Il existe une idée reçue très répandue : toute la masse graisseuse de votre organisme serait nécessairement néfaste à votre santé, mais c’est entièrement faux. Si un surplus de graisse peut évidemment mener à être en surpoids, ou à une situation médicale plus grave encore, l’obésité (48,8 % de personnes concernées par ces deux maladies dans l’Hexagone, selon Obésité France), le mot « graisse » désigne en réalité une famille de tissus aux fonctions biologiques opposées. L’ensemble du tissu adipeux est en réalité composé de trois types de graisses différentes, dont une s’avère particulièrement bénéfique pour votre organisme.
Une étude de grande envergure menée sur plus de 100 000 patients, la plus vaste jamais réalisée sur le sujet, vient de démontrer que la graisse dite « brune » réduit considérablement les risques de développer plusieurs maladies. Ses résultats ont été publiés le 14 octobre dans la revue Nature.
Perte de poids : pourquoi toutes les graisses ne se valent pas
De manière générale, lorsque l’on dit d’une personne qu’elle a « des kilos en trop », c’est en raison d’une présence excessive de tissu adipeux blanc, ou de graisse « blanche ». C’est la forme la plus abondante dans l’organisme, qui sert de réserve d’énergie : elle stocke le surplus de calories sous forme de triglycérides dans de grandes cellules appelées adipocytes blancs. En cas de besoin (lors d’un effort physique ou d’un apport calorique insuffisant), l’organisme y puisera l’énergie nécessaire à son fonctionnement.
En excès, lorsque l’apport quotidien en calories dépasse les dépenses à long terme, les adipocytes blancs finissent par se saturer et gonfler. C’est à partir de ce moment-là que l’organisme stocke trop de graisse, sous forme sous-cutanée (cuisses, hanches, fesses, ventre), ou viscérale, plus profondément au niveau de l’abdomen, autour des organes vitaux (foie, intestins, cœur, rate).
Le tissu adipeux brun ne stocke rien, au contraire : il oxyde le glucose et les acides gras circulants pour le transformer en chaleur. Un mécanisme vital appelé thermogenèse, particulièrement chez les nouveau-nés, qui ne sont pas encore capables de réguler leur température convenablement.
Principalement localisé dans le cou, les aisselles et le thorax, ce tissu a longtemps été considéré comme un vestige de la petite enfance, inactif chez l’adulte. C’est seulement en 2009 que des scientifiques ont démontré que les dépôts de graisse brune subsistaient et restaient fonctionnels bien au-delà du stade infantile, à des degrés variables selon les individus.
En collaboration avec le Memorial Sloan Kettering Cancer Center, l’équipe à l’origine de cette nouvelle étude a analysé les scanners TEP-TDM (une technique d’imagerie qui, en injectant un glucose radioactif, permet de visualiser les tissus métaboliquement actifs) de plus de 100 000 patients traités pour un cancer, afin de mesurer l’activité de leur graisse brune. L’activité désignant ici le fait que le tissu brûle bien des calories et consomme du glucose.
En croisant ces images avec les dossiers médicaux des patients via un modèle d’intelligence artificielle, les chercheurs ont constaté que ceux dont la graisse brune était la plus active présentaient moins de risques de développer un diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, une dépression ou de l’anxiété.
Plus la graisse brune est active, plus elle consomme de glucose et d’acides gras dans la circulation sangune, ce qui contribue à maintenir une glycémie stable et à alléger la charge métabolique qui pèse sur le système cardiovasculaire. Deux facteurs déterminants dans la prévention du diabète de type 2 et les atteintes cardiovasculaires. Son effet protecteur sur la santé mentale reste toutefois incompris sur le plan biologique.
L’étude étant rétrospective, elle ne permet pas encore d’établir un lien de causalité direct ; les chercheurs n’ont mis en évidence qu’une corrélation statistique entre l’activité du tissu adipeux brun et les bénéfices cités précédemment. Les données ayant été collectées a posteriori, à partir de dossiers médicaux préexistants, les chercheurs n’ont pas été en mesure de contrôler l’ensemble des variables susceptibles d’influencer les résultats. Alimentation, niveau d’activité physique, génétique ou traitements médicamenteux en cours, par exemple. Pour valider cette hypothèse, il faudrait, dans l’idéal, mener une autre étude prospective avec un protocole contrôlé et randomisé : stimuler artificiellement la graisse brune chez un groupe de patients et comparer les résultats avec un groupe témoin sur plusieurs années.
- La graisse n’est pas uniformément nuisible, certaines variétés, comme la graisse brune, peuvent être bénéfiques pour la santé.
- Une étude sur plus de 100 000 patients révèle que l’activité de la graisse brune est associée à une réduction des risques de diabète, de maladies cardiovasculaires, et de troubles mentaux.
- Le lien de causalité entre la graisse brune et la santé nécessite encore des recherches supplémentaires pour être confirmé.
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