Le sujet est déjà devenu un marronnier tant il revient souvent sur la table des débats ou dans les grands titres. Lorsque ChatGPT est arrivé en 2022, nous n’avions aucunement conscience de l’impact écologique dévastateur qu’allait provoquer l’essor de l’intelligence artificielle, et c’est tout à fait normal : nous étions en lune de miel, en pleine phase d’émerveillement technologique. On nous l’a présenté comme une innovation purement logicielle, détachée de toute matérialité, occultant de fait les infrastructures extrêmement énergivores nécessaires à son fonctionnement.
Aujourd’hui, nous avons heureusement un peu plus de recul sur la problématique, et nous savons à quel point cette technologie est délétère pour notre planète et ses ressources. Nous savons que les chatbots siphonnent de l’eau et de l’électricité comme s’ils s’abreuvaient à une corne d’abondance, et les données à ce propos sont tout simplement incontestables. Alex de Vries, chercheur et expert principalement connu pour ses travaux sur l’impact environnemental des technologies numériques (IA et cryptomonnaies principalement), vient justement de publier, le 17 décembre, une nouvelle étude abordant cette thématique dans la revue Patterns.
Si ses calculs sont exacts, et si le rythme effréné auquel progresse le secteur de l’IA ne ralentit pas, son empreinte carbone pourrait être comparable à celle d’une grande métropole comme New York… et il consommerait autant d’eau que toute l’eau embouteillée consommée sur Terre en un an. Qui a décidé que l’IA méritait plus d’eau que des humains ? Nous vous le donnons en mille : des entreprises supranationales qui préfèrent assécher la planète que de perdre leurs profits.
L’IA : un parasite industriel et écologique
Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut soulever le capot des data centers, là où les géants de la Silicon Valley préfèrent nous maintenir dans l’ignorance. En 2025, les systèmes d’IA ont atteint une boulimie énergétique, engloutissant près de 23 GW de puissance électrique. Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est l’équivalent de la consommation électrique moyenne du Royaume-Uni tout entier.
Une débauche qui frôle l’indigestion, s’accompagnant de plus par des émissions de CO2 stratosphériques : entre 32,6 et 79,7 millions de tonnes ont été rejetées dans l’atmosphère cette même année. New York (mégalopole de 1 213 km² peuplée de 8,4 millions d’habitants, rappelons-le) en comparaison, en émet « seulement » 52 millions.
Après l’électricité, les émissions carbonées, l’étude pointe aussi du doigt la soif de pendu des systèmes d’IA. Ils consomment actuellement entre 312,5 et 764,6 milliards de litres d’eau par an, soit la totalité de la consommation mondiale annuelle d’eau en bouteille. La valeur (si on peut l’appeler ainsi) produite par l’IA est donc directement indexée sur des volumes d’eau colossaux extraits de leur cycle naturel, dans une indifférence quasi totale face aux conséquences écologiques à moyen et long terme.
N’est-ce pas là la définition d’un parasite ? Nous pouvons le définir simplement comme étant un organisme qui prospère en prélevant des ressources sur un hôte sans contribuer à sa survie. À cet égard, l’IA coche ces deux critères, puisqu’elle draine nos ressources sans restituer en retour ce qu’elle prélève.
Les autres carburants de l’IA : le déni et l’opacité
Si l’IA est un parasite, elle est aussi passée maître dans l’art du camouflage. Pour maintenir l’illusion d’une technologie « propre » et « dématérialisée », les géants du secteur (Google, Meta, Microsoft) pratiquent une forme d’omerta environnementale. À l’heure actuelle, aucune de ces entreprises ne publie de chiffres spécifiques à l’IA concernant sa consommation réelle d’énergie ou d’eau. Tout est noyé dans des rapports de durabilité cryptiques, impossibles à décrypter pour le commun des mortels.
Google, par exemple, a récemment déclaré refuser de comptabiliser l’eau utilisée par les centrales électriques pour produire l’énergie nécessaire à ses modèles (comme Gemini). Leur excuse ? Ils ne « contrôlent pas » directement ces centrales. Admirons cette grossière pirouette rhétorique : c’est pourtant bien leur demande insatiable d’électricité qui force ces centrales à évaporer des milliards de litres d’eau dans leurs tours de refroidissement. Cet argument ne tiendrait que si la demande n’avait aucun effet sur l’offre, ce qui est évidemment faux, car il suppose une dissociation fictive entre consommation et production… qui n’existe pas dans le monde physique.
En jouant les innocents, les gros poissons de la Big Tech sous-estiment l’impact réel de l’IA d’un facteur trois à quatre. C’est un peu comme si un constructeur de voitures de sport refusait de compter les émissions de CO2 de ses véhicules sous prétexte qu’il ne possède pas les stations-service. C’est complètement absurde, mais toutes ces entreprises jouent à ce petit jeu-là sans être inquiétées.
L’indulgence avec laquelle elles sont traitées n’est rien d’autre que de la complaisance malhonnête, faisant des décideurs et régulateurs (Européens comme Américains) des complices d’un modèle industriel prédateur qu’ils refusent délibérément d’encadrer. Pour Alex de Vries, seule une intervention des gouvernements pourrait contraindre les entreprises du secteur à montrer patte blanche en publiant leurs données sur leurs consommations réelles de ressources. Soyons sérieux quelques instants : quels États seraient vraiment prêts à cela, sachant qu’en agissant ainsi, ils se tireraient une balle dans le pied en sabotant un secteur qu’ils présentent eux-mêmes comme vital pour leur compétitivité ? Même si l’argument du chercheur est valable sur le papier, il se heurte au grand dogme néolibéral : tout ce qui menace la croissance est moralement inacceptable. L’IA a encore quelques belles années devant elle pour continuer à avaler ses bouteilles d’eau sans qu’on ne lui retire des mains…
- L’IA pourrait consommer autant d’eau que l’ensemble de l’eau embouteillée sur Terre d’ici peu, soulevant des préoccupations écologiques majeures.
- Les data centers alimentant l’IA absorbent d’énormes quantités d’énergie et d’eau, contribuant à des émissions de CO2 comparables à celles de grandes métropoles.
- Les entreprises technologiques masquent leur impact environnemental en ne divulguant pas de données précises sur la consommation des ressources par l’IA.
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