

Cette passion pour le jeu vidéo devient si dévorante qu’il n’hésite pas à démonter sa propre Famicom (l’équivalent de notre NES au Japon) afin d’en découvrir le fonctionnement. Mieux encore, il participe à un concours de création de jeu vidéo organisé par Sega dont il remporte le premier prix.

À l’âge de 24 ans, Satoshi lance Game Freak, une publication dédiée sans surprise à l’univers vidéoludique. Plus précisément, il bricole un fanzine avec les moyens du bord. Les cinq copies du premier numéro sont rédigées manuellement et assemblées à coup d’agrafeuse. Satoshi ne pourra faire mieux, les salles d’arcades ayant fini d’essorer son porte-monnaie.

Le retentissement des premiers volumes excède largement les attentes de Satoshi. Débordé par l’afflux de demandes, il sollicite son ancien camarade d’école Ken Sugimori. Celui-ci s’occupera entre autres de l’illustration des articles. Retenez bien son nom, il jouera un rôle essentiel dans l’aventure Pokémon.

Durant sa courte existence (16 numéros seulement), Game Freak rencontra un joli succès. Il fut l’un des pionniers de la presse spécialisée consacrée aux jeux vidéo tels qu’on la connaît encore aujourd’hui.

La réussite de cette entreprise n’a pas suffi à Satoshi. Au moment de la sortie des magazines en 83, le domaine du jeu vidéo est vu comme un eldorado après les immenses succès de Space Invaders et Pac-Man.

Rien qu’aux États-Unis, cette industrie représente alors 5 milliards de dollars. Malheureusement, l’avidité des studios mène à la production de quantités de jeux médiocres inondant le marché. Satoshi décide de prendre les choses en main en produisant des expériences vidéoludiques de qualité.

De la simple collection d’insectes à un concept impérissable

« Toutes les choses que j’ai faites quand j’étais enfant se sont en quelque sorte rassemblées en une seule : Pokémon. » C’est dans ses expériences personnelles que Tajiri a puisé chaque point clé venu constituer le concept de Pokémon, dont l’idée de base des développeurs était d’en faire un RPG (Role Playing Game ou jeu de rôle).

Pendant son enfance, il constate avec tristesse la réduction des zones naturelles de Tokyo. À l’aide de Pokémon, il souhaite offrir l’opportunité à chaque enfant de vivre une expérience similaire à ses pérégrinations extérieures.

Le jeune Satoshi adorait collectionner les insectes au point qu’il fut surnommé Dr Bug (docteur insecte) par ses camarades. Il remarqua en faisant participer ses criquets à des courses que les insectes expérimentés gagnaient plus souvent. Cette constatation mena à l’un des principes majeurs du jeu. Les monstres de poches combattent afin de gagner en expérience, pour ensuite évoluer en Pokémon encore plus puissant.

Au moment où Tajiri cogitait sur d’autres idées pour son projet phare, la Game Boy connaissait déjà un important succès au Japon. Au détour d’une balade, il croisa par hasard deux gamins en train de jouer avec leurs consoles Nintendo reliées par un câble.

Pokémon
© The Pokémon Company

Il imagine des insectes ramper sur celui-ci d’une console à une autre. Une autre idée qui deviendra un des piliers du concept de Pokémon. Les joueurs pourront non seulement combattre avec leurs monstres de poche, mais aussi se les échanger. Cet éclair de génie participera à constituer une véritable communauté autour des jeux.

Capsule Monsters
© The Pokémon Company

Avant de pouvoir s’échanger les Pokémon et de les faire combattre, fallait-il encore que Satoshi trouve un moyen pour le joueur de se procurer les fameuses créatures. Il s’inspire des gashapon, ces machines très populaires qui distribuent contre quelques Yen un jouet dans une capsule de plastique. Les premières illustrations font état de monstres de poche contenus dans celle-ci. Il imagine alors ce qui deviendra une version virtuelle de la capsule. La Pokéball est une balle spécifiquement conçue pour capturer les Pokémon.

Le contexte du développement de Pokémon

équipe de développement Pokémon
© GameFreak

Pokémon a été développé dans un contexte bien particulier par le studio Game Freak, un nom choisi en hommage au magazine de Tajiri. Le développeur a connu de nombreux écueils avant de pouvoir se consacrer entièrement à Pokémon. Régulièrement au bord de la faillite, Game Freak a développé une dizaine de jeux sans grandes ambitions, en conservant tout de même certains standards de qualité.

Le développement de Pokémon débuta en 1990, mais fut marqué par de longues périodes d’incertitudes financières. Satoshi investit toutes ses économies dans le projet et l’équipe accepte de travailler régulièrement sans salaire. Certains employés n’ont eu d’autres choix que de quitter l’entreprise en cours de route.

La Game Boy ayant des capacités techniques plus que limitées, il a été difficile de programmer un jeu aussi ambitieux. L’équipe fit preuve d’une grande créativité afin d’optimiser le code. Elle réussit même à intégrer tous les éléments souhaités, comme les 151 Pokémon originaux ainsi que le système de combat.

Satoshi Tajiri croyait dur comme fer en son concept et travaillait à un rythme effréné de 24 heures de création pour 12 heures de sommeil. Le développement du jeu est aussi chaotique que particulièrement long avec 6 années de travail acharné. Pokémon est arrivé au moment de ce qui aurait dû être la fin du cycle de vie de la Game Boy.

Un nom qui aurait pu être bien différent

Maintenant connu dans le monde entier, il est logique de s’interroger sur l’origine du nom Pokémon. Tajiri souhaitait de prime abord nommer le concept « Capsule Monsters », s’inspirant des fameuses machines gashapon.

Seulement, le destin en avait décidé autrement étant donné que cette appellation était indisponible pour des raisons légales. Pour contourner ce problème, Capsule Monsters est devenu Pocket Monsters, tout du moins au Japon.

À l’international, Satoshi s’est encore heurté à une barrière juridique, le nom étant trop similaire aux jouets Monster in My Pocket. S’est alors imposée la contraction de Pocket Monsters, devenant ainsi Pokémon. Anecdote amusante pour les amoureux de linguistique, l’accent aigu a été ajouté au « e » de « Pokémon » afin que les anglophones prononcent bien « Pokay-mon » et non pas « Pok-ee-mon ». Un accent qui a aussi tout à fait sa place dans la langue de Molière.

Nintendo, jamais très loin de la licence

Nintendo a joué un rôle déterminant dans la naissance et le succès de la franchise Pokémon. Le géant japonais a tout de suite décelé le potentiel qu’avait l’idée de l’imaginatif créateur de Pokémon.

Cela commence avec Shigeru Miyamoto, le légendaire créateur de Mario et Zelda, qui prend Tajiri sous son aile. Son mentorat a été inestimable afin d’affiner le concept du jeu. L’une de ses contributions les plus significatives est l’idée des « starters ». Plutôt que de débuter avec un Pokémon faible que l’on abandonnera à la première occasion, Miyamoto a suggéré de donner aux joueurs le choix entre trois Pokémon de départ. Cette décision a profondément influencé la structure du jeu, tout en aidant à créer un lien émotionnel fort entre les joueurs et leur premier Pokémon.

L’entreprise a aussi joué un rôle crucial dans la localisation du jeu pour les marchés occidentaux. Ce processus impliquait non seulement la traduction, mais aussi l’adaptation de certains éléments culturels pour les rendre plus accessibles à un public international. Par exemple, certains noms de Pokémon ont été modifiés pour refléter leurs caractéristiques dans différentes langues.

C’est le cas de l’anglais, l’allemand et du français, qui bénéficient de transcriptions ayant demandé une grande ingéniosité. Évidemment, il a été plus facile pour les francophones de retenir des noms à consonances françaises, ce qui a grandement participé au succès de Pokémon dans notre pays.

Une fois le développement terminé, Nintendo a déployé sa puissante machine marketing en adoptant une stratégie innovante pour l’époque.

L’éditeur a complété la sortie du jeu avec une série animée et des cartes à collectionner. Cette approche a créé un phénomène culturel qui a rapidement dépassé les frontières du Japon. Une manœuvre qui a également contribué à maintenir l’intérêt de la Game Boy bien au-delà de sa durée de vie prévue.

Rendez-vous prochainement sur Presse-citron afin de découvrir notre deuxième épisode qui la création de cet empire Pokémon, au-delà même du jeu vidéo.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech