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Rachat de Warner Bros par Paramount : pourquoi la transaction risque d’échouer ?

David Ellison, PDG de Paramount Skydance et empereur des médias américains, rêvait de bâtir un mastodonte du divertissement capable de tenir tête à Netflix et Disney en avalant Warner Bros. Discovery. La justice américaine vient de lui rappeler que posséder la moitié d’Hollywood ne lui donnait pas le droit de passer au-dessus des lois antitrust.

Ellison devait être sûr de son coup, puisque le 27 février 2026, Paramount Skydance officialisait le rachat de Warner Bros. Discovery pour 31 dollars par action, soit environ 81 milliards de dollars en capital et 111 milliards en valeur d’entreprise, dette comprise. Netflix, qui avait tenté d’acquérir Warner pour 72 milliards avant de jeter l’éponge, avait quitté la table de négociation quelques jours plus tôt, laissant le champ libre à la firme d’Ellison. Les actionnaires de Warner avaient approuvé l’opération au mois d’avril, le ministère de la Justice avait donné son feu vert le 12 juin sans exiger la moindre cession d’actif, et la clôture était programmée pour la fin du troisième trimestre 2026.

Ellison avait donc un boulevard devant lui, qu’est-ce qui aurait pu mal tourner ? Une coalition de douze procureurs généraux démocrates, emmenée par Rob Bonta (procureur général de Californie) et rejointe par New York, le Colorado ou le Massachusetts, a déposé plainte le 13 juillet devant le tribunal fédéral d’Oakland pour bloquer la fusion. Hier, lundi 20 juillet, la juge Araceli Martínez-Olguín leur a donné raison en première instance, en imposant un gel temporaire de quatorze jours qui interdit aux deux groupes de finaliser quoi que ce soit avant le 3 août. Ellison pourra toujours, en attendant, se moucher avec le chéquier de papa pour essuyer ses larmes.

Monopole en vue : la juge sort le carton rouge antitrust

Araceli Martínez-Olguín a estimé que les arguments des plaignants étaient suffisamment pertinents pour être reçus et justifier la suspension du rachat. Si jamais la fusion entre les deux entités avait lieu, elle contrôlerait environ 27 % du marché de la distribution de films en sortie nationale et 30 % de celui des blockbusters à fort potentiel, selon les chiffres avancés par la coalition.

À elle seule, couplée à Disney, elle concentrerait ainsi 59 % de ce dernier segment. Par conséquent, Araceli Martínez-Olguín a explicitement souligné qu’une telle part de marché rendrait la fusion « probablement contraire au droit de la concurrence » si elle se confirmait à l’issue du procès.

Paramount a bien essayé de se défendre, en arguant que l’arrivée d’Amazon Prime Video et d’Apple TV dans la production cinématographique aurait rééquilibré les dynamiques concurrentielles, mais la juge n’a pas fléchi. Un porte-parole de Paramount, visiblement sûr de lui, a par ailleurs affirmé : « Nous sommes convaincus que les preuves démontreront que les arguments antitrust des procureurs généraux sont sans fondement, car leurs soi-disant marchés et leurs accusations d’effets anticoncurrentiels ne reposent sur aucune réalité du marché actuel. »

L’audience du 3 août déterminera si le gel se prolongera pendant toute la durée de la procédure, laquelle pourrait s’étirer sur plusieurs mois. Un calendrier qui ferait très mal au (gros) portefeuille d’Ellison : l’accord de fusion prévoit qu’au-delà du 30 septembre, Paramount devra verser une pénalité de 0,25 dollar par action et par jour calendaire aux actionnaires de Warner, soit environ 7 millions de dollars quotidiens. Letitia James, procureure générale de New York, a salué « une victoire importante pour tous ceux qui seraient lésés par cette fusion ».

CNN en otage : le dessous des cartes du rachat de Warner

Outre sa dimension financière et juridique, cette affaire revêt également un caractère politique et fortement polarisant. Lorsque le ministère de la Justice fédéral avait donné sa bénédiction au rachat, il l’avait fait sans broncher ; plutôt problématique lorsqu’on comprend que la fusion aurait placé un proche de Donald Trump aux manettes de CNN, l’un des médias démocrates les plus influents outre-Atlantique.

L’homme en question n’est autre que… Larry Ellison, père de David et cofondateur de l’entreprise Oracle : Trump aurait donc pu, indirectement, mettre au pas sa bête noire médiatique en neutralisant l’opposition de l’intérieur. Ce sont donc douze procureurs qui se sont chargés du rôle que le gouvernement s’est refusé d’endosser : empêcher l’érection d’un monopole qui aurait pu, au passage, le favoriser. David Ellison, né dans le berceau doré de la Silicon Valley et installé à la tête de Paramount grâce à la fortune paternelle, goûte ainsi à sa première leçon de démocratie : il existe encore, aux États-Unis, des institutions qui ne se laissent pas impressionner par un nom de famille.

  • Le rachat de Warner Bros par Paramount fait face à une opposition judiciaire en raison de préoccupations antitrust.
  • Une juge a temporairement gelé la fusion, arguant qu’elle pourrait créer un monopole dans le secteur du cinéma.
  • Le rachat a également un lien avec le média CNN, qui aurait pu être influencé par son nouveau dirigeant.

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