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PasTech 🍉 Episode 17 : SEGA Dreamcast, la meilleure console “next-gen” d’il y a 25 ans ?

C’était il y a 25 ans, la Dreamcast débarquait en France. Une console de jeux vidéo alors bourrée de technologies révolutionnaires, futuristes même, mais dont le marketing désastreux de SEGA et la puissance de PlayStation auront rapidement raison…

Il y a 25 ans, le 14 octobre 1999, SEGA lançait en Europe sa toute nouvelle console de jeux vidéo : la Dreamcast. Après un lancement compliquée une année auparavant au Japon (la faute à divers retards d’approvisionnement et de jeux), face à une concurrence principalement incarnée par la PlayStation (32 bits) de Sony et la Nintendo 64, la console 128 bits de SEGA avait tout pour elle : architecture équilibrée et novatrice (avec du matériel informatique de pointe dédié à la console), première console de série conçue pour le jeu en ligne, quatre ports manette, une carte mémoire révolutionnaire, des jeux bluffants… Pourtant, dès le 31 mars 2001, SEGA tire le rideau, et abandonne le marché hardware.

Parce qu’on n’a pas toujours eu un écran 4K devant les yeux, un smartphone OLED HDR dans la main et des manettes sans-fil sur les genoux, PasTech vous propose un petit retour rafraîchissant dans le passé, à la (re)découverte de certains produits emblématiques qui ont fait (ou pas) l’Histoire de la tech. Alors on dit 5, 4, 3, 0, et puis paf, PasTech !

La Dreamcast, le chant du cygne de SEGA

Il faut dire qu’à la fin des années 90, alors que la MegaDrive avait connu un énorme succès quelques années auparavant, SEGA est en bien mauvaise posture. Non seulement le géant nippon a multiplié les échecs côté hardware en tentant de capitaliser sur sa console 16 bits (avec le Mega CD, le 32X…), mais la firme connaît également un bide avec sa Saturn, lancée en 1995 pour concurrencer la PlayStation de Sony. En élaborant le projet Dreamcast, SEGA vise “la console la plus puissante du marché”, celle qui va permettre de proposer des jeux similaires (ou presque) aux versions arcade.

Dreamcast
© Stéphane Ficca / Presse-citron

Et à sa sortie, la Dreamcast de SEGA est incontestablement la console la plus puissante du monde. Les jeux de lancement sont déjà phénoménaux, et rapidement, la console accueille (entre 1999 et 2000) de nouveaux titres tels que Soul Calibur, Crazy Taxi, Jet Set Radio, sans oublier Shenmue, Virtua Tennis, Marvel vs Capcom 2, Street Fighter III : 3rd Strike, The House of the Dead 2…

Outre sa ludothèque qui va rapidement accueillir de nombreux hits, la Dreamcast de SEGA a également ce quelque chose de “next gen”, de par ses graphismes bien sûr, mais aussi par sa conception, sa manette au style très singulier (on adore (parfois) ou on déteste (souvent)), sa connexion Internet alors révolutionnaire, sans oublier le Visual Memory Unit (ou VMU), cette carte mémoire interactive à loger directement dans la manette.

Vmu Dreamcast
Dans Resident Evil 2, l’écran du VMU permettait par exemple de visualiser l’état de santé de Leon (ou Claire), et les munitions restantes © Stéphane Ficca / Presse-citron

En fonction du jeu, le VMU affiche différentes informations sur son petit écran LCD, enregistre les données de jeu… et peut même permettre de jouer à des mini-jeux grâce à son pad directionnel et ses quatre boutons. Animé par deux petites piles boutons, on pouvait même le connecter à certaines bornes d’arcade. Aujourd’hui encore, l’outil est d’une originalité folle… alors pensez donc en 1998 ! Impossible d’envisager un quelconque échec pour la nouvelle console de SEGA donc.

La faute à la PS2 ?

Pourtant, à l’époque, c’est évidemment la PlayStation de Sony qui est dans toutes les têtes et dans tous les salons. A l’aube de l’an 2000, la 32 bits du géant nippon est toutefois en fin de vie, et tous les regards sont tournés… vers la PlayStation 2. A l’époque, nous étions nombreux à être “matrixés” par l’univers PlayStation, et mis à part les quelques férus de magazines spécialisés, pour les joueurs, la seule et unique console révolutionnaire à acquérir en 2000, c’était la PS2, à venir en fin d’année.

Dreamcast Windows Ce
En plus de SegaOS, la Dreamcast était également compatible Windows CE, l’OS du géant américain Microsoft, permettant notamment de faciliter l’adaptation de certains jeux © Stéphane Ficca / Presse-Citron

A cette suprématie PlayStation s’ajoutaient également d’autres facteurs qui n’allaient pas jouer en faveur de SEGA et de sa Dreamcast. En interne déjà, les divisions nippones et japonaises ne s’entendent pas sur la direction marketing.

Quand bien même la maison mère se situait au Japon, SEGA America avait réussi une performance incroyable avec la Genesis (Mega Drive) face à la Super Nintendo aux Etats-Unis. Avec des tensions internes, le marketing de la Dreamcast fut particulièrement compliquée… contrairement à une communication sans faille de la part… de PlayStation.

Dreamcast Joypad Octobre 99
La première page du magazine Joypad d’octobre 1999, annonçant le (léger) report de la Dreamcast © Joypad / Abandonware

Preuve de la situation désastreuse de SEGA à l’époque, avant même le lancement de la machine en Europe et aux Etats-Unis, le constructeur ramène le prix de sa Dreamcast à 19 900 yens au Japon… soit un prix inférieur au seuil de rentabilité de la console. A son lancement aux Etats-Unis, la console (affichée alors à 199 dollars) performe très bien, avec plus de 225 000 ventes en 24 heures, bien aidée par la présence de 18 jeux disponibles au lancement.

Deux semaines suffiront pour atteindre le cap du demi-million de ventes outre-Atlantique. En Europe, la machine sera lancée à 1 690 Francs, et là encore, SEGA écoule 500 000 machines dès Noël 1999. De quoi démarrer l’an 2000 avec sérénité chez SEGA, mais rapidement, les ventes s’écroulent, et il faudra attendre octobre 2000 pour voir enfin la machine passer le seuil du million d’exemplaires vendus…

Dreamcast Sega
© Stéphane Ficca / Presse-Citron

A cela s’ajoute également un autre élément, à savoir l’absence d’Electronic Arts sur Dreamcast. Tout comme c’est le cas aujourd’hui, EA est alors un éditeur (sur)puissant, et pour de nombreux joueurs, la présence (ou non) de jeux estampillés EA est un facteur clé pour ce qui est de l’adoption d’une console de jeux vidéo. A cela une raison simple : la présence chez SEGA d’une division sportive (SEGA Sports), qui proposera notamment des jeux de football très arcade, mais aussi (et surtout) une saga NBA absolument extraordinaire, à savoir NBA 2K (qui perdure aujourd’hui encore).

De manière plus générale, du côté des éditeurs tiers, on a également décidé de jouer la carte de la PS2, plutôt que celle de la Dreamcast. Il faut dire que la PS2 était incontestablement vouée à un énorme succès, tandis que miser sur la machine de SEGA faisait office de pari très (très) risqué.

Aussi, en plus de son aura “PlayStation” (et de son précieux lecteur DVD à l’époque, ne l’oublions pas), la PS2 pourra compter sur des titres ultra populaires, comme Ridge Racer ou Tekken, sans compter des titres signés EA (FIFA, NFL, SSX…) ou encore Square (Final Fantasy), mais aussi quelques nouveautés comme Kessen, TimeSplitters, Eternal Ring, Smuggler’s Run… Enfin, difficile de ne pas évoquer la rétrocompatibilité de la PS2, qui permettait aux nombreux joueurs PlayStation de migrer vers la nouvelle machine, sans avoir à sacrifier leur ludothèque PlayStation première du nom.

Une fin de production actée dès le début de l’année 2001

C’est simple, si la Dreamcast a connu quelques soubresauts dans les foyers et les cours de récréation à la fin 99 et dans les premiers mois de l’année 2000, la machine de SEGA a disparu des radars dès l’arrivée de la PS2, en mars 2000 au Japon et à la fin de l’année pour les Etats-Unis et l’Europe. Au total, la Dreamcast s’écoulera péniblement à 8 millions d’exemplaires environ avant que SEGA ne décide de couper court à la production de la machine, en mars 2001. A titre de comparaison, la PS2 s’écoulera à plus de 155 millions d’exemplaires durant sa (longue) carrière.

Pub Dreamcast

Au fil de sa (courte) carrière, la SEGA Dreamcast va bénéficier de nombreuses remises et autres opérations spéciales pour relancer son intérêt. Mais rien n’y fait, le public boude la machine de SEGA, dont les remises et promotions font enregistrer près de 18 milliards de yens de pertes au géant nippon. entre mars et septembre 2000. En fin d’année, SEGA annonce une perte nette colossale de 51,7 milliards de yens… Aussi, dès le 31 janvier 2001, SEGA annonce l’arrêt de la production de sa Dreamcast, qui prendra effet deux mois plus tard.

Pour écouler les stocks, la console sera ramenée à 99 dollars, puis à 79 dollars… et même à 49 dollars pour les derniers exemplaires. Côté répartition, la Dreamcast a été écoulée à un peu moins de 4 millions d’unités aux Etats-Unis, un peu plus de 2 millions au Japon, et environ 1,9 million d’exemplaires en Europe. A noter que certains jeux paraitront bien après la mort de la Dreamcast, c’est le cas notamment de l’excellent shoot Under Defeat, lancé au format GD-ROM… en mars 2006 !

Mais alors… pourquoi ça n’a pas marché ?

A la question : “Mais pourquoi, avec ses immenses qualités, la Dreamcast a-t-elle bidé ?”, plusieurs éléments de réponse s’additionnent. Outre les soucis d’approvisionnement et le retard de certains jeux lors du lancement nippon, la Dreamcast a incontestablement souffert de la (sur)puissance médiatique de la PS2, lancée dès mars 2000 au Japon. Difficile également de ne pas souligner le piratage de masse (et d’une simplicité enfantine) qui sévissait sur la console de SEGA, à même de refroidir plus d’un éditeur, mais également des pubs TV complètement ratées, à l’inverse… de PlayStation.

La PlayStation 2 de Sony
© Sony

A cela vient se greffer l’absence de certains éditeurs tiers primordiaux, comme Electronic Arts ou encore Square, papa alors des Final Fantasy et Dragon Quest. Certains estiment que SEGA a également loupé le coche côté marketing, quand d’autres voient en la Dreamcast une machine trop en avance sur son temps, notamment en ce qui concerne le jeu en ligne ou encore une machine qui n’était pas suffisamment tournée vers le “grand public”, avec beaucoup de jeux trop “arcade”.

Toujours est-il qu’en 2024, la console de SEGA reste encore une pièce maîtresse de l’Histoire vidéoludique, et que l’on ne saurait que trop vous conseiller d’en acquérir une si vous en avez l’occasion. Vous découvrirez un VMU toujours aussi incroyable, mais aussi (et surtout) une sélection de jeux d’une qualité parfois impressionnante 25 ans plus tard, notamment des jeux issus des salles d’arcade de l’époque (Marvel vs Capcom 2, Crazy Taxi, Soul Calibur, The House of the Dead, Power Stone, Samba de Amigo…).

Shenmue Pal Dreamcast
© SEGA

On y retrouve aussi des jeux de sport incroyables (Virtua Tennis !), sans compter Jet Set Radio, les deux Shenmue bien sûr, mais aussi Rez, Space Channel 5, une pelletée de shoot’em up (Ikaruga, Under Defeat, GigaWing…), les meilleures versions console de Rayman 2, de Resident Evil 2 et 3, de Tony Hawk’s Pro Skater, de Legacy of Kain Soul Reaver… Bref, (re)jouez à la Dreamcast, c’est pour votre bien.

Et vous, avez-vous connu la Dreamcast de SEGA ?

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4 commentaires
4 commentaires
    1. C’est toujours le cas et ça était le cas à chaque gen, ssd Magic, 8k etc….là où le public va les éditeurs vont, le grand public est hyper réceptif au mensonge marketing, il n’y a qu’à voir la ps5 pro et les fan boy qui s’imagine qu’elle vaut un pc à1600 euros…

  1. J’ai toujours la mienne, avec un paquet de jeux et d’accessoires..mais si je la ressors maintenant, certains d’entre eux seront inutilisables (les pistolets conçus pour des écrans cathodiques typiquement)
    Pas mal de bons souvenirs, alors que j’ai très peu touché à la PS2.

    1. Oui, encore aujourd’hui, jouer à Virtua Tennis, Crazy Taxi, 18 Wheeler etc etc… c’est vraiment quelque chose 🙂
      Et pour le pistolet, il faut remettre la main sur un petit écran cathodique et hop ! 😉

Les commentaires sont fermés.