Il y a cinq ans, la major française TotalEnergies claquait la porte du Venezuela et soldait ses actifs historiques, jugeant l’aventure trop complexe, politiquement instable et financièrement tendue. Cinq ans plus tard, le vent a tourné, le changement à la tête de l’État et les investissements américains dans l’infrastructure autour des gisements de pétrole a alerté la multinationale. Son patron, Patrick Pouyanné, s’est rendu sur place et a signé un accord secret avec le président de la compagnie nationale Petróleos de Venezuela (PDVSA), Héctor Obregon, en présence de la présidente par intérim du pays, Delcy Rodriguez.
Le problème du pétrole vénézuélien
Sur le papier, ce retour en arrière a de quoi poser question. Le pétrole vénézuélien n’est pas un Brent léger, qui coule tout seul d’un robinet sous pression. Pour le transporter, ce pétrole extra-lourd visqueux, gorgé de soufre et de métaux lourds doit être raffiné, en le diluant notamment avec des naphtes plus légers. Au Venezuela, les années de crises ont mené à des sous-investissements qui ont fait vieillir l’infrastructure et repousser les principaux majors (mis à part Chevron). Au début de l’année, Patrick Pouyanné rappelait d’ailleurs que « depuis que je suis PDG, j’ai décidé de sortir du Venezuela parce que cela ne matchait pas avec notre stratégie de prix du baril à point mort bas ».
Pourquoi TotalEnergies change d’avis sur le Venezuela
La situation a pourtant bien changé ces derniers mois avec d’un côté la crise au Moyen-Orient suite à la guerre en Iran, mais aussi suite à la capture du président Nicolás Maduro par les États-Unis. La mainmise américaine est désormais plus forte, et la politique de Donald Trump a mené à la fois Chevron à redoubler d’ambitions pour sa production (de 250 000 à 600 000 barils par jour) et au consortium NABEP (North American Blue Energy Partners) de signer un bail de 100 ans pour l’exploitation de 17 gisements, situés au-dessus d’une réserve de 65 milliards de barils de pétrole.
En vue des complications au Moyen-Orient pour faire transiter le pétrole, et l’augmentation des prix des hydrocarbures, les alternatives, même coûteuses comme celle du Venezuela, commencent à se montrer attrayantes. C’est dans ce contexte que TotalEnergies a certainement changé sa position. Le pays reste aussi un trésor géologique mondial, avec tout simplement les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde (plus de 300 milliards de barils). Ignorer ce terrain pourrait être une grosse erreur d’un point de vue purement business pour la major française, surtout à l’heure où ses concurrents s’allient pour se préparer à y faire des investissements.
Un accord très confidentiel
À ce jour, l’accord signé entre TotalEnergies et PDVSA est confidentiel. L’entreprise française se contente de dire que « Patrick Pouyanné est allé rencontrer la présidente du Venezuela pour évoquer plusieurs domaines de coopération entre PDVSA et TotalEnergies », rapporte le journal Les Échos. En France, les prix du diesel et de l’essence atteignent des niveaux historiques : 2,41 euros en moyenne pour un litre de gazole, et 2,17 euros le litre de SP95-E10, d’après des calculs de l’AFP à partir de données publiques, recueillies dimanche 20 septembre. En moyenne, le SP98 dépassait 2,28 euros, selon une moyenne enregistrée dans plus de 6 800 stations.
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