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Le pari fou de la NASA et de Google : confier la santé des astronautes à une IA

À plusieurs millions de kilomètres du plancher des vaches, seul cet algorithme compatira à leur douleur.

Plus l’espèce humaine se projette loin dans ses ambitions spatiales, notamment les missions habitées (Programme Artemis, missions martiennes, etc.), plus les contraintes logistiques s’empilent. Masse à lancer depuis la Terre, maintenance des équipements dans des environnements fortement hostiles, protection contre les radiations ou conservation des médicaments ; la liste s’allonge à mesure que les distances visées augmentent.

Si une urgence médicale grave devait avoir lieu à des millions de kilomètres de notre planète, il va de soi qu’un retour au bercail ou une hypothétique téléconsultation avec un médecin resté sur Terre ne sont pas des options envisageables. Une limite physique que la NASA compte pallier en testant un dispositif d’un nouveau genre : externaliser l’aide au diagnostic à un système IA de support clinique embarqué.

Le diagnostic médical par IA : la solution pour les missions martiennes ?

Pour ce faire, l’agence spatiale américaine s’est alliée au géant Google (déjà impliquée dans la conception d’IA « médicales »), qui aidera au développement de ce système automatisé. Développé dans le cadre de ses préparatifs pour ses futures missions du programme Artemis, il s’agira d’un assistant médical numérique destiné aux astronautes opérants au-delà de l’orbite basse (plus de 2 000 km de distance).

De son petit nom Crew Medical Officer Digital Assistant (CMO-DMA), il s’inspire d’un principe déjà utilisé dans le milieu hospitalier : le Clinical Decision Support System (CDSS). Des types de logiciels conçus pour analyser les symptômes décrits par un patient, comparer ces données à une base de connaissances médicales, et suggérer un ou plusieurs diagnostics possibles, ainsi que les traitements associés. Déjà utilisés dans certains hôpitaux modernes, ces derniers ne pensent pas à la place des médecins ; ils ne sont pas des substituts, mais les aident à la prise de décision.

Dans un communiqué en date du 8 août, des représentants de Google ont expliqué : « Entraîné avec des documents sur les vols spatiaux, ce système d’IA utilise des technologies de pointe en traitement du langage naturel et en apprentissage automatique pour analyser en temps réel et en toute sécurité la santé et les performances de l’équipage ». Toujours selon le même communiqué, le modèle est déjà capable d’associer des symptômes décrits à des diagnostics plausibles, en autonomie complète.

Une fois éloigné de l’orbite terrestre, l’équipage d’un vaisseau spatial, devient, de fait, autonome et donc complètement isolé. Si l’on prend l’exemple d’une mission qui se déroulerait sur la planète Mars (située au plus proche de nous à 55,7 millions de km selon sa position orbitale), le délai de transmission entre la Terre et l’équipage peut atteindre 45 minutes aller-retour, rendant toute forme de téléassistance médicale impraticable.

Le moindre pépin de santé, même minime, devra donc être pris en charge par les membres à bord, qui sont astronautes de formation, et non médecins. Le CMO-DMA pourrait ainsi les guider dans l’évaluation des symptômes et la conduite à tenir, sans avoir à attendre la réponse des spécialistes restés au sol.

Encore en phase de test, le modèle continue d’être amélioré par Google et la NASA à l’aide de vrais médecins. Même si elle a été pensée pour un usage strictement spatial, cette technologie pourrait être un solide support pour d’autres professionnels de la santé, confrontés à d’autres contextes frappés, eux aussi, par l’isolement. Déserts médicaux, zones sinistrées ou missions scientifiques éloignées, disposer d’un diagnostic fiable et automatisé dans de telles conditions permettrait au moins d’éviter l’inaction ou l’improvisation complète.

Il faut bien comprendre que l’espace lointain est un environnement sans recours et qu’il se définit aussi par l’irréversibilité de certaines situations critiques. Un incident médical mal pris en charge pourrait compromettre l’ensemble d’une mission, qui rappelons-le, coûte aujourd’hui des dizaines de milliards de dollars. Toute assistance clinique se doit donc d’être immédiatement disponible, sous forme automatisée ; il en va de la viabilité des aspirations que nourrissent aujourd’hui les agences spatiales.

  • En l’absence de médecin à bord, la NASA développe un outil intelligent capable d’assister les astronautes en cas de problème de santé lors de missions lointaines : le CMO-DMA.
  • Cette solution s’appuie sur un système déjà employé dans certains hôpitaux, adapté ici aux contraintes spatiales extrêmes.
  • Si elle fait un jour ses preuves, cette technologie pourrait aussi servir dans des zones terrestres isolées, où l’accès aux soins est limité.

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