La Commission européenne a tranché. Malgré les fortes pressions exercées par la Norvège, Bruxelles va maintenir son moratoire interdisant tout nouveau forage pétrolier et gazier en Arctique. Le message est clair : l’ouverture de nouveaux gisements dans cette région reste incompatible avec les objectifs climatiques de l’Europe.
Une décision qui passe mal du côté de la Norvège, devenue premier fournisseur de gaz de l’Union européenne (UE) depuis le début de la guerre en Ukraine. Car le pays, qui n’est pas un pays membre mais appartient à l’espace économique européen, espérait convaincre les décideurs d’assouplir leur position au nom de la sécurité énergétique du Vieux Continent, dans un contexte de crise mondiale.
Mais ce refus de l’UE reste surtout politique. Ce moratoire n’étant pas contraignant, il n’empêchera pas le territoire scandinave de poursuivre ses projets d’extraction dans ses propres eaux. Et le gouvernement ne compte clairement pas changer de cap : maintenir l’activité en mer de Barents répond autant aux intérêts d’Oslo qu’à ceux de l’Europe, estime Terje Aasland, le ministre de l’Énergie. Plus tôt cette année, le pays a annoncé la réouverture de plateforme gazières, ainsi que l’exploration de nouveaux sites de forage. Symbole de cette ambition : le projet Wisting, qui va devenir le champ pétrolier le plus septentrional de la planète.
Dans ce contexte, si l’UE refuse d’acheter ces ressources au nom de ses engagements climatiques, la Norvège écoulera son pétrole sur les marchés mondiaux et transformera son gaz en gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le terminal de Melkøya pour l’exporter vers d’autres continents.

Des questions sur la pertinence de ces projets
Mais la pertinence de ces projets pose aussi question. Car selon une analyse du WWF-Norvège, les nouvelles réserves de gaz de la mer de Barents ne commenceront à produire qu’autour de 2045, en raison des délais de développement très longs dans cette région polaire. Concrètement, la production arrivera bien trop tard pour répondre aux tensions énergétiques actuelles.
Pire encore, elle devrait se matérialiser au moment où la demande européenne en gaz fossile s’effondrera sous l’effet des politiques de décarbonation. Mais ce n’est pas tout, car l’État norvégien accorde d’importantes déductions fiscales aux compagnies pétrolières, jusqu’à 78 % des coûts d’exploration. Cela fait porter le risque financier de ces forages incertains directement sur les contribuables.
De grandes craintes pour l’environnement
En amont, les scientifiques et les organisations de protection de l’environnement s’inquiètent. La zone retenue pour le projet Wisting est par exemple située à seulement 50 kilomètres de la banquise et à proximité de l’île aux Ours. Ce secteur abrite un écosystème particulièrement fragile, et sert de refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux marins, de baleines et de phoques.
Les risques d’accident inquiètent d’autant plus que les conditions d’intervention en mer de Barents sont extrêmes. Vagues immenses, températures négatives et nuit permanente en hiver… Le nettoyage d’une éventuelle fuite s’avérerait quasi impossible. Les estimations de l’entreprise Equinor font froid dans le dos : plus de 90 % du pétrole déversé lors d’une marée noire hivernale ne pourrait pas être récupéré.
- L’UE maintient son moratoire contre les forages en Arctique pour respecter ses engagements climatiques.
- La Norvège compte forer en mer de Barents quoi qu’il arrive.
- Ses projets menacent la biodiversité polaire, avec des risques de marée noire jugés quasi impossibles à nettoyer en raison de conditions extrêmes.
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