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Qira : l’IA façon Apple Intelligence de Lenovo

Lors de l’IFA 2026, Lenovo nous en a appris un peu plus sur Qira, son agent IA propriétaire. Sa montée en puissance est indéniable, certes ; mais sa plus importante faiblesse, celle qui conditionne tout le reste, n’a toujours pas été résolue.

Lenovo vend un portable sur quatre dans le monde : chaque année, ce sont 65 millions de machines qui sortent de ses usines et arrivent dans les mains des consommateurs. Avec un chiffre d’affaires impressionnant de 83 milliards de dollars sur l’exercice 2025/2026, le constructeur chinois n’a plus rien à prouver de la robustesse de son hégémonie commerciale et industrielle.

Pourtant, si l’entreprise avait déjà pris le virage de l’IA en multipliant les outils intelligents propriétaires (comme Lenovo AI Now, Moto AI ou Smart Connect), il lui manquait encore sa véritable clé de voûte logicielle pour tout unifier. Un retard rattrapé au début de l’année, lorsque l’entreprise a présenté Qira pour la première fois au Lenovo Tech World du CES 2026 à Las Vegas.

Son « intelligence ambiante personnelle » (selon ses propres termes) qui a pour objectif de faire pour l’écosystème Windows-Android ce qu’Apple Intelligence a fait pour le monde Mac-iPhone. Un pari d’envergure, souffrant pourtant d’un important problème structurel qui sera difficile à surmonter, même pour le numéro 1 mondial du PC.

Qira : une couche d’IA qui vous suit d’un écran à l’autre

Qira n’est pas comparable à un chatbot comme ChatGPT ou Gemini, ou autre chatbot. C’est une couche logicielle intégrée qui tourne continuellement en arrière-plan sur les PC Lenovo et les smartphones Motorola (marque qu’elle possède depuis 2014). C’est sa principale promesse : le « cross-device », soit l’unification de l’expérience utilisateur au sein d’un environnement matériel partagé.

Dan Dery, vice-président de l’écosystème IA chez Lenovo, la présentait ainsi dans le communiqué de presse officiel publié lors de son annonce initiale : « Lenovo Qira n’est pas un assistant de plus, c’est une nouvelle manière pour l’intelligence de s’incarner à travers l’ensemble de vos appareils. »

Un emballage marketing propret, qui, une fois défait, dévoile l’objectif du constructeur : installer Qira (et donc la marque Lenovo) dans le quotidien de l’utilisateur. Qira fonctionne autour de six modes différents, dont certains remplissent mieux leurs engagements que d’autres.

Celui qui nous a paru le plus convaincant, et de loin, c’est le mode « Catch Me Up ». Imaginez que vous revenez d’une pause déjeuner durant laquelle vous avez délaissé votre matériel. Une fois de retour, vous ouvrez votre ThinkPad, et Qira vous résumera tout ce qu’il s’est passé durant votre absence : e-mails reçus, documents modifiés par vos collègues, notifications diverses ou messages restés sans réponse.

Plutôt bien pensé, puisque cela évite d’avoir à fouiller péniblement dans les différentes applications de votre PC ; en quelques secondes vous avez l’essentiel. Un gain de temps considérable qu’aucun concurrent (Copilot de Microsoft ou Gemini de Google) n’est en mesure de proposer.

Le mode « Write For Me » peut rédiger des mails et des messages en s’appuyant sur votre ton habituel et le contexte de la conversation en cours (une fonctionnalité déjà existante avec Copilot dans Outlook et Gmail avec « Help me write »).

Grâce à « Pay Attention », Qira suit vos visioconférences en temps réel et génère un compte-rendu complet à la fin ; exactement ce que proposent Copilot dans Teams, Gemini dans Google Meet ou Zoom AI Companion depuis plus d’un an.

« Next Move » est le mode le plus original sur le papier : lorsque vous terminez de rédiger un document, Qira vous propose de l’envoyer au bon contact ; vous sortez d’une réunion, il vous suggère de créer les tâches les plus pertinentes, évoquées pendant l’appel.

L’idée, c’est que l’IA anticipe vos demandes. En pratique, Google propose déjà des suggestions similaires dans Gmail (« voulez-vous créer un événement dans l’agenda ? ») depuis longtemps, mais cloisonnée à une seule app. Qira permet de faire de même à l’échelle de vos OS en entier, entre toutes vos applications.

« Notre objectif est de faire en sorte que l’IA ne ressemble plus à un outil que l’on sollicite, mais à une intelligence qui évolue à vos côtés, de façon fluide et naturelle. », comme l’explique Dery.

Durant l’IFA, Lenovo a annoncé un élargissement de l’écosystème compatible avec Qira. Grâce à une collaboration avec Workato, l’agent peut dorénavant se connecter à Gmail, Google Calendar, Google Contacts, Slack, Outlook Calendar et Outlook Mail.

Si, par exemple, un évènement change dans votre agenda ou que vous recevez un message important sur Slack, Qira centralise toutes les infos et permet d’interagir via la même interface.

Le constructeur a également indiqué une intégration avec Notion (notamment pour l’édition et la consultation de documents directement depuis l’interface de Qira).

Sur le plan technique, Qira fonctionne en hybride. Les tâches légères (résumé d’un fichier local, reformulation d’un mail) passent par le NPU du processeur, directement sur la machine, sans connexion internet.

En revanche, les tâches plus lourdes (génération d’image, raisonnement complexe) sont routées vers le cloud via Azure. Le tout sans que l’utilisateur ait à choisir ; le processus se déroule en arrière-plan. Selon Lenovo, Qira décide seul à quel modèle faire appel : GPT, Claude, Gemini ou Llama selon le contexte.

Côté déploiement et compatibilité, Qira s’assouplit : le seuil matériel pour faire fonctionner l’agent descend à 16 Go de RAM pour les PC (contre des configurations plus exigeantes au lancement), ce qui ouvre l’accès à un parc de machines bien plus large.

Lenovo revendique désormais 80 configurations PC compatibles, contre une vingtaine au lancement en mars. L’agent s’étend également à la Moto Watch Ultra (première montre connectée à supporter Qira), avec la possibilité de lever le poignet ou de dire « Hey Qira » (ça rappellera quelque chose aux fans d’Apple) pour poser une question. Qira arrivera également sur les smartphones Motorola éligibles au fil de leur mise à jour vers Android 17.

Pour Dery, « l’IA personnelle ne devrait pas être une énième application qui attend une instruction. Elle devrait comprendre ce qui compte pour vous, vous suivre d’un appareil à l’autre et orchestrer les prochaines étapes à travers les agents, applications et services que vous choisissez. » Une vision que l’on pourrait qualifier d’agentique, qui se heurte néanmoins à un mur… très épais, comme vous allez le voir.

Qira : un pont vers nulle part ?

Si la proposition de Lenovo sort du lot, Qira et son fonctionnement « cross-device » suppose que celui qui en fera usage possède à la fois un PC Lenovo et un smartphone Motorola. Certains, comme le Razr, le Edge 70, le Signature sont d’excellents téléphones, mais la marque en elle-même ne représente qu’environ 5 % du marché mondial du smartphone.

Aucun chiffre public ne circule quant à la part de possesseurs de PC Lenovo qui se sont tournés vers Motorola pour leur smartphone.

Interrogé sur ce point de blocage lors d’une table ronde pendant l’IFA, Luca Rossi (président de l’Intelligent Devices Group chez Lenovo) a répondu : « Nous progressons dans de nombreuses régions du monde, et notre vision est que Motorola devienne, étape par étape, un acteur bien plus important dans l’industrie du smartphone. Il était donc naturel pour nous de nous dire que Qira fait aussi partie de cette aventure, afin d’offrir une raison supplémentaire de choisir Motorola à ceux qui souhaitent en acheter un. […] Vous pouvez imaginer que, comme nous sommes numéro un depuis de nombreuses années maintenant, nous disposons d’une base de clients gigantesque. »

Si Motorola avait suffisamment d’arguments pour se vendre tout seul face à Samsung et Apple, Qira serait un simple bonus. Dans les faits, Qira est presque présentée comme une béquille qui pourrait revigorer la marque.

La comparaison avec Apple Intelligence, que Lenovo revendique ouvertement, perd donc en substance. Premièrement, parce qu’Apple n’a jamais eu besoin de son IA pour vendre des smartphones à la pelle ; ensuite car elle conçoit ses propres puces (M et A) et les optimise de fait pour ses différents systèmes d’exploitation (macOS, iOS, iPadOS). De la manufacture au logiciel, le géant de Cupertino fait route seul et ne dépend plus de personne depuis 2020.

Lenovo, selon ses gammes, achète ses processeurs chez Intel, AMD, Qualcomm ou NVIDIA. La firme n’a aucune prise sur la conception des puces, aucun contrôle sur Windows (qui appartient à Microsoft), ni sur Android (propriété de Google).

Qira, en l’état, est simplement une surcouche logicielle sur un ensemble de technologies que Lenovo ne maîtrise pas et ne possède pas. Il suffirait, hypothétiquement, que Microsoft décide un jour d’intégrer la même fonction « cross-device » dans Copilot, et Lenovo ne pourra plus opposer le moindre avantage concurrentiel ni protéger Qira.

L’API de Qira est ouverte depuis le troisième trimestre 2026, et jusqu’aux annonces de l’IFA, seule Expedia (agence de voyage en ligne) était partenaire du projet. Qira peut communiquer avec les bases de données de l’entreprise et permettre à ses clients de chercher des vols d’avion ou planifier des voyages via une simple discussion textuelle.

Heureusement, Lenovo a considérablement musclé son écosystème : Gmail, Slack, Outlook, Perplexity et, comme expliqué précédemment, Notion, ont rejoint la liste. Un réel progrès, qu’il serait malhonnête de ne pas reconnaître. Néanmoins, toutes ces intégrations restent des ponts vers des services déjà existants et non des applications conçues spécifiquement pour Qira.

Là où Qira marque un (gros) point, c’est dans sa capacité à enjamber la frontière entre les écosystèmes Google et Microsoft. Copilot ne communiquera jamais avec Gmail, puisque Microsoft n’y trouverait aucun intérêt. Gemini ne s’immiscerait jamais dans Outlook, Google n’y a aucun intérêt non plus.

Pour un utilisateur qui vit entre les deux, et c’est le quotidien de millions de professionnels, Qira est aujourd’hui le seul assistant capable de centraliser ces flux dans une interface unique. C’est un avantage à ne pas minimiser, même s’il ne résout pas le problème fondamental inhérent aux faibles parts de Motorola dans le marché de smartphones.

Bien que Rossi nous ait assuré que la marque était en forte progression dans plusieurs zones du monde (Europe centrale) ou avait déjà une meilleure place ailleurs (Brésil, USA, Inde), rien n’indique, pour le moment, que Motorola explosera dans les prochaines années.

Qira est doté de sérieux atouts (dont certains mériteraient d’être copiés par l’industrie), mais pour le moment, nous ne pouvons que le juger pour ce qu’il est réellement : une démonstration technologique qui colle à l’époque du tout-IA sans la devancer, destinée à une niche d’utilisateurs déjà convertis au duo Lenovo-Motorola.

  • Lenovo a dévoilé Qira, un agent IA intégré pour unifier l’expérience utilisateur entre PC et smartphones Motorola.
  • Cette technologie vise à offrir des fonctionnalités comme la centralisation des notifications et des résumés de réunions, mais souffre d’une dépendance à la part de marché limitée de Motorola.
  • Malgré ses atouts, Qira semble plus un complément qu’un atout majeur, face à des géants comme Apple et Microsoft.

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