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Les ratons laveurs pourraient-ils devenir les nouveaux chiens ? Certaines études observent des signes d’adaptation à l’être humain

Avec leur petite bouille maquée et leurs doigts agiles, les ratons laveurs sont indéniablement adorables, et l’idée d’en faire des animaux de compagnie a déjà traversé l’esprit de certains. Effectivement, il se trouve que cet omnivore semble s’être acclimaté à notre mode de vie, bien qu’il reste un animal entièrement sauvage.

Le raton laveur (Procyon lotor) n’est pas un animal endémique du territoire français, bien que quelques populations férales vivent dans le nord-est (Aisne, Oise, Ardennes). Introduits par l’Homme, ces individus se sont échappés de bases militaires américaines dans les années 1960 et on estime qu’ils sont tout de même plusieurs dizaines de milliers, ce qui leur a valu le statut d’espèce exotique envahissante (EEE). Aux États-Unis, en revanche, leur terre d’origine, ils sont 5 à 10 millions à peupler la quasi-totalité du territoire du pays.

Ce sont des animaux dits anthropophiles (qui recherchent la proximité de l’humain), d’énormes squatteurs qui ont colonisé les villes américaines avec un opportunisme redoutable. Là-bas, ils sont surnommés les « pandas des poubelles » tant l’image du raton laveur sortant d’une benne à ordure est devenue un cliché des banlieues américaines. Une étude parue le 2 octobre 2025 dans la revue Frontiers in Zoology avait même suggéré, qu’à force de fouiner nos déchets, ils pourraient être en train de s’engager sur le même chemin évolutif que le chien ou le chat. D’où la question, volontairement simplificatrice, posée dans le titre de cet article, qui mélange trois notions que l’éthologie oppose.

Domestication Raton Laveur
Le président américain Calvin Coolidge et la Première dame Grace Coolidge partageaient une affection particulière pour les animaux originaux, possédant notamment un raton laveur domestique prénommé Rebecca. Sur ce cliché pris en 1927, on aperçoit Grace Coolidge la tenant fièrement en laisse au cœur des jardins de la Maison-Blanche. © National Photo Company Collection, Library of Congress, LC-F8-41374.

Adaptation, apprivoisement, domestication : où en est le raton laveur ?

En considérant les ratons laveurs comme des « nouveaux chiens », nous empruntons un raccourci sémantique bien maladroit, qu’il convient de démasquer comme une pure construction anthropomorphique déconnectée de la réalité animale. Domestiquer une espèce, c’est modifier son patrimoine génétique sur des dizaines de générations, jusqu’à ce que les petits naissent déjà transformés, physiquement et comportementalement, indépendamment de tout contact humain individuel. Les chats, les chiens, les chevaux, les vaches ou les moutons, comptent entièrement sur l’homme pour assurer leur survie, chacun ayant été domestiqué il y a 5 000 à 30 000 ans selon les espèces.

Apprivoiser, c’est habituer un animal sauvage à tolérer l’humain le temps d’une vie, sans que rien ne se transmette à sa descendance. Par exemple, le guépard, l’éléphant d’Asie, le faucon ou le cormoran peuvent partager leur mode de vie avec le nôtre, car ils ont appris, par habitude ou par dressage, à surmonter leur méfiance naturelle à l’égard de l’être humain.

Lorsque l’on parle d’adaptation, c’est pour décrire la pression sélective qu’un nouvel environnement a exercé sur une population entière, retenant les individus dont les traits collent le mieux au milieu et écartant les autres, génération après génération. Le pigeon biset devenu pigeon des villes, le renard roux, la mésange charbonnière, ou encore les populations de souris citadines. Aucune de ces espèces n’a été dressée ni sélectionnée par l’homme, elles ont simplement trouvé leur place dans la niche écologique que nos villes leur ont ouverte.

C’est à ce stade que le raton laveur s’est arrêté : sa cohabitation avec nous est un phénomène très récent, débuté au cours du XXe siècle avec l’étalement urbain nord-américain, et nettement accéléré depuis les années 1980.

Dans l’étude citée dans l’introduction, des chercheurs ont passé au crible 19 495 photos de ratons laveurs téléversées sur iNaturalist, une plateforme de science participative où le grand public est invité à documenter la faune qu’il croise. Selon leurs conclusions, le museau des individus vivant en espace urbain est en moyenne 3,56 % plus court que celui de leurs cousins ruraux. Une particularité anatomique qui trahit un premier signe du « syndrome de domestication », un  cortège de traits (face raccourcie, oreilles tombantes, dépigmentation) qui réapparaît, comme par récurrence, chez la quasi-totalité des espèces domestiquées.

Une évolution que les auteurs interprètent à la lumière de l’hypothèse des cellules de la crête neurale. La crête neurale est un groupe de cellules embryonnaires qui, très tôt dans le développement, migrent vers différentes régions du corps pour former notamment les cartilages du museau, la pigmentation ou certaines glandes surrénales impliquées dans la réponse à la peur.

Un chevauchement de deux mécanismes biologiques qui expliquerait pourquoi les ratons laveurs dont la face est plus courte tendraient aussi à être les plus dociles : ce sont les deux facettes d’une même pièce. Comme ce trait anatomique est surexprimé chez les ratons laveurs vivant en zones urbaines, les auteurs y voient l’indice que la proximité de l’humain sélectionne peu à peu les individus les moins craintifs, et que la ville agirait presque comme un « filtre » favorisant les tempéraments les plus placides.

Peut-on faire du raton laveur un animal de compagnie ?

Pour répondre succinctement à cette question : absolument pas. « Bien que les modifications morphologiques [des ratons laveurs] puissent avoir une base génétique, ces changements peuvent survenir pour de multiples raisons », explique Lauren Stanton, chercheuse au Schell Lab de l’Université de Berkeley. « Les variations de la forme du crâne, par exemple, pourraient être liées à un changement de régime alimentaire, car de nombreuses espèces urbaines se tournent vers les aliments plus mous et riches en glucides que l’on trouve dans nos poubelles », continue-t-elle.

Un raton laveur peut associer un être humain à une source gratuite de nourriture parce qu’il a compris que ses poubelles débordent souvent de mets dont il peut se gaver. Il peut donc se comporter moins sauvagement, sans pour autant franchir le pas de la domestication.

En admettant que le processus soit en route (ce qui prendrait des siècles ou des millénaires), le raton laveur serait un colocataire catastrophique. Animal nocturne, il dort tapi le jour et s’agite la nuit, feule comme un damné et bondit dans tous les sens, victime de sursauts d’hyperactivité suivis de petites siestes pour recharger ses batteries. Deux petites heures de calme qui déboucheront invariablement sur un saut de l’ange depuis le haut du réfrigérateur ou sur une embuscade féroce visant à vous attraper les chevilles.

Grâce à ses pattes à cinq doigts, il est d’une dextérité déconcertante ; une véritable purge s’il vit à l’intérieur. Il sait ouvrir les poignées de porte, les verrous, les robinets (qu’il ne referme jamais), les réfrigérateurs, et démonter les grilles d’aération ou les prises électriques.

Il pillera allègrement les réserves de toute une maison sans la moindre vergogne, puisqu’il peut absolument tout manger. Très mignon petit, lorsqu’il atteint sa maturité sexuelle, vers l’âge d’un ou deux ans, il devient extrêmement territorial, agressif, et sujet à de violentes sautes d’humeur.

Même Grace Coolidge, qui adorait son raton laveur Rebecca (que nous évoquions plus haut dans l’article), a dû se faire aux caprices de sa princesse. La petite terreur dévissait les ampoules, éventrait les plantes en pot, lacérait les vêtements et s’échappait si régulièrement de la Maison-Blanche, que le personnel la surnommait « Houdini ». Elle a même gratifié le président d’un coup de dents qui lui a valu d’avoir le poignet bandé. À la fin du mandat, en 1929, faute de pouvoir l’emmener, les Coolidge l’ont confiée au zoo de Washington, où, incapable de s’adapter à la captivité, elle se serait éteinte peu après. Alors non, le raton laveur ne rejoindra pas le chien et le chat au rayon des compagnons idéaux : tout au plus décrochera-t-il une place de choix au panthéon des animaux insupportables qu’il vaut mieux admirer de loin. C’est ce qui fait partie de son charme : le jour où il tiendrait sagement dans un salon, il ne sera plus un raton laveur.

  • Les ratons laveurs, bien qu’adaptés à la vie urbaine, restent des animaux sauvages non domestiqués.
  • Une étude suggère des modifications morphologiques chez les ratons laveurs urbains, mais cela ne signifie pas qu’ils deviennent des animaux de compagnie.
  • Le raton laveur, avec son comportement imprévisible et son caractère territorial, n’est pas adapté à la vie domestique.

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