Si vous croisez sur votre chemin un chevreuil qui n’a pas l’air dans son état normal, pas de panique : il a un peu trop forcé sur l’alcool, bien souvent à ses dépens. C’est un phénomène annuel très fréquent : chevreuils et autres mammifères forestiers déambulent au bord des routes, l’air hagard et désorienté et peuvent parfois les traverser sans prévenir.
Pleins comme des barriques, ils n’ont pas dévalisé les caves des vignerons voisins ou les maisons de leur précieux liquide psychoactif, mais sont simplement victimes d’un festin printanier un peu trop généreux de la part de Dame Nature. Si cela peut paraître amusant à première vue, la Gendarmerie nationale a décidé, cette année, d’en faire un vrai sujet de prévention routière.
La gendarmerie sort du bois
C’est une vidéo partagée sur X par ABC News qui a remis le sujet sur le devant de la scène (voir ci-dessous). Tournée en Saône-et-Loire par des gendarmes à bord de leur véhicule, on peut y apercevoir un chevreuil complètement éméché qui tourne sur lui-même comme un damné dans un champ. Le pauvre animal chute à plusieurs reprises, se relève maladroitement, mais s’effondre de nouveau sous le poids de l’ébriété. Une séquence plutôt comique, qui lui a valu d’être visionnée plus d’un million de fois. Si certains commentaires affirment que celui-ci est atteint de la maladie débilitante chronique (MDC) affectant les cervidés d’Amérique du Nord, c’est impossible : elle n’a jamais été détectée en France.
Police in France are warning drivers in rural areas to be on the lookout for “drunk” deer exhibiting erratic behavior caused by the consumption of fermented fruits — or as police called it, a “forest aperitif.” https://t.co/uGT1Vy45cD pic.twitter.com/JVf2HS8QRR
— ABC News (@ABC) May 13, 2026
La gendarmerie de Saône-et-Loire a saisi l’occasion pour sensibiliser les conducteurs : « Au printemps, certains animaux sauvages consomment des bourgeons, des fruits fermentés ou de la végétation en décomposition… et peuvent présenter des comportements totalement imprévisibles ». Elle ajoute : « […] une collision peut arriver très vite, surtout de nuit ou sur les routes secondaires ».
Une débauche printanière involontaire pour ces animaux, qui, poussés par leur instinct naturel, consomment des aliments qui les mettent dans un état second. Comment expliquer que nos forêts, à cette saison, se transforment en bar en libre-service ?
Le printemps : saison des cuites gratuites
Si la Gendarmerie a très bien expliqué les causes de cette ivresse, Gilles Moyne, directeur du centre Athénas, spécialisé dans le sauvetage de la faune sauvage (Jura), les a détaillées auprès de nos confrères de France 3. « Tous les bourgeons sont riches en sucres et en sucs. C’est un concentré des sucres de l’arbre. C’est une nourriture à haut pouvoir de fermentation, et quand on en mange en quantité, cela provoque une ivresse passagère ».
Les chevreuils, et les cervidés de manière générale, raffolent des bourgeons de fleurs lorsqu’ils sortent au printemps. Après un long hiver à avoir mâché des vieilles racines et des écorces sèches peu appétentes, les jeunes pousses sont un vrai bonheur pour eux. Si elles sont riches en sucre (une substance qui les attire), elles contiennent également des protéines et de l’azote nécessaires à la pousse de leur bois.
Ingérés en grandes quantités, lorsqu’elles se retrouvent dans leur panse, leurs sucres fermentent et produisent de l’éthanol quantité suffisante pour provoquer des troubles de la coordination motrice. Un phénomène qui s’observe également à l’automne, lorsqu’ils mangent des pommes pourries tombées au sol. Ils peuvent « courir de façon désordonnée, être désorienté[s] et même un peu euphorique[s] », précise Moyne.
Ils perdent ainsi complètement leurs inhibitions naturelles vis-à-vis des être humains et des véhicules. Dans leur état normal, ils évitent au maximum les routes fréquentées, mais une fois intoxiqués, ils peuvent s’y aventurer sans hésitation. Si vous en apercevez un, « il faut les laisser tranquilles, ne pas les stresser, ne pas intervenir. Un chevreuil est toujours à côté d’un milieu qu’il connaît bien, il y retournera », explique Moyne. Et surtout, pas question de vouloir l’attraper : « Un chevreuil avec ses bois et ses sabots peut blesser l’homme ». Si vous en croisez un sur la route, ne freinez pas brutalement ou ne vous essayez pas à jouer à Ken Block en slalomant pour l’esquiver. Patientez le temps qu’il faudra pour qu’il rejoigne les abords et soyez conciliants : l’animal a certainement eu une soirée (ou une journée) un peu chargée derrière lui.
- La gendarmerie française avertit les automobilistes de la présence de chevreuils ivres sur les routes au printemps, conséquence de leur consommation de fruits fermentés.
- Ces animaux, en état d’ébriété, peuvent adopter des comportements erratiques, rendant les routes dangereuses pour les conducteurs.
- Il est conseillé de rester calme et de laisser les chevreuils tranquilles, car ils retourneront naturellement à des zones familières.
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