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Prix de l’essence : pourquoi Total et Carrefour refusent la revente à perte

La Première ministre Elisabeth Borne a annoncé qu’elle souhaitait autoriser la revente à perte des carburants. Les distributeurs lui répondent par une fin de non-recevoir.

Les prix du carburant continuent de s’envoler avec des tarifs pouvant dépasser les 2 euros par litre. Alors que l’inflation continue de frapper les budgets des ménages, le prix du carburant présente des enjeux politiques considérables pour le gouvernement.

Pour éviter les débordements, il a donc multiplié les annonces. D’abord en faisant pression sur Total pour bloquer les prix sous les 2 euros par litre (ce que le distributeur a accepté). Ensuite en annonçant, par la voix d’Elisabeth Borne elle-même, la levée de l’interdiction de la revente de carburant à perte pour une durée de six mois à partir de décembre.

Pourquoi Total et Carrefour refusent de vendre leurs carburants à perte

Si cette annonce n’assure pas une baisse à la pompe, elle permet au gouvernement de renvoyer la balle aux industriels et distributeurs. Et de balayer d’un revers de main la question des taxes sur le carburant. Toutefois, la partie semble très mal engagée.

Mardi 19 septembre 2023, TotalEnergies, le principal distributeur du pays, puis le lendemain Carrefour, mais aussi E. Leclerc, et Intermarché très prisés par les automobilistes pour acheter leur carburant un peu moins cher, ont tous annoncé qu’ils ne revendront pas leur carburant à perte.

Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a martelé qu’il ne descendrait pas plus bas que les 1,99 € le litre (temporairement plafonné “tant que les prix resteront élevés”) que pratiquent en ce moment les stations services de l’enseigne : « 1,99, c’est un plafond, la politique de TotalEnergies sera assurée […] Je ne descendrai pas plus bas. C’est déjà un effort important », a-t-il martelé. Et de lancer : « vous vendez souvent à perte, vous, des produits ? Un peu de bon sens, voilà, merci ».

De son côté, le PDG du groupe Carrefour Alexandre Bompard qui est aussi président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) qui représente une grande partie du secteur rappelle que “l’interdiction de la revente à perte est un principe très important du commerce depuis 1963”, et d’ajouter qu’il ne faut pas “ouvrir cette boîte de Pandore”.

E. Leclerc et Intermarché ont également fait savoir qu’ils ne suivront pas le gouvernement sur la revente à perte pour réduire le prix à la pompe. Plus timoré, Dominique Schelcher, PDG du Système U affirme qu’il ne prévoit pas de “faire massivement des opérations de revente à perte”. Ce qui laisse toutefois la porte ouverte à des opérations localisées.

Le gouvernement proche d’un aveu d’impuissance ?

Plus largement, on trouve des réactions sur la défensive aussi parmi les politiques. François Bayrou a notamment rappelé qu’en cas de revente à perte, le distributeur se rattrappe ailleurs. Dans le cas de la grande distribution, cela peut vouloir dire une hausse des prix des produits alimentaires, par exemple – résultant sur un problème potentiellement plus grave.

Suite à ces déclarations le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a appelé “chacun” à faire un effort. « Nous utilisons tous les leviers possibles pour protéger les Français là où c’est possible », a-t-il déclaré. Alors qu’il n’était jusqu’ici plus question de financer directement une baisse du prix à la pompe sur les deniers publics comme c’était le cas au début de la guerre en Ukraine, cette ligne rouge est-elle en train de tomber ?

Une des pistes possibles serait de jouer sur la TVA, voire peut-être la TICPE – une stratégie potentiellement à double tranchant, ces ressources étant très importantes pour le financement des services publics comme l’école, la santé, l’armée, les administrations, les infrastructures et bien plus encore.

Mais au fait : quelle est exactement la part des taxes dans le prix à la pompe ?

Près de 60% de taxes

Part Taxes Etat Essence
© Presse-citron

Pour savoir ce que représentent les taxes sur un litre de carburant, il suffit de se rendre sur le site du ministère de l’économie. On y trouve les différentes couches du mille-feuille.

Sur un litre de Sans plomb 95, le coût du pétrole brut ne représente que 33,47% du prix final. Le transport et la distribution, eux, tournent autour des 7% alors que la marge de raffinage ne représente que 2,4% du prix au litre.

Tout le reste se divise en deux taxes. La TVA, d’abord, qui représente 16,4%, et la TICPE (Taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques) qui représente la plus grosse part du prix avec 40,73%.

Au total, un litre d’essence se compose à 57,13% de taxes. Si l’on prend en exemple un tarif de 2 euros par litre, le prix du pétrole brut ne représente que 0,67 euro. Les transports représentent 0,14 euro et la marge de raffinage 0,05 euro. Au total, le pétrole, son acheminement et sa distribution ne représentent que 0,86 euro par litre.

La TVA, elle représente 0,33 euro et la TICPE 0,81 euro, soit presque autant que l’extraction, l’acheminement et la distribution du pétrole. La plus grosse part du gâteau donc. Selon le ministère de l’économie, la TICPE est la quatrième recette de l’Etat, derrière les impôts sur le revenu, l’impôt sur les sociétés et la TVA. Ceci explique sans doute cette obstination à ne pas vouloir baisser le montant des taxes.

Le spectre de la TIPP flottante

Au début des années 2000, le gouvernement Jospin avait mis en place la TIPP flottante, une taxe sur les produits pétroliers permettant de faire un effet de blocage en cas de forte hausse des prix du pétrole. Grosso modo, pour faire face aux fluctuations du prix du baril de brent, l’Etat diminuait ses taxes quand le prix du pétrole était en hausse et augmentait la part de taxes quand le prix du pétrole baissait. L’État s’assurait ainsi des entrées stables tout en préservant le pouvoir d’achat des Français.

Ça, c’est pour la théorie. Car en pratique, si les prix à la pompe n’ont pas beaucoup augmenté, les recettes de l’Etat ont diminué. À tel point que le dispositif a été mis en pause dès 2002 puis complètement abandonné en 2002 avec le retour de la droite au pouvoir. Souvent évoquée comme solution miracle, la TIPP flottante a été balayée d’un revers de main par le gouvernement Macron. ” Il n’est pas question de revenir à la TIPP flottante ! ” martelait François de Rugy en 2018, alors ministre de la Transition écologique.

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7 commentaires
7 commentaires
  1. NON ! NON ! et NON !

    Il n’y a pas 60 % de taxes sur les carburants mais 200 %

    Lorsque l’on parle d’une tva à 20 % on part d’un produit à 100 € (par exemple) auquel on rajoute 20 % pour un prix final de 120 €

    Dans le cas du carburant, tous les “journalistes” ou éditorialistes raisonnent à l’envers en partant du prix final.

    Si le prix du pétrole et des coûts de raffinage et distribution représentent 33,47 % du prix final et que le reste pour aller à 100 % représente 66,53 %, ON A UNE TAXATION GLOBALE À PRÈS DE 200 % ! !

    ET N’OUBLIONS PAS QUE LA TVA S’APPLIQUE SUR LE PRIX COMPRENANT LA TIPCE : UNE TYAXE SUR UNE TAXE …

    VIVE LA FRANCE !

    1. Sauf qu’on ne parle pas ici de taxation (le fait d’ajouter des taxes) mais de la part de taxes dans un produit final, donc 60%.
      C’est tout.

    2. La part des taxes est de +/-60%
      Le carburant est taxé à +/-150%
      Personne n’a jamais dit le contraire. Libre à chacun de bien comprendre ce qui est dit.

      les taxes sur les taxes sur les taxes … ça n’a rien de nouveau et c’est un peu partout pareil.
      ton salaire est taxé, tes achats avec sont taxé, tes biens possédés sont taxés et même quand tu crèves tes biens sont à nouveau taxés. Vu comme ça c’est déprimant mais il faut bien se rendre compte que chacun profite de ces taxes tous les jours 🙂

  2. ETHANOL E85=1€20 du jamais vu le prix a carrément doubler .au lieu de généraliser se carburant sur la plupart du parc auto sachant qu’il y a juste a régler la richesse et l’avance du moteur .

  3. Il faudrait surtout qu’on nous explique pourquoi le carburant est bien plus cher actuellement avec un baril à moins de 100€ alors qu’il était moins cher avec un baril aux alentours de 110€ en 2013/2014.

    Le gouvernement aurait-il abusé sur des taxes qu’il ne souhaite plus réduire ?
    Les marges de traitement et de transport ont augmentées bien au delà de l’inflation ?

    Je serai curieux qu’on fasse l’exercice de variation des différentes parts du camembert, en comparaison à 10 ans en arrière.

  4. L’article ne répond pas à la question que son titre laisse envisager : pourquoi Total et Carrefour refusent la revente à perte de l’essence, mais se borne à confirmer ce que l’on sait déjà.

Les commentaires sont fermés.