Sur la surface lisse et glacée d’Europe (la plus petite des quatre lunes galiléennes de Jupiter) s’étend une forme sombre et ramifiée, qui ressemble, de loin, à une araignée géante. Rassurons-nous immédiatement : il ne s’agit pas d’une créature extraterrestre, mais d’une formation géologique un peu particulière, qui pourrait nous renseigner sur l’immense océan souterrain qu’abrite cette lune.
Elle a été baptisée Damhán Alla, une expression gaélique signifiant « araignée », qui peut également se traduire de manière plus poétique en « démon des murs ». Cette structure a été étudiée par une équipe de planétologues, qui y voient la trace laissée par des remontées d’eau océanique à travers la croûte d’Europe. Leurs travaux à la concernant ont été publiés le 2 décembre dans la revue The Planetary Science Journal.

Damhán Alla : une plaie glacée
Damhán Alla s’étend sur environ un kilomètre, avait été observée pour la première fois entre 1989 et 2003 lors des 11 survols d’Europe effectués par la mission Galileo de la NASA. De nombreuses images furent capturées, mais certaines étaient trop difficiles à interpréter, et Damhán Alla n’avait jamais fait l’objet d’une analyse détaillée permettant d’en comprendre son origine. Pour lever cette ambiguïté, les chercheurs ont choisi de la comparer dans un contexte géophysique que l’on connaît bien mieux : celui de notre propre planète.
L’équipe de Lauren Mc Keown, physicienne à l’Université de Central Florida, l’a ainsi rapproché de formations géologiques présentes dans les régions froides terrestres : les « lake stars ». Des motifs qui apparaissent lorsqu’un lac gelé est recouvert de neige. De l’eau plus chaude remonte alors par des fissures, fait fondre la neige en surface et dessine des structures ramifiées, dites dendritiques (voir ci-dessous).

« Ces formations de surface sont de précieuses indications sur les phénomènes qui se déroulent sous la glace », explique Lauren Mc Keown. Le fait de retrouver ces mêmes motifs dendritiques à une échelle gigantesque sur Europe est un indicateur très probant que des processus similaires sont à l’œuvre, certainement des torrents d’eau qui jaillissent des profondeurs d’Europe, créant des espèces de « plaies suintantes » à travers sa surface. Damhán Alla en serait une, et il est très probable qu’il en existe d’autres au vu de la taille d’Europe (3 122 km de diamètre).
Europe : une lune habitable ?
L’océan souterrain d’Europe interagit donc avec sa surface, ce qui suggère, qu’en certaines zones, il n’est pas très éloigné de la croûte de la lune. Pour qu’un environnement soit considéré comme potentiellement habitable, la présence d’eau liquide seule ne suffit pas : iil faut aussi des échanges de matière et d’énergie, permettant la circulation de composés (sels, minéraux, etc.) entre l’océan, la glace et le socle rocheux.
Des remontées de saumure pourraient justement favoriser ce type d’interactions, en transportant vers la surface des éléments venus de l’océan, tout en exposant cette eau à des sources d’énergie (rayonnement solaire, réactions chimiques ou ménaniques). Si Damhán Alla s’est formée par fracture puis infiltration d’eau, elle est la preuve que des échanges ponctuels profondeurs-surface sont physiquement plausibles sur Europe.
« Si nous observons davantage de structures comme celle-ci grâce à Europa Clipper, [NDLR : mission de la NASA qui devrait rejoindre Jupiter en 2030], elles pourraient indiquer la présence de poches locales de saumure sous la surface », souligne Lauren Mc Keown. Peut-être que Damhán Alla n’est qu’un petit avant goût d’une activité sous-glaciaire intense que Galileo n’avait fait qu’effleurer il y a plus de 35 ans. La place d’Europe dans la liste des meilleures candidates à l’habitabilité dépendra donc, en grande partie, des données que rapportera Europa Clipper. Peut-être que l’océan d’Europe est inerte et sans vie ? Peut-être que est-ce l’inverse ? Réponse en 2035, quand le JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA analysera les données de la mission.
- Une formation géologique nommée Damhán Alla, ressemblant à une araignée, a été découverte sur la lune Europe de Jupiter.
- Cette structure indique des remontées d’eau océanique, suggérant une activité géologique sous la surface d’Europe.
- Les futures missions, comme Europa Clipper, pourraient révéler si Europe est un candidat viable pour l’habitabilité.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.