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L’inspection du travail dit que Michelin n’a pas le droit de licencier

Quand la « compétitivité » devient un prétexte, l’inspection du travail dit stop.

Michelin, leader mondial du pneu, est loin d’être une PME au bord du gouffre, c’est même tout l’inverse : ses bénéfices sont extrêmement confortables.  Pourtant, en novembre 2024, le groupe annonçait un vaste plan social incluant la suppression de plus de 1 200 postes et la fermeture potentielle de ses sites de Cholet, dans le Maine-et-Loire, et Vannes, dans le Morbihan, justifiées au nom de la compétitivité.

Mais l’Inspection du travail vient de siffler la fin de partie, en rejetant le motif économique d’un licenciement d’un élu syndical, arguant que « l’élément causal du motif économique n’est pas établi ». Eh oui, quand on roule sur l’or, il faut bien s’attendre à subir quelques contrôles de vitesse.

Un plan social en roue libre

Lors de la fermeture, la direction avait justifié sa décision par un déclin de la performance économique de l’Europe et par la pression des concurrents asiatiques. Un argument qui n’a pas convaincu l’administration publique, qui, dans un document dont l’AFP a obtenu copie, estime que « les données économiques du groupe Michelin […] n’établissent pas que la survie du groupe Michelin est menacée ». Le groupe n’est pas en faillite, et l’Inspection du travail n’a pas marché dans sa combine.

L’administration a ajouté que « les chiffres et éléments présentés et analysés par l’expert mandaté par le CSE confirment que le groupe Michelin est rentable ». Même si la direction a sorti son grand classique en pointant du doigt une météo économique bien dramatique, censée faire passer un plan social pour une opération de sauvetage, cela n’a pas fonctionné.

Pour Me Fiodor Rilov, l’avocat d’une partie des salariés de l’entreprise, il s’agit d’« une excellente nouvelle et […] un tournant ». Selon lui, cette décision démontre « l’absence totale de justification économique pour le licenciement » et pourrait avoir « des conséquences pour tous les salariés » concernés.

Le cas Michelin est révélateur d’un travers typiquement français : on peut être leader mondial, afficher des bénéfices confortables et, dans le même temps, expliquer que l’on n’a « pas le choix » que de fermer des usines. Ces fermetures ne sont rien d’autre que des plans sociaux déguisés en réorganisations dictées par des logiques actionnariales.

À cela s’ajoute une incohérence de l’État lui-même. La DREETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) a validé le plan de sauvegarde de l’emploi présenté par Michelin, entérinant l’idée que la compétitivité justifiait les fermetures. En face, l’inspection du travail vient retoquer le motif économique avancé pour licencier un élu syndical dans le cadre de ce même plan, en soulignant que le groupe n’est pas en difficulté.

Un grand écart administratif parfaitement absurde ; voilà ce qui advient quand l’État devient à la fois juge et figurant dans une pièce de théâtre dont il a cofinancé le décor. Au même moment, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand rejetait le recours de salariés contre la validation du plan social par la DREETS. D’un côté, l’État dit oui, de l’autre, il dit non ; à croire qu’il ne sait même plus sur quel pneu rouler.

  • Michelin supprime plus de 1 200 postes alors que le groupe reste largement bénéficiaire.
  • L’administration du travail a jugé infondé l’argument économique avancé pour justifier ces licenciements.
  • Entre services de l’État qui valident et d’autres qui rejettent, les salariés se retrouvent piégés dans des contradictions administratives.

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