Donald Trump continue de réécrire la carte des rapports de force internationaux. L’année dernière, après avoir lancé une attaque éclair sur le Vénézuela pour capturer le président Nicolás Maduro, le dirigeant américain a provoqué une crise diplomatique avec son allié historique, l’Union européenne (UE). En cause, une sortie très osée sur son intention de mettre la main sur le Groenland, territoire appartenant au Danemark.
Mais ce n’est pas tout. Le milliardaire a menacé à plusieurs reprises d’annexer le Canada, et remet directement en cause l’alignement naturel entre les deux voisins. Puisqu’il traite la géopolitique comme une simple négociation immobilière, l’homme d’affaires n’hésite pas à remettre en cause les alliances de son pays. Et souvent, il est question de mettre la pression sur une autre nation.

Londres dans le collimateur
C’est aujourd’hui le Royaume-Uni qui se retrouve dans le viseur. Donald Trump a ainsi déclaré réexaminer la position américaine sur les îles Malouines, occupées et administrées par Londres depuis 1833 mais revendiquées par l’Argentine. C’est un pilier de la diplomatie britannique qui est directement ciblé.
Et ce revirement intervient justement alors que les États-Unis mettent la pression sur le gouvernement d’Andy Burnham pour maintenir ses engagements de dépenses militaires. Alors que le chancelier de l’Échiquier, John Healey, s’apprête à renoncer à l’objectif de consacrer 3 % du PIB à la défense d’ici à 2030, la menace américaine est claire : sans effort budgétaire accru au sein de l’OTAN, le soutien historique des États-Unis sur l’archipel sud-atlantique pourrait s’envoler.
Un coup de semonce qui n’est pas vraiment étonnant, alors que Donald Trump et Javier Milei, président argentin, partagent une ligne ultra libérale proche. Ce dernier est, en outre, un fervent souverainiste sur la question des îles Malouines. La guerre de 1982, opposant le Royaume-Uni à l’Argentine, a profondément marqué le pays, et reste un sujet très sensible.
Un enjeu stratégique majeur
L’archipel des Malouines représente un enjeu géopolitique majeur qui dépasse largement ses 3 200 habitants. Posé sur le plateau continental patagonien, il contrôle une Zone économique Exclusive de plus de 460 000 kilomètres carrés, indique le CNES.
Ses eaux, extrêmement poissonneuses, génèrent l’essentiel des revenus du territoire grâce à la vente de licences de pêche, notamment destinées au marché européen. Mais surtout, ses bassins offshore renferment d’importantes réserves d’hydrocarbures dont l’exploitation future attise les appétits industriels.
De même, l’archipel constitue une porte militaire et logistique vers l’océan Austral. C’est une base arrière clé pour le Royaume-Uni : dans la perspective de la révision du Protocole de Madrid en 2048, qui régit le gel des exploitations minières au Pôle Sud, le contrôle des Malouines offre à Londres une position de force déterminante dans la bataille à venir pour les ressources de cette région.
Le Protocole de Madrid
Signé en 1991 et entré en vigueur en 1998, le Protocole de Madrid est le texte fondateur qui érige l’Antarctique en une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Son article 7 applique une interdiction stricte et illimitée de toute activité liée aux ressources minérales et minières, à l’exception de la recherche scientifique. Ce moratoire sanctuarise le continent face aux convoitises énergétiques et environnementales de la planète.
Mais à partir de 1948, n’importe quelle Partie consultative au Traité pourra réclamer une conférence de révision. Lever l’interdiction d’exploiter les minerais nécessiterait un consensus très lourd et l’accord de la majorité des signataires historiques. C’est précisément cette perspective d’un éventuel réalignement des règles à l’horizon 2048 qui pousse les grandes puissances à sécuriser dès aujourd’hui leurs points d’appui à la porte du continent.
- Donald Trump menace de revoir le soutien des États-Unis à la souveraineté britannique sur les îles Malouines pour forcer Londres à augmenter ses dépenses de défense.
- Cette sortie s’inscrit dans la continuité de ses provocations géopolitiques au Groenland, au Canada ou au Venezuela.
- L’archipel offre au Royaume-Uni une porte d’entrée cruciale vers l’Antarctique.
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