En plein mois de juillet 2024, une équipe dirigée par Andrew Sweetman, à la tête du Seafloor Ecology and Biogeochemistry research group, affirmait avoir découvert l’impossible : dans la zone de Clarion-Clipperton, l’oxygène pourrait naître dans le noir total des abysses, sans aucune aide du vivant. Ce seraient des roches sous-marines particulières (des nodules métalliques), qui produiraient cet « oxygène noir », ce qui remettrait entièrement en question nos théories sur l’apparition de la vie sur Terre. Si la théorie de Sweetman est vérifiable, elle en briserait une autre, établie depuis les années 1950-1960 : la Grande Oxydation.
Celle-ci affirme que l’oxygène terrestre était apparu il y a environ 2,4 milliards d’années grâce à l’émergence des cyanobactéries, des micro-organismes qui en auraient produit par photosynthèse. Mais si des pierres abyssales produisent du gaz par réaction chimique, l’oxygène pourrait avoir précédé la vie et s’être accumulé dans les profondeurs sans que la lumière du Soleil n’ait eu son rôle à jouer. Une hypothèse qui a par la suite été attaquée de toutes parts, que ce soit par ses pairs ou les géants du minage sous-marins, certains chercheurs et lobbyistes affirmant que l’oxygène détecté n’était que de l’air de surface piégé dans les instruments.
Afin de prouver qu’il n’avait pas tort et laver son honneur, Sweetman lancera en juin 2026 une nouvelle expédition, armée de landers (des rovers océaniques), qui s’enfonceront à 11 km de profondeur. Financés par la Nippon Foundation, ils embarquent des analyseurs d’isotopes, le seul moyen infaillible de détecter l’origine géologique de l’oxygène de la zone de Clarion-Clipperton et de faire taire définitivement les détracteurs.
Le procès en appel de l’oxygène noir
Les nodules polymétalliques qui, selon Sweetman, produirait cet oxygène, sont des agrégats de métaux rares (manganèse, nickel, cobalt) que l’on pourrait comparer à des conducteurs électriques naturels. Durant des millions d’années, l’accumulation de ces différents métaux a formé des couches, empilées les unes sur les autres. Lors de l’expédition de 2024, en mesurant la différence de potentiel entre ces couches, l’équipe de Sweetman a détecté une tension électrique atteignant 1,5 volt, soit l’équivalent d’une petite pile AA.
Un seuil suffisant pour briser les molécules d’eau et provoquer son électrolyse ; l’hydrogène se sépare de l’oxygène, libérant ce dernier dans l’obscurité totale. Si ce phénomène est confirmé, il prouve que l’oxygène peut être généré de manière abiotique (sans composante vivante).
Par conséquent, cela signifierait que les écosystèmes des grands fonds bénéficieraient à la fois d’un apport en oxygène par les courants sous-marins qui le brassent depuis la surface, mais également par ces nodules. Les plaines abyssales seraient donc potentiellement autonomes, abritant un métabolisme benthique (somme des réactions chimiques liées à la vie au fond de l’eau) indépendant de la photosphère, première couche de l’atmosphère solaire qui nous envoie sa lumière.
Une théorie qui a essuyé de nombreuses critiques émanant de scientifiques sceptiques (dont certains liés aux intérêts de l’industrie minière, nous y reviendrons ensuite) et d’industriels. Selon eux, il est strictement impossible que ces nodules maintiennent une telle tension électrique sur des échelles de temps aussi longues. Ils ont donc accusé Sweetman d’avoir commis une erreur méthodologique : ses capteurs n’auraient, en réalité, détecté que de simples bulles d’air atmosphérique restées piégées dans les instruments lors de leur mise à l’eau.
Des doutes face auxquels Sweetman reste droit dans ses bottes : « Voilà 20 ans que nous manipulons ces instruments… nous n’y avons jamais vu la moindre bulle », rétorque-t-il. D’où l’organisation de cette nouvelle expédition ; Sweetman pourra envoyer ces nouveaux robots équipés de chambres benthiques : des cloches étanches qui s’enfoncent dans le sol pour emprisonner quelques litres d’eau et des fragments de nodules.
À l’intérieur de ces dernières, les capteurs vont mesurer l’évolution du taux d’oxygène sur plusieurs jours. Si le niveau augmente alors que la cloche est parfaitement scellée, l’hypothèse des bulles d’air apportées de la surface ne tient plus. Les analyseurs d’isotopes embarqués sur ces robots vont également traquer la masse atomique de l’oxygène libéré. L’oxygène atmosphérique possède une signature isotopique précise ; si celui détecté dans la cloche présente une signature différente, ce sera la preuve irréfutable qu’il vient de la roche et non de l’air.
Clarion-Clipperton : l’Eldorado de la discorde
Étendue sur 4,5 millions de km2 entre Hawaï et le Mexique, la zone de Clarion-Clipperton regorge de milliards de tonnes de nodules polymétalliques, et donc de quantités invraisemblables de métaux rares. Pour les constructeurs de voitures électriques, et autres acteurs de la tech c’est une mine d’or à ciel ouvert (ou plutôt à fond ouvert) contenant plus de nickel et de cobalt que toutes les mines terrestres réunies.
Néanmoins, d’un point de vue écologique, elles pourraient tout aussi bien être une source d’oxygène primaire qui régule la biodiversité des grands fonds en alimentant des espèces incapables de survivre sans cet apport d’oxygène abiotique.
Pour des géants comme The Metals Company, l’une des plus grandes entreprises mondiales spécialisée dans l’exploitation minière des fonds marins, si la découverte de Sweetman se vérifiait, ce serait une catastrophe financière et logistique. Jouant sur un argumentaire de l’autruche, ces firmes vendaient l’idée que les plaines abyssales étaient des déserts biologiques, des zones inertes où l’on pourrait piller les ressources sans aucune vergogne.
Mais si, comme le postule Sweetman, ces nodules produisent réellement de l’oxygène, ce secteur industriel perdrait son alibi. C’est pourquoi les industriels ont lancé une offensive de décrédibilisation contre Sweetman et son expédition de 2024 : le risque financier est bien trop élevé. En effet, les régulateurs internationaux comme l’AIFM (Autorité internationale des fonds marins) seraient contraints de geler toute exploitation tant que l’équilibre entre production et consommation d’oxygène n’est pas mesuré.
Pour les lobbyistes du minage, il faut à tout prix que Sweetman ait tort et qu’il revienne bredouille à la fin de son expédition du mois de juin : il est, pour eux, l’homme à abattre, celui qui leur aura coupé l’herbe sous le pied. Cette mission sera donc le dernier rempart vers cette nouvelle ruée vers l’or des abysses, des écosystèmes que les industriels espèrent « morts ». Rendez-vous dans quatre mois pour en avoir le cœur net : soit Sweetman a raison, et l’exploitation de cette zone sera moralement et juridiquement indéfendable. Soit il s’est trompé, ce qui permettra aux lobbyistes de refermer définitivement la parenthèse Sweetman pour passer aux choses sérieuses : raser ces fonds marins à grands coups d’excavatrices pour en tirer le maximum de profit.
- Une expédition dirigée par Andrew Sweetman en juin 2026 vise à confirmer l’existence d’un « oxygène noir » produit par des nodules métalliques dans les abysses.
- Cette hypothèse remet en question la théorie de la Grande Oxydation, postulant que l’oxygène pourrait exister sans vie et sans lumière solaire.
- La découverte pourrait avoir des implications négatives ou positives pour l’exploitation minière sous-marine et la biodiversité des grands fonds marins.
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