Les glaciers mondiaux ne sont plus que des géants malades en voie d’extinction, rongés par le réchauffement climatique : ils disparaissent à vitesse grand V, et cette fonte a connu une spectaculaire accélération ces dernières années. Un phénomène qui n’épargne aucune région du monde, et nous devrons bientôt faire le deuil des Alpes telles qu’on les connaissait.
Entre 1973 et 2016, la Suisse a déjà vu 1 000 de ses glaciers disparaître, mais ce n’était malheureusement qu’une mise en bouche bien amère. Une équipe de chercheurs de l’ETH Zurich et de la Vrije Universiteit Brussel vient de publier une étude, le 15 décembre, dans la revue Nature Climate Change, gravant ainsi pour la première fois une date d’expiration pour chaque glacier du globe. Et pour nos montagnes européennes, le chronomètre s’est emballé : les Alpes sont désormais en première ligne, condamnées à atteindre leur pic d’extinction dès la prochaine décennie.
Le zénith de l’agonie glaciaire est à notre porte
Les auteurs, en choisissant l’expression « pic d’extinction glaciaire », font référence au point culminant où le nombre de glaciers disparaissant en une seule année atteint son maximum absolu. Selon les chercheurs, ce funeste record sera atteint en Europe centrale entre 2033 et 2041. Une fois l’année 2041 passée, le rythme de la fonte diminuera, mais n’y voyez pas une quelconque lueur d’espoir qui indiquerait que les températures reviendraient à la normale. C’est un terrible leurre, puisqu’après cette date le taux déclinera simplement parce qu’il n’y aura plus assez de glaciers pour alimenter les statistiques.
En réalité, les petits glaciers, les plus nombreux et les plus bas en altitude, auront déjà été rayés de la carte. Nous allons vivre une véritable hécatombe dans la prochaine décennie, une purge qui ne laissera derrière elle que les plus grands glaciers, qui, eux, connaîtront une agonie plus lente en raison de leur volume plus important.
Même le majestueux glacier d’Aletsch ( canton du Valais, au sud de la Suisse), le colosse des Alpes, ne sortira pas indemne des dix prochaines années. Si nous ne changeons rien à nos habitudes et si nous continuons sur notre lancée actuelle qui nous mène droit vers une hausse de +2,7 °C, le bilan à l’horizon 2100 est catastrophique. Sur les quelque 3 000 glaciers que comptent encore les Alpes aujourd’hui, il n’en restera que 110.
Vous imaginez un peu le décor ? Quasiment 97 % des glaciers alpins auront tout bonnement disparu : seules des vallées nues, privées de leurs langues glaciaires s’étendront à perte de vue. Des reliefs arides, où la neige ne persistera qu’à peine quelques semaines par an, même à haute altitude.
Dans le pire des scénarios, celui d’un emballement total à +4 °C, seuls 20 glaciers sortiront rescapés. Si tel est le cas, les Alpes deviendront des déserts de roche grise, où quelques reliques de glace s’accrocheront péniblement aux plus hauts sommets.
S’ils ne feront pas monter le niveau des mers, n’oublions pas que les glaciers alpins font partie intégrante d’écosystèmes très riches, les régulant par l’eau qu’ils distribuent aux rivières et assurant la survie d’espèces animales et florales endémiques. Ils sont également profondément enracinés dans de nombreuses cultures locales montagnardes, qu’elles soient suisse, italienne, française, autrichienne, ou, dans une moindre mesure, slovène. Leur disparition est donc autant un déracinement culturel qu’un suicide écologique à l’échelle d’un continent. Preuve de l’urgence, les chercheurs à l’origine de cette étude ont créé une « Liste mondiale des victimes glaciaires » (Global Glacier Casualty List) pour archiver les caractéristiques et l’histoire des glaciers qui mourront afin de garder une trace de tout ce que nous avons perdu. Combien, parmi les 2 890 glaciers que comptent les Alpes aujourd’hui, seront sauvés ? Au vu des résultats de l’étude, la réponse risque d’être brève : quasiment aucun ; le joyau de l’Europe ne sera plus qu’un tas de cailloux poussiéreux.
- Les glaciers des Alpes sont voués à disparaître, atteignant leur pic d’extinction entre 2033 et 2041.
- D’ici 2100, il ne restera que 110 glaciers sur les 3 000 actuels, soit 97 % de perte.
- Cette disparition impactera gravement les écosystèmes et les cultures locales, transformant le paysage alpin en déserts de roche.
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