Il fallait s’y attendre : l’Union européenne (UE) vient de changer de cap dans sa politique climatique. La Commission parlementaire a en effet adopté un projet de révision des objectifs de réduction des émissions de CO2 pour les véhicules. Alors que l’objectif initial était fixé à une réduction de 100 % des émissions en 2035, signant l’arrêt de la vente de voitures neuves à essence et diesel, il est finalement abaissé à 87,5 %.
Ce nouveau compromis va donc plus loin que la proposition initiale de la Commission européenne, qui visait une diminution de 90 %. Et elle est encore plus drastique du côté des utilitaires légers, dont l’objectif passe à 80 % avec des exigences adaptées dès 2030.
En parallèle, les marques pourront utiliser des crédits compensatoires s’ils ont recours à de l’acier bas carbone fabriqué directement au sein de l’UE. De même, les véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants durables seront reconnus comme des technologies vertueuses.
Enfin, le texte, qui répond à une pression immense des constructeurs et de pays comme l’Allemagne, la France ou l’Italie, introduit des « super-crédits » pour encourager la production locale de petits véhicules électriques et de modèles hautement efficients. De quoi offrir une bouffée d’oxygène à toute la filière industrielle européenne. Car elle en a bien besoin.

Un secteur en crise
Le secteur est en effet freiné par l’explosion des coûts de l’énergie, des ventes de voitures électriques moins soutenues que prévu, malgré un beau rebond récemment, et surtout, une concurrence chinoise redoutable.
La situation de Volkswagen illustre parfaitement ces difficultés, le groupe ayant enregistré une perte opérationnelle de 5,9 milliards d’euros pour le seul troisième trimestre. Ainsi, les trois principales forces politiques du Parlement (le PPE à droite, les S&D à gauche et les centristes de Renew Europe), ont préféré diversifier les solutions. Peter Liese, eurodéputé allemand et porte-parole du PPE sur le climat, s’explique :
« Nous voulons la neutralité climatique, mais avec les règles sur lesquelles nous venons de nous accorder, nous garantissons également la neutralité technologique. Je suis personnellement convaincu que l’avenir appartient aux voitures électriques. Mais les véhicules électriques équipés de prolongateurs d’autonomie et les hybrides rechargeables disposant d’une grande autonomie électrique auront également un rôle à jouer en 2035 et au-delà ».
Les défenseurs de l’environnement s’insurgent
Mais cette annonce provoque aussi de vives réactions, en particulier du côté des défenseurs de l’environnement. Les écologistes estiment que reculer cette échéance envoie un mauvais signal, et risque de casser la dynamique d’investissement dans l’électrique.
« Le fait que les socialistes et les conservateurs contribuent à compromettre la sécurité des investissements et les emplois industriels est une contradiction qui pourrait difficilement être plus éclatante. L’Europe dispose des usines et de la main-d’œuvre qualifiée pour construire des voitures de pointe pour l’ère électrique, mais elle a besoin d’un soutien politique clair dans cette direction », regrette Michael Bloss, eurodéputé allemand.
Le texte, lui, doit désormais être soumis au vote de la plénière du Parlement européen prévu en 2026, avant d’entamer des négociations avec les États membres.
- L’Union européenne assouplit son objectif pour 2035 en abaissant à 87,5 % la réduction des émissions de CO2 des voitures neuves.
- Ce recul vise à protéger un secteur automobile en crise, marqué par une chute de la production, la hausse des coûts et des pertes financières record chez des géants comme Volkswagen.
- Le compromis autorise les carburants durables et les hybrides, mais s’attire les vives critiques des écologistes qui y voient un signal d’incertitude pour la transition électrique.
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