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9 Français sur 10 n’y vont quasiment plus : pourquoi vous risquez d’avoir de plus en plus de mal à trouver une agence bancaire près de chez vous

La France a perdu plus de 5 000 agences bancaires en quinze ans. Et le rythme s’accélère. Les banques ont décidé que le guichet physique leur coûte trop cher pour trop peu de clients. Mais pour des millions de Français, la disparition des agences est un coup de massue.

Entre 2010 et fin 2020, les banques françaises ont fermé plus de 3 750 agences, soit une perte de 9 % en une décennie. Cette chute a été encore plus massive après 2015, avec un réseau amputé de plus de 2 900 points de vente en cinq ans. À l’époque, on parlait déjà d’accélération. Mais le pire restait à venir.

Depuis la pandémie, les fermetures d’agence se multiplient. En forçant des millions de Français à gérer leurs finances depuis leur canapé, le Covid a définitivement changé les habitudes. Entre 2020 et 2025, environ 3 000 établissements supplémentaires ont disparu. En à peine cinq ans, la France a perdu autant d’agences que durant les dix années précédentes.

Plus précisément, 3 296 points de vente ont tiré le rideau entre 2020 et 2025, ramenant le parc français de 39 707 à 36 411 agences. Et 2025 n’a pas ralenti le mouvement : selon des données exclusives du cabinet Interne Marketing publiées par Les Echos, plus de 790 sites supplémentaires ont encore fermé cette année. Société Générale reste championne des fermetures avec 542 agences supprimées depuis 2020, tandis que BNP Paribas en a fermé 304 sur la même période. La SG approche désormais du seuil symbolique des 2 000 agences. BNP Paribas prévoit quant à elle de supprimer environ 600 agences d’ici à 2030, réduisant son réseau d’un tiers. En contrepartie, la banque veut proposer des agences plus grandes, avec des équipes d’au moins cinq collaborateurs.

Pourquoi les banques ferment-elles ?

Derrière la communication soignée sur « les nouveaux usages » se cache une réalité économique. Les banques traditionnelles supportent d’importantes charges financières : loyers des agences, salaires des collaborateurs, entretien des distributeurs de billets. Évidemment, les banques ne supportent pas ces coûts. Il ne faudrait quand même pas fâcher les actionnaires qui touchent des dividendes records depuis… la pandémie. Les coûts se répercutent donc directement sur les frais facturés aux clients. Alors que les taux d’intérêt bas ont longtemps comprimé les marges et que la concurrence des néobanques s’est intensifiée, ce modèle d’agences réduit la rentabilité des banques, et donc les dividendes des actionnaires. Encore eux.

Mais au fait, les Français se rendent-ils encore dans les agences ? Pas vraiment. Selon une étude FBF-IFOP de 2024, seulement 10 % des Français se rendent en agence plus d’une fois par mois, tandis que 53 % n’y vont qu’une fois par an ou moins. Ils ne sont d’ailleurs plus que 36 % à franchir la porte au moins une fois par trimestre, contre 41 % en 2020. Dans le même temps, 79 % ont téléchargé une application bancaire.

Les néobanques ont accéléré cette dynamique. Revolut, N26, Boursorama, Fortuneo : sans agence, sans guichetier, sans loyer commercial, ces banques nouvelle génération pratiquent des tarifs que les réseaux traditionnels ne peuvent pas égaler sans rogner sur leurs marges. Résultat, les banques classiques ferment en priorité les points de vente les moins rentables pour investir dans des formats hybrides. Deux stratégies cohabitent donc : les banques cotées sont dans une démarche volontariste de fermeture, quand les coopératives s’adaptent plus progressivement à la fréquentation de leurs clients.

Ruraux, seniors et économie locale : les victimes de la fermeture d’agences

Si la fermeture d’une agence dans un quartier de Lyon ou de Bordeaux passe presque inaperçue, il en est tout autre dans une commune de 3 000 habitants. Or, les petites communes de moins de 5 000 habitants concentrent l’essentiel des fermetures.

Pire, la disparition d’une agence entraîne presque toujours celle du distributeur qui l’accompagnait. En 2024, plus de 1 500 automates ont disparu du territoire, ce qui complique l’accès au cash notamment dans les zones rurales. Et installer ou maintenir un distributeur en zone peu dense est rarement rentable : chaque appareil coûte entre 25 000 et 32 000 euros hors taxes par an. Il faut atteindre au moins 3 000 retraits par mois pour l’amortir, un seuil inatteignable dans beaucoup de petites communes.

Le phénomène a aussi une dimension sociale souvent sous-estimée. Les personnes âgées, moins à l’aise avec les applications mobiles, sont les premières pénalisées. La part des plus de 65 ans ayant téléchargé l’application de leur banque chute de 20 points par rapport à la moyenne nationale. Et quand un habitant va chercher son argent dans la ville voisine, il y consomme aussi, ce qui accélère le déclin des commerces de proximité dans les villages qui perdent leur dernier guichet.

Ce qu’on en pense

Le phénomène de digitalisation des usages est massive et irréversible. Mais l’argument de « l’adaptation aux nouveaux usages » avancé par les banques masque une réalité moins louable : la fermeture d’agences est d’abord une opération de rentabilité, pas un service rendu aux clients.

Ce phénomène n’est pas sans rappeler celui des bureaux de poste ou des maternités rurales. Il n’est qu’un autre maillon du retrait progressif des services du territoire, au nom de l’optimisation économique. La (grosse) différence : les banques sont des entreprises privées, personne ne peut donc légalement les forcer à rester.

Il est aussi important de souligner le comportement contradictoire des Français. Selon l’étude FBF-IFOP 2024 menée dans plusieurs régions, environ 84 % des Français estiment leur agence incontournable au quotidien. Pourtant, ils sont à peine 10 % à s’y rendre plus d’une fois par mois. Au-delà des raisons invoquées, peut-on vraiment reprocher aux banques de fermer des agences où presque personne ne va ? Vous avez quatre heures.

  • Les grandes banques ferment de plus en plus d’agences bancaires
  • BNP Paribas prévoit de fermer un tiers de son réseau d’ici 2030, Société Générale approche du seuil symbolique des 2 000 agences
  • Seuls 10 % des Français se rendent en agence plus d’une fois par mois

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