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Loïc Rousseau (Zoom) : « Mettre l’ensemble de nos investissements sur la sécurité au cours des 90 prochains jours »

Alors que Zoom connaît une forte hausse de son utilisation dans le monde, nous avons interrogé le directeur France Loïc Rousseau afin de discuter des usages et des enjeux rencontrés par la plateforme de vidéoconférence.

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Zoom rooms
© Zoom

Depuis le début de la crise sanitaire conséquente au coronavirus, plusieurs applications de vidéoconférence ont connu une augmentation exponentielle de leur usage. C’est le cas de Zoom, une plateforme qui a vu le jour aux États-Unis en 2011. Afin de comprendre les nouveaux usages et les enjeux de sécurité rencontrés par le service ces dernières semaines, nous avons échangé avec le directeur France, Loïc Rousseau.

Presse-citron : Depuis le début de la crise, Zoom semble être devenu un outil incontournable pour garder le contact, que ce soit dans un cadre professionnel ou personnel. Pouvez-vous nous présenter votre logiciel avec ses spécificités par rapport au reste du marché ?

Loïc Rousseau : Zoom est une plateforme de vidéoconférence imaginée pour les professionnels. Créée par Eric Yuan, elle est native dans le cloud et répond aux fonctionnalités de vidéoconférence de base —comme le fait de se voir. Dédié à cet usage, elle est accessible depuis tous les appareils comme le smartphone ou l’ordinateur. Elle offre également une option de convergence avec les salles de réunion —une fonctionnalité qui n’est pas forcément d’actualité car tout le monde travaille depuis chez soi depuis quelques semaines, mais ce point constitue un des réels intérêts de la plateforme. Les autres points forts sont la vidéo HD, le son HD, le partage d’écran, la fonctionnalité chat ou encore la possibilité de pouvoir enregistrer la réunion ou d’inviter des personnes.

Focaliser notre effort sur la partie professionnelle de la plateforme

Zoom dispose de 17 data centers répartis dans le monde entier, un réseau qui permet à la plateforme d’être très peu gourmande en termes de bande passante. Si un utilisateur connecté sur les serveurs européens, donc Amsterdam ou Francfort, invite un utilisateur américain, ce dernier se connectera sur les serveurs de New York ou de San Francisco selon sa localisation précise. Ainsi, la connexion d’un utilisateur européen ne passera pas par les USA ou ailleurs avant de revenir en Europe, ce qui permet une économie de la bande passante tout en offrant de meilleurs résultats.

Presse-citron : À l’origine, Zoom était un outil de vidéoconférence pour les professionnels. Depuis le mois de mars, l’usage du produit ne semble plus réservé aux pros puisque les particuliers l’utilisent pour communiquer entre eux. La solution a-t-elle trouvé une seconde voie ? Avez-vous l’intention de vous positionner à l’avenir sur ce créneau ?

L. R. : Je pense que nous allons continuer à focaliser notre effort sur la partie professionnelle de la plateforme. Effectivement, nous avons assisté à un accroissement de l’utilisation de Zoom qui s’est démultiplié ces dernières semaines. Celle-ci s’explique par la possibilité de créer une licence gratuite ou d’utiliser la plateforme à plusieurs avec une limitation à 40 minutes.

Il est également possible d’afficher 49 vignettes [représentant les utilisateurs, NDLR] sur les écrans plutôt que quatre, ce qui permet de sociabiliser avec un plus grand nombre de personnes à la fois. Toutefois, les investissements et la roadmap sont dédiés à la partie professionnelles du service et nous continuerons à aller dans ce sens. L’ajout récent des briques Zoom Phone et Cloud PBX ainsi que la convergence avec les salles de réunion confirme le fait que la plateforme Zoom est dédiée à l’usage professionnel.

Nous sommes bluffés de l’utilisation de Zoom aujourd’hui, que ce soit lors de célébrations de mariage à New York, lors d’une fête religieuse en Israël ou encore dans les salles de classe. Nous nous félicitions et trouvons cela génial de voir que notre plateforme est utilisée pour de multiples usages, surtout en cette période. Au sein de Zoom, nous sommes vraiment heureux de nous rendre compte que la plateforme est largement exploitée pour sociabiliser.

Zoom meeting

© Zoom

Presse-citron : En quelques semaines, l’application Zoom est passée de 10 à 200 millions d’utilisateurs par jour. Comment avez-vous géré un tel flux ? Quels sont les défis et les moyens mis en œuvre pour absorber une telle demande ?

L. R. : Nous avons assisté, de par notre présence en Asie Pacifique, à l’arrivée du confinement dans plusieurs pays comme la Chine ou d’autres pays du continent. Nous avons essayé d’anticiper au maximum, notamment avec une des décisions du fondateur Eric Yuan. Nous avons effectivement retiré la limitation des quarante minutes dans tous les pays où les écoles ont été fermées, si bien que l’on s’attendait à une montée en charge de l’utilisation de Zoom.

Nous avons également retiré temporairement la vidéo en qualité HD

Tout a été fait pour multiplier les serveurs afin de s’assurer du bon fonctionnement de notre réseau. Nous nous attachons d’ailleurs toujours à avoir le doublement de la capacité sur notre réseau. Nous avons donc pu augmenter la charge et créer deux data centers, un à New York et un à Santa Clara, pour supporter celle-ci. Suite aux directives, nous avons également retiré temporairement la vidéo en qualité HD pour que la plateforme soit moins gourmande en bande passante.

Presse-citron : Ces dernières semaines, Zoom a été sous le feu de critiques, notamment pour des questions de sécurité et de confidentialité. Que leur répondez-vous ? Quelles sont les solutions que vous avez mises en place pour garantir la confidentialité des données ?

L. R. : La sécurité et le respect de la vie privée de nos utilisateurs sont primordiaux chez Zoom. Nous ne prenons pas ces points à la légère, c’est pourquoi nous avons décidé mettre l’ensemble de nos investissements sur la sécurité au cours des 90 prochains jours [désormais 60 jours à la date de publication de cette interview, NDLR]. Nous continuons à investir massivement et à nous attacher à la sécurité sur notre réseau. Nous avons eu des failles qui ont été relevées et nous avons su y répondre dans un délai record. La première concernait le SDK de Facebook, qui nous a permis de découvrir que le réseau social collectait des informations à notre insu. Nous avons décidé de supprimer ce SDK et le problème a été réglé en 24 heures.

Pour ce qui est du chiffrement, nous avons rencontré un problème de terminologie marketing. Nous ne bénéficions pas d’un chiffrement de bout en bout, car Zoom dispose d’un serveur entre les participants à une conversation —c’est la plateforme qui dispose des clefs de chiffrement. Nous ne pouvons pas utiliser cette terminologie dite de chiffrement de bout en bout pour cette raison. Toutefois, nous avons des clés de chiffrement 256 bits, ce qui répond à un niveau de chiffrement beaucoup plus élevé que certains de nos concurrents qui utilisent des clés de chiffrement 128 bits. Nous nous attachons à ce que ce niveau de chiffrement reste élevé, mais la terminologie initialement utilisée n’était effectivement pas adéquate.

Presse-citron : Les « meeting bombing » font eux aussi parler d’eux depuis quelques semaines. Comment s’en prémunir ?

L. R. : En ce qui concerne les meeting bombing, cela rejoint votre question précédente sur notre stratégie et nos investissements tournés le domaine professionnel. Sur la plateforme Zoom, vous bénéficiez d’une salle personnelle représentée par 9 ou 10 chiffres. Si vous invitez 5 personnes à qui vous donnez ce code puis 5 autres la semaine d’après et ainsi de suite, vous risquez de vous faire des réunions à 200 personnes, car tout le monde aura connaissance de votre code de réunion.

Pour éviter que cela ne se produise, il faut créer des réunions spécifiques en créant, par exemple, une nouvelle réunion vendredi de 18h à 19h. La plateforme Zoom générera alors un code de réunion qui sera connu uniquement des utilisateurs ayant reçu votre invitation. Cela vous évite d’avoir une salle de réunion dont le code d’accès est connu par des personnes que vous n’avez pas invitées à cette occasion. Quand nous sommes passés de 10 à 200 millions d’utilisateurs par jour, bien sûr que certaines utilisations de Zoom n’étaient pas adéquates.

Aujourd’hui, nous y répondons avec un bon nombre de solutions de sécurisation disponible sur la plateforme Zoom. Vous avez la possibilité de paramétrer une salle d’attente, un mot de passe… Ou encore de fermer votre réunion aux personnes extérieures une fois que tous les utilisateurs sont présents. Pour répondre à ce problème de meeting bombing, nous avons ajouté un onglet « Sécurité » qui apparait directement sur l’accueil de la plateforme Zoom. En un simple clic, vous pouvez ajouter les spécificités de votre choix, là où vous deviez vous rendre dans vos paramètres avant cette mise à jour.

Zoom réunions

© Zoom

Lorsque nous avons supprimé la limitation des réunions fixée à 40 minutes pour les écoles, nous avons aussi créé des tutoriels, en français, disponibles sur YouTube afin de permettre au corps professoral de connaître les bonnes pratiques pour que la sécurité des classes virtuelles soient optimum. Nous avons également lancé notre blog, en français également, sur lequel nous évoquons l’ensemble de la sécurisation des classes virtuelles.

Ces bonnes pratiques évitent au professeur d’inviter 28 élèves lors d’un cours en classe virtuelle et de risquer que ceux-ci soient capables d’accéder à des réunions privées que vous avez par la suite. Dans un temps record, nous avons essayé de répondre à ce nouvel usage en enregistrant ces tutoriels en français (et dans d’autres langues) et en publiant des recommandations à ce sujet sur notre blog.

Presse-citron : En France, il est question d’un déconfinement progressif au milieu du mois de mai, avec une probable baisse du télétravail et des meetings en vidéo à suivre. Comment anticipez-vous l’évolution de la demande dans les mois / années à venir ? Comment préparez-vous l’après-crise de votre côté ?

L. R.  : Pour moi, le 11 mai ne signifie pas que le télétravail prendra fin à cette date, la dernière allocution envoyait plutôt ce message : « Si vous pouvez continuer à faire du télétravail, continuez à en faire ». Je ne vois pas demander à mes collaborateurs de porter un masque et de prendre le risque d’utiliser les transports en commun dans la région parisienne. Je ne pense pas qu’il y aura une baisse, car nous voyons avec certains de nos clients que le flex office et le télétravail sont très ancrés dans les pratiques aujourd’hui. La logique économique sera logiquement tournée vers l’immobilier, donc aussi vers l’acceptation du télétravail pour les salariés.

Zoom application

© Zoom

Depuis la fondation de la plateforme Zoom, nous connaissons un accroissement de l’activité. Je pense que cela va continuer de la sorte et je crois à la continuation du flex office et du télétravail, des modes de travail beaucoup plus flexibles. Encore une fois, l’intérêt de Zoom est également la convergence avec les salles de réunion, donc nous continuerons à avoir une utilisation de notre solution. Nos investissements dans le Cloud PBX vont dans ce sens, donc nous nous attendons à continuer sur cette voie.

Travaillant depuis plusieurs années dans le milieu de la collaboration, j’ai déjà assisté à des événements comme l’éruption d’un volcan en Islande qui a cloué les avions au sol ou la crise économique de 2008. Nous sommes face à une crise sanitaire sans précédent, mais nous avons déjà connu des situations dans lesquelles les déplacements étaient très limités. Nous avons vu que, selon ces différentes situations, les plateformes de collaboration émergeaient.

Presse-citron : Un mot pour la fin ?

L. R.  : Nous allons continuer dans ce sens, continuer à sécuriser le réseau et continuer apporter des investissements sur la plateforme une fois que l’on aura réglé l’ensemble de la sécurisation. Chez Zoom, nous sommes tous dédiés à l’apport de cette flexibilité et de cette socialisation pour que les utilisateurs puissent se découvrir en vidéoconférence. Je pense que notre plateforme aide à pallier cette situation de confinement et que c’est intéressant de travailler dans une telle entreprise. Nous sentons que Zoom à un intérêt qui est presque public, surtout en cette période de rentrée scolaire.

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