C’est officiel. Le département de la Justice américain a officiellement notifié la Réserve fédérale (Fed) de l’ouverture d’une enquête pénale visant Jerome Powell, son dirigeant. En cause, son témoignage devant la commission bancaire du Sénat, en juin dernier, à propos du vaste chantier de rénovation des bâtiments historiques de la Fed à Washington. Le projet, étalé sur plusieurs années, dépasse aujourd’hui les prévisions initiales.
Dans un message vidéo publié sur X, Jerome Powell a confirmé que la Fed avait reçu des assignations à comparaître émanant d’un grand jury. Il parle d’une « mesure sans précédent ». « Personne – certainement pas le président de la Réserve fédérale – n’est au-dessus des lois », affirme-t-il. Mais selon lui, cette procédure n’a « rien à voir » avec son témoignage ni avec le projet immobilier, « ce sont des prétextes », tranche-t-il.
Un ton inhabituellement ferme pour cette figure emblématique de la finance américaine, dont la prise de parole a immédiatement fait le tour du monde. Sa déclaration a déjà dépassé les 82 millions de vues. « Le service public implique parfois de tenir bon face aux menaces. Je continuerai à faire le travail que le Sénat m’a confié, avec intégrité. »
Video message from Federal Reserve Chair Jerome H. Powell: https://t.co/5dfrkByGyX pic.twitter.com/O4ecNaYaGH
— Federal Reserve (@federalreserve) January 12, 2026
Pourquoi Donald Trump en veut à Jerome Powell
Le conflit entre les deux hommes ne date pas d’hier. Le président reproche à la Fed de maintenir des taux d’intérêt trop élevés. Or, des taux bas stimulent la croissance à court terme, soutiennent les marchés et réduisent le coût de la dette fédérale, soit des arguments centraux dans le discours économique de Trump.
La Réserve fédérale, elle, a un mandat clair fixé par le Congrès : assurer la stabilité des prix et viser le plein emploi. Pour y parvenir, elle doit être indépendante du pouvoir politique. Cette indépendance est précisément ce qui permet à la Fed de prendre des décisions impopulaires, comme relever les taux pour combattre l’inflation sans subir de pressions électorales.
Un statut qui n’est pas au goût de Trump. Il a publiquement insulté Powell à plusieurs reprises, l’accusant d’être « trop lent », « incompétent » et même « stupide ». Les deux hommes ont d’ailleurs été filmés en désaccord frontal, des images qui ont fait grand bruit. Mais le conflit n’avait jamais pris une tournure judiciaire.
Dans ce contexte, Powell estime que la menace de poursuites pénales est directement liée aux décisions de politique monétaire de la Fed. « La menace de poursuites est la conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt sur la base de ce qu’elle estime servir l’intérêt général, plutôt que de suivre les préférences du président », déclare-t-il. « L’enjeu est de savoir si la politique monétaire sera guidée par les données économiques ou par la pression politique et l’intimidation », poursuit-il.
The exact moment Jerome Powell knew he was F’d.
pic.twitter.com/4SeXEnZMv3— C3 (@C_3C_3) January 12, 2026
Une escalade aux conséquences potentiellement explosives
Aujourd’hui, un nouveau seuil semble franchi. Donald Trump envisage de nommer à la tête de la Fed l’un de ses proches alliés : Kevin Hassett, Kevin Warsh ou Scott Bessent. Tous défendent une baisse drastique des taux, condition devenue incontournable pour obtenir le poste. Cette perspective inquiète de nombreux économistes.
Si à court terme, les marchés pourraient saluer une telle orientation, le risque est majeur. Si la Maison-Blanche et la Fed parlent d’une seule voix, une baisse des taux déconnectée de la réalité économique pourrait artificiellement stimuler l’économie avec, à la clé, un risque de retour de l’inflation, accompagné d’une hausse des taux d’intérêt à long terme, ce qui rendrait la dette américaine plus coûteuse à financer. Au final, le dollar serait fortement fragilisé, de quoi abîmer la crédibilité financière du pays.
Cette affaire est inédite de par son ampleur, mais s’inscrit dans une stratégie assumée de l’administration Trump. Des poursuites contre l’ancien patron du FBI, James Comey, ou la procureure générale de New York, Letitia James, ont récemment été rejetées par la justice fédérale. Leur objectif : les évincer pour positionner des personnalités plus enclines à écouter le président.
- Jerome Powell accuse l’administration Trump d’utiliser la justice pour faire pression sur la Réserve fédérale.
- Le président de la Fed défend l’indépendance de la politique monétaire face aux ingérences politiques.
- Cette crise pourrait fragiliser le dollar et déstabiliser durablement l’économie américaine.
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