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2024, l’année de l’excès : les dividendes explosent malgré des secteurs en crise

Dans un environnement marqué par l’inflation et les tensions géopolitiques, les grandes entreprises mondiales continuent de choyer leurs actionnaires.

L’année 2024 restera dans les annales comme celle de tous les paradoxes sur les marchés financiers. Alors que l’économie mondiale traverse une période d’incertitude (inflation persistante, ralentissement de la croissance, conflits commerciaux, etc.), les actionnaires n’ont jamais été autant récompensés.

Selon le dernier rapport de Janus Henderson (JHGDI), les dividendes mondiaux ont atteint l’époustonnant montant de 431,1 milliards de dollars entre juillet et septembre, soit une progression de 3,1 % sur un an. Un niveau jamais observé pour un troisième trimestre.

Le haut du panier

L’Amérique du Nord confirme son statut de locomotive mondiale avec une hausse spectaculaire de 8,7 % des versements, totalisant 176 milliards de dollars sur le trimestre. « Dans le reste du monde, l’entrée de Meta et Alphabet [NDLR : maison mère de Google] dans le cercle des entreprises versant des dividendes a donné un coup de pouce important à la croissance déjà robuste aux États-Unis, où 96 % des entreprises ont augmenté ou maintenu leurs versements par rapport à l’année précédente » peut-on lire en septième page du rapport.

Le secteur des communications et des médias, lui aussi, se porte très bien. Ce dernier enregistre ainsi une progression vertigineuse de 29,5 %, dynamisée par une autre grande entreprise bien connue, Walt Disney, « qui a repris ses versements cette année après l’interruption causée par la pandémie », explique le JHGDI.

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Croissance constante des dividendes mondiaux (2009-2024), avec une hausse marquée des versements réguliers et exceptionnels. © JHGDI

Une redistribution des richesses géographiquement contrastée

La cartographie mondiale des dividendes en 2024 révèle des dynamiques régionales fortement différenciées. Les établissements bancaires, piliers historiques de la distribution de dividendes, confirment leur position dominante en représentant 20 % du total des versements mondiaux. Leur performance remarquable, avec une progression de 6,3 % des dividendes, s’explique notamment par la hausse des taux d’intérêt qui a gonflé leurs marges d’intermédiation, ainsi que par des bilans assainis depuis la crise financière de 2008.

L’Europe, bien que solide dans ses fondamentaux, affiche une saisonnalité marquée. Le troisième trimestre, traditionnellement le plus faible en raison du calendrier de versement des entreprises continentales, totalise néanmoins 51 milliards d’euros de dividendes. Cette période creuse s’explique par la concentration habituelle des versements au second trimestre, où les entreprises européennes distribuent leurs dividendes annuels après leurs assemblées générales de printemps. Pour mettre ces chiffres en perspective, ce montant représente à peine 21 % des versements du trimestre précédent, qui avait atteint 241 milliards d’euros.

La région Asie-Pacifique dessine un paysage plus complexe. Le recul global de 3,9 %, portant les dividendes à 73,7 milliards de dollars, masque des réalités nationales très diverses. La Chine, malgré son ralentissement économique et sa crise immobilière, établit un nouveau record, portée par l’entrée fracassante d’Alibaba dans le cercle des entreprises versant des dividendes.

L’Inde, quant à elle, poursuit son ascension fulgurante. La plus grande démocratie du monde profite d’une croissance économique exceptionnelle, supérieure à 6 %, qui se traduit par des bénéfices records pour ses entreprises. Cela s’est traduit tout naturellement par une augmentation drastique des versements aux actionnaires.

L’effritement des matières premières

Le secteur des matières premières montre des signes préoccupants : plus d’un tiers des entreprises ont réduit leurs dividendes. « Les secteurs les plus faibles ont été l’exploitation minière et le transport (une partie du groupe industriel). L’exploitation minière a été particulièrement touchée par les réductions de Vale au Brésil et de Glencore » souligne le rapport en quatorzième page. Les secteurs du transport et de la chimie, quant à eux, manifestent également des gros signes de faiblesse.

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Évolution des dividendes par secteur (2009-2024). © JHGDI

Les dividendes exceptionnels du secteur ont connu une dégringolade de 33 %, s’établissant à 6,3 milliards de dollars, à l’image du pétrolier norvégien Equinor, contraint de réduire ses versements face à la baisse des cours du pétrole.

Malgré ces zones d’ombre, Janus Henderson maintient des perspectives optimistes. Jane Shoemake, analyste de la société, souligne que « les craintes liées à l’impact des taux d’intérêt élevés sur l’économie mondiale se sont révélées infondées jusqu’à présent. » La solidité des bénéfices des entreprises laisse présager une poursuite de la croissance des dividendes jusqu’en 2025, avec une prévision globale de 1 730 milliards de dollars pour 2024, en hausse de 4,2 % par rapport à 2023.

Ces niveaux records ont de quoi interpeller, mais c’est surtout les disparités entre les secteurs qui peuvent poser question. Les prochains trimestres permettront de voir si ce rythme tiendra dans la durée, surtout dans un environnement marqué par des taux d’intérêt élevés et des tensions géopolitiques persistantes.

  • Les dividendes mondiaux atteignent 431,1 milliards de dollars au troisième trimestre, portés par la technologie et les banques.
  • L’Amérique du Nord et l’Asie affichent de solides performances, tandis que l’Europe reste affectée par sa saisonnalité et que le secteur des matières premières recule.
  • Malgré les incertitudes économiques, la croissance des dividendes devrait se poursuivre jusqu’en 2025 avec des prévisions à 1 730 milliards de dollars.

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