Dans un entretien accordé au Lenny’s Podcast, la 29ᵉ employée de l’entreprise, aujourd’hui directrice produit, lève le voile sur deux décennies passées aux côtés du PDG de Meta. De ses méthodes d’apprentissage à sa philosophie managériale, elle esquisse le portrait d’un dirigeant visionnaire et exigeant envers lui-même et ses équipes.
Les quatre commandements de Zuckerberg
Gleit met d’abord en avant les capacités cognitives de l’homme d’affaires : « Je dis toujours que Mark est un apprenant-né, pas un monsieur-je-sais-tout. Il est la personne la plus rapide à acquérir des compétences parmi toutes celles que j’ai rencontrées ».
Il y a une dizaine d’années, dans une salle de classe d’East Palo Alto, Zuckerberg couchait sur le tableau noir les principes fondamentaux de sa réussite. Ces quatre maximes résonnent encore aujourd’hui dans l’esprit de Gleit : « Aimez-vous vous-même », « Servez les autres » , « Concentrez-vous sur ce que vous pouvez contrôler » et « Pour ces choses-là, n’abandonnez jamais ».
Cette dernière règle, souligne-t-elle, reflète particulièrement bien la personnalité du fondateur de Meta, connu pour sa détermination sans faille. « Pour ma part, le troisième principe est celui qui me parle le plus : “concentre-toi sur ce que tu peux contrôler”. Probablement parce que j’ai tendance à vouloir tout contrôler, même ce qui m’échappe » explique-t-elle. L’engagement de Zuckerberg dans son apprentissage personnel en témoigne : il a relevé le défi d’apprendre le mandarin en seulement un an. Des principes relevant donc d’un mélange entre le stoïcisme et une forme d’éthique centré autour de la bienveillance.
Le feedback, pierre angulaire d’une culture d’entreprise
« Souvent, quand on a du succès ou beaucoup d’argent, on perd l’accès à des feedbacks francs, parce que les gens hésitent à être complètement honnêtes. Mais Mark a toujours cherché à maintenir cette ouverture » confie Gleit. La culture d’entreprise de Meta serait basée justement sur cette culture du feedback sans filtre.
Cette approche directe, institutionnalisée à travers des évaluations de performance exigeantes, a façonné l’ADN de l’entreprise, parfois cruellement. L’année 2023, baptisée « année de l’efficacité », en a été l’illustration parfaite, avec une restructuration majeure et des milliers de départs l’année précédente. Une vague de fond qui continue de frapper l’entreprise, puisque Meta taille encore dans le gras depuis ce mois-ci.
C’est ici qu’on voit que le mot bienveillance peut être interprété de différentes manières et qu’entre les beaux discours et la réalité, il y a souvent un fossé ; surtout dans la sphère du business. Les valeurs personnelles de Zuckerberg peuvent se retrouver en dissonance avec les décisions stratégiques prises au niveau de l’entreprise. Les impératifs économiques l’emportent généralement sur les considérations éthiques, une réalité indéniable en période de difficultés économiques.
Le mois dernier, le PDG s’est exprimé en ces mots : « Être maladroit et recevoir des retours négatifs sur la manière dont je me présentais m’ont rendu plus prudent et plus stratégique. Je ne changerai jamais ma personnalité, mais je deviens un peu plus à l’aise avec l’âge ». Ces propos, bien qu’attirants sur le papier, ne semblent pas avoir trouvé d’écho dans les pratiques réelles du groupe, où l’efficacité prime sur l’écoute. Doit-on vraiment s’en étonner ?
Zuckerberg, malgré ses déclarations sur une prétendue ouverture à la critique, a ainsi démontré que sa vision du feedback reste avant tout un outil de contrôle et d’efficacité opérationnelle. Nous sommes donc bien loin des valeurs humanistes affichées dans ses principes de jeunesse. Toutefois, il est loin d’être le seul et le cas Zuckerberg est révélateur d’une tendance plus générale : celle de l’instrumentalisation des valeurs, un phénomène très répandu dans le monde de l’entreprise.
- Mark Zuckerberg est décrit comme un leader déterminé, avec des principes inspirés du stoïcisme et une approche intense de l’apprentissage.
- Meta cultive un environnement de feedback direct, parfois au détriment de la bienveillance, avec une forte pression pour l’efficacité.
- Les valeurs personnelles de Zuckerberg semblent aujourd’hui en décalage avec les choix stratégiques de Meta.
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