Midjourney, fondée en 2022 par David Holz, s’est imposée comme l’une des références mondiales de l’IA générative visuelle, malgré ses gros déboires avec la justice concernant les droits d’auteur. Son générateur d’images, considéré comme l’un des plus poussés du marché, a séduit des millions de créatifs et s’est imposé chez les professionnels du cinéma, de la publicité, du design et même du jeu vidéo. Mais hier, le 17 juin, l’entreprise a surpris l’industrie entière en annonçant la création d’une nouvelle division, baptisée Midjourney Medical, ainsi qu’un système disruptif de scanner complet du corps, le Midjourney Scanner. Techniquement, il s’agit de la première nouvelle modalité d’imagerie médicale radicalement nouvelle depuis 50 ans.
En effet, il faut remonter aux années 1970 pour retrouver un tel bond en avant, avec l’invention de l’IRM (1971-1973) et la tomodensitométrie, ou CT-scan (1973). En 1975, l’échographie en temps réel faisait son apparition, marquant la dernière grande révolution technologique de l’imagerie médicale moderne. Depuis, ces technologies ont évidemment été améliorées, mais le fonctionnement intrinsèque des machines installées dans nos hôpitaux n’a pas bougé d’un iota.
Le Midjourney Scanner, lui, compte bien briser ce statu quo poussiéreux : fonctionnant uniquement grâce à des ultrasons et de l’eau, il s’affranchit totalement des rayons X pour numériser l’intégralité de nos organes en soixante secondes chrono.

Le Midjourney Scanner : comment ça marche ?
Le scanner prend la forme d’une capsule cylindrique remplie d’eau ; le patient monte sur une plateforme qui y descend à une vitesse de 5,5cm/seconde. Une fois au fond de la cuve, un anneau de tomographie intègre 40 modules de puces ultrasoniques sur silicium issues de la technologie CMOS (Complementary Metal-Oxide-Semiconductor) de Butterfly Network, entreprise partenaire de Midjourney depuis novembre 2025. Lorsque le patient se retrouve au centre de l’anneau, le système émet des impulsions acoustiques à haute fréquence tout autour de son corps.
Sa paroi interne est tapissée de 358 400 transducteurs microscopiques, ne dépassant pas la taille d’un grain de sable. Ce sont eux qui émettent les ultra-sons et captent en retour leurs échos qui rebondissent sur le corps de la personne immergée dans le bassin, un peu à la manière des dauphins. L’eau joue le rôle de conducteur et propage les ondes de manière homogène à travers la peau, la graisse, les muscles et les organes.
La quantité de données relevées pour chaque scan est phénoménale ; la machine intègre donc un ordinateur surpuissant, d’une puissance de calcul brute de deux pétaflops. Cela correspond à la puissance combinée de 16 cartes graphiques NVIDIA RTX 5090, le monstre absolu du marché grand public, tournant toutes à plein régime.

Il peut ainsi encaisser plus de 17 gigaoctets de données brutes par seconde. Pour vous donner un ordre d’idée, Midjourney explique sur son blog : « Si on convertissait ces données en vidéo Internet HD, il faudrait visionner 500 heures de séquences vidéos pour seulement une seconde de scan ».
Aucun algorithme d’IA générative n’intervient lors du scan : le scanner utilise la tomographie computationnelle, un procédé entièrement mathématique qui calcule le temps de trajet exact de chaque écho sonore pour cartographier les organes à leur emplacement réel, éliminant ainsi le moindre risque d’erreur de diagnostic ou de fausse pathologie. La reconstruction 3D finale du corps entier est ainsi bouclée en une minute seulement. C’est proprement ahurissant ; rien que pour certains examens d’IRM classiques du cerveau, il faut parfois attendre plus de trente minutes pour obtenir des images d’un seul organe.

Les « spas Midjourney » : le plan de l’entreprise pour arracher l’imagerie médicale aux laboratoires et aux hôpitaux
Pour imposer son scanner sans subir les foudres de la FDA (Food and Drug Administration), qui lui aurait forcément mis des bâtons dans les roues, Holz a opté pour l’esquive réglementaire. Plutôt que de vendre ses capsules aux hôpitaux ou de s’épuiser dans des processus d’homologation longs de plusieurs années, l’entreprise va déployer son propre réseau de centres de soins sous l’appellation de « spas Midjourney ».
Des établissements au positionnement haut de gamme, dont le premier ouvrira ses portes d’ici la fin de l’année 2027 à San Francisco. Des salons au design volontairement épuré et chic, où les clients seront accueillis de manière à leur faire oublier qu’ils passent un examen médical. C’est pourtant bien le cas, mais grâce à ce positionnement strictement commercial la responsabilité légale de la firme n’est plus la même. Une belle pirouette juridique qui frôle, avouons-le, l’exercice illégal de la médecine, même sous la juridiction américaine, connue pour être plus permissive qu’en Europe.
En exploitant les directives de la FDA sur les appareils de « bien-être général » (General Wellness), Midjourney s’épargne ainsi les contraintes des vrais dispositifs médicaux de classe supérieure. Techniquement, la capsule ne réalise qu’une cartographie 3D intégrale de l’anatomie, mais le système entier est volontairement bridé : il restitue simplement les images de la composition corporelle, mais ne pose pas de diagnostic.
L’entreprise se désengage ainsi de l’interprétation des pathologies potentielles détectées grâce à sa machine. Si le scanner détecte une tumeur, une inflammation, une lésion interne ou une anomalie vasculaire, l’interface se contentera de l’afficher, laissant au client la responsabilité de transmettre ces fichiers à un médecin pour obtenir une réelle analyse clinique. Elle l’écrit elle-même sur son blog en ces termes : « […] créer une expérience qui dépasse le simple cadre de la santé. Nous voulons en faire un endroit agréable, un lieu où vous aimeriez vous trouver, même s’il n’y avait aucun scanner ».
D’ici 2031, Midjourney compte installer 50 000 de ses scanners dans le monde entier, avec pour objectif de faire passer un milliard de scans par an. « Peu importe que nos scanners soient adoptés par tous ou non ; à nos yeux, l’essentiel est que cette technologie soit accessible à chacun », précise la firme. Une volonté de démocratisation difficile à avaler en l’état, d’autant que l’entreprise maintient une omerta sur la grille tarifaire de ses sessions. Installer des dizaines de milliers de cabines ultra-technologiques dans les quartiers huppés des mégapoles mondiales, et jouer derrière les grands philanthropes ?
Le questionnement a tout son sens ici : comme elle l’a fait avec l’art, Midjourney pourrait bien chercher à (légalement cette fois) des données biométriques en créant un marché de niche pour technophiles aux comptes bancaires bien garnis. Son scanner est certes, sur le papier, la plus grande révolution de l’imagerie médicale depuis les années 1970 ; dommage qu’il soit profondément souillé par ce storytelling grossier. En grattant un peu le vernis, on comprend rapidement que Midjourney se lave les mains de la médecine ; elle préfère peut-être faire son beurre sur l’hypocondrie des élites fortunées.
- Midjourney lance le Midjourney Scanner, un système d’imagerie médicale révolutionnaire fonctionnant uniquement avec des ultrasons et de l’eau, le premier en 50 ans.
- L’entreprise crée des centres appelés « spas Midjourney » pour contourner les régulations médicales, proposant des scans sans diagnostic médical direct.
- D’ici 2031, Midjourney prévoit d’installer 50 000 scanners dans le monde, visant à démocratiser l’accès à cette technologie tout en cachant des enjeux économiques.
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