C’est une décision qui fait l’effet d’une douche froide au Japon. Le ministère du Travail a officialisé la fin des pressions administratives pour inciter les entreprises à plafonner les heures supplémentaires à 45 heures par mois. Car jusqu’ici, même si des accords dérogatoires permettaient de monter plus haut, les inspecteurs du travail poussaient fermement pour ne pas dépasser ce seuil. Désormais, l’État lève le pied sur les contrôles.
En cause, notamment, le vieillissement démographique inédit de l’archipel, qui fait face à une pénurie structurelle de main-d’œuvre. Selon une étude de la Chambre de commerce et d’industrie du Japon, la rigidité du plafond de 45 heures paralysait près de 20 % des PME. Et dans des secteurs sous tensions comme le BTP, l’hôtellerie et les transports, les retards de livraison et les pertes d’exploitations se sont accumulés.
Une mesure portée par la Première ministre Sanae Takaichi, connue pour prôner un investissement personnel sans limite dans le travail pour stimuler la croissance. Elle a elle-même récemment déclaré ne dormir qu’entre 0 et 3 heures par nuit.

Rétropédalage historique
Cette initiative, qui ouvre la voie à davantage d’heures de travail pour les salariés nippons, est considérée comme un véritable rétropédalage par certains. Car la société du Pays du Soleil Levant a parcouru un très long chemin : depuis l’après-guerre, travailler jusqu’à l’épuisement était perçu comme une vertu, sans aucune limite légale d’heures supplémentaires.
Mais en 2015, le suicide de Matsuri Takahashi, une jeune employée de 24 ans de l’agence de publicité Dentsu, a choqué le pays. Elle réalisait plus de 100 heures supplémentaires par mois. L’affaire a scandalisé l’opinion publique, et contraint le gouvernement à réagir. Trois ans plus tard, Tokyo a fait adopter la loi de « la Réforme du style du travail ».
Entrée en vigueur en 2019, elle a instauré, pour la première fois, un plafond légal d’heures supplémentaires fixé en principe à 45 heures par mois, mis à part dérogation.
Le Karoshi : quand le travail tue littéralement
Inventé dans les années 1980, le terme karoshi désigne la mort par surtravail. Il s’agit d’un phénomène reconnu par l’État japonais, englobant les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les suicides directement provoqués par l’épuisement professionnel ou le stress extrême.
En 2025, le nombre de demandes d’indemnisation pour des maladies ou des décès liés au travail a atteint un record historique avec 6 212 dossiers déposés.
- Le ministère du Travail japonais ne poussera plus les entreprises à limiter les heures supplémentaires à 45 heures par mois.
- Face au vieillissement démographique et à la pression de la Première ministre Sanae Takaichi, le gouvernement veut redonner de la flexibilité aux entreprises.
- Syndicats et juristes dénoncent un retour en arrière dangereux.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.