Moins connue que l’américain Neuralink, Synchron est une start-up australienne elle aussi spécialisée dans les interfaces cerveau-ordinateur – autrement dit des dispositifs permettant de contrôler des machines par la pensée. Même si elles visent des objectifs semblables, les deux entreprises se distinguent sur de nombreux points, notamment la procédure chirurgicale nécessaire à l’installation de l’implant, nettement moins invasive chez Synchron que chez Neuralink.
Du coup, les barrières réglementaires commencent à tomber au profit de l’entreprise australienne. La firme, qui a déjà implanté sa puce dans le cerveau de six patients, se prépare ainsi à lancer le premier test clinique humain de grande ampleur aux États-Unis, après des essais préliminaires en juillet 2021, avec la bénédiction de la FDA, l’autorité américaine du médicament. Synchron a également reçu le soutien financier des milliardaires américains Bill Gates et Jeff Bezos, et a plutôt les faveurs des autorités américaines, qui ne souhaitent pas rater ce virage technologique majeur.
Synchron s’apprête à mener le premier test clinique de grande ampleur
Lundi 8 avril 2024, Synchron a lancé un registre en ligne pour recruter les quelques dizaines de patients américains nécessaires à son test préliminaire. De quoi convaincre la FDA d’autoriser des tests sur un échantillon de patients encore plus large à un horizon encore inconnu.
Bien sûr, l’orientation de Synchron garde comme Neuralink un potentiel commercial majeur – la firme ayant le potentiel de s’adresser, à terme, à tous types de demandeurs souhaitant pouvoir contrôler directement des machines par la pensée. La startup se concentre toutefois en premier lieu sur le médical, avec pour objectif de redonner d’abord de l’espoir à des patients atteints de troubles moteurs.
Trois types de patients atteints de paralysie sont visés en priorité : ceux dont la maladie découle d’une sclérose en plaques, d’un AVC ainsi que ceux atteints d’une sclérose latérale amyotrophique (ALS). 120 centres américains d’essais cliniques se sont proposés pour participer à cette expérience inédite.
L’hôpital Mont Sinaï (New York), l’Université de Buffalo et l’Université de Pittsburgh, déjà impliqués dans les premiers tests, devraient a priori participer à ces essais – sous réserve d’accord de la FDA.
L’implant de Synchron est installé de façon moins invasive que celui de Neuralink
Baptisé Stentrode, l’implant de Synchron est implanté par voie vasculaire, évitant ainsi une chirurgie invasive du cerveau. L’opération commence par une petite incision dans le cou, par laquelle le Stentrode est inséré dans la veine jugulaire. Il est ensuite guidé à travers le système vasculaire jusqu’à atteindre le cerveau, où il est déployé pour enregistrer l’activité neuronale.
Cette méthode réduit considérablement le risque associé aux interventions chirurgicales traditionnelles du cerveau. D’autant que du fait de sa nature moins invasive, la récupération postopératoire est généralement plus rapide et moins douloureuse, avec un risque réduit d’infections et de complications.
En comparaison la procédure d’implantation actuelle de Neuralink est plus invasive. Elle nécessite la création d’une ouverture dans le crâne pour implanter directement l’appareil dans le cerveau. Ce qui ne signifie pas que la procédure du concurrent américain est nécessairement moins innovante. Neuralink a par exemple développé un robot chirurgical spécialisé conçu pour insérer délicatement les électrodes fines dans les régions cérébrales spécifiques tout en évitant les vaisseaux sanguins pour minimiser les dommages.
Synchron bénéficie d’un important soutien financier
La technologie et les méthodes développées par Synchron font, on vous le disait, tomber des barrières. C’est également le cas d’un point de vue financier. Alors que dès 2020, le Stentrode était désigné Dispositif Innovant par la FDA américaine, le parcours financier de la start-up s’est vite transformé en belle histoire.
En 2021, Synchron obtenait 40 millions de dollars lors d’un tour de financement de série B. Peu de temps après, l’entreprise était autorisée par la FDA à débuter un essai clinique avec des participants humains pour évaluer la sécurité et l’efficacité de son dispositif Stentrode.
En décembre 2022, la société réussissait à lever 75 millions de dollars lors d’un tour de financement de série C, mené par ARCH Venture Partners, avec la participation de nouveaux investisseurs comme Gates Frontier, Bezos Expeditions, et Reliance Digital Health Limited.
Des firmes au nom, pour deux d’entre-elles, évocateur, puisqu’elles ont servi de vaisseau financier aux investissements de Bill Gates et de Jeff Bezos. Au-delà, la firme a reçu un soutien financier plus modeste, mais significatif, du gouvernement australien et américain. À ce sujet, d’ailleurs, Synchron est l’une des seules firmes étrangères à avoir reçu le soutien de la DARPA, le centre de recherches scientifiques de l’armée américaine.
Synchron : le Dr Tom Oxley, à la manoeuvre
Le Dr Tom Oxley (Thomas J. Oxley) est le fondateur et PDG de l’entreprise. Ce médecin respecté par ses pairs est spécialisé dans la neurologie interventionnelle et possède une vaste expérience dans la recherche sur les interfaces cerveau-ordinateur.
Il est titulaire d’un Bachelor en Sciences médicales, médecine et chirurgie (Université de Monash, Melbourne, Australie) lorsqu’il décide de poursuivre deux doctorats, un en philosophie et l’autre en neurosciences (Université de Melbourne, Australie).
On le sait formé à des analyses d’imagerie médicale IRM à la pointe de ce que la médecine sait faire actuellement. De même qu’au développement d’implants électroniques à visée médicale – de même qu’au traitement de signaux électrophysiologiques.
Le chercheur commence ses travaux pour restaurer les fonctions motrices de patients atteints de paralysie dès 2003. En 2007 c’est lui qui assemble la première équipe qui a permis le développement de l’implant que l’on connaît aujourd’hui comme le Stentrode.
Mais pendant tout ce temps, il continue à se former. Par exemple, entre 2015 et 2017 il achève des travaux de recherche postdoc autour de nouvelles méthodes de neurochirurgie intravasculaires sous la direction du professeur J. Moco et Alejandro Berenstein, à l’hôpital Mount Sinai (New York, États-Unis).
Il est en outre l’auteur d’une centaine d’études adoubées par ses pairs partout dans le monde, et fait partie des scientifiques les plus cités sur le sujet.
Synchron est un nom dont on devrait entendre beaucoup parler dans les prochaines années
On le voit, Synchron est une firme qui s’impose comme un acteur de plus en plus incontournable des interfaces cerveau-machine. Le pedigree de son fondateur et dirigeant, son soutien financier grandissant, et son avancée en matière de tests cliniques font de plus en plus d’ombre à Neuralink, pourtant mieux exposé médiatiquement grâce à la personnalité – parfois sulfureuse – de Elon Musk.
L’avenir dira qui, de la firme australienne ou de sa concurrente américaine parviendra à changer la façon dont on traite divers types de paralysie. Mais aussi – sans doute à jamais – la manière dont au moins une partie de la société pourra interagir avec le monde numérique.
À terme, certains espèrent que ce type d’accessoires permettra à l’humanité de faire jeu égal avec l’IA, évitant ainsi une dangereuse impasse, alors que les modèles de langage large sont toujours plus performants, nombreux, et à visée commerciale… ce qui augmente potentiellement le risque déjà très élevé de dérives.
De nombreuses étapes restent encore toutefois nécessaires avant que monsieur et madame Tout-le-Monde puissent se procurer un tel dispositif – avant tout adressé, du côté de Synchron, au domaine médical.
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