Réseaux sociaux, micro-blog : signal social ou exhibitionnisme ?

"Que faites-vous en ce moment ?"Qui se souvient encore du slogan (et de l’objet initial) de Twitter, qui consiste, je le rappelle, à dire en moins de 141 caractères ce que l’on est en train de faire ?Bien sur certains respectent encore cette baseline à la lettre, ce qui a souvent pour résultat de produire

"Que faites-vous en ce moment ?"
Qui se souvient encore du slogan (et de l’objet initial) de Twitter, qui consiste, je le rappelle, à dire en moins de 141 caractères ce que l’on est en train de faire ?
Bien sur certains respectent encore cette baseline à la lettre, ce qui a souvent pour résultat de produire une logorrhée de twitts assez lassante, mais le service a largement dépassé ce cadre restreint pour devenir un lieu d’échanges sur tous les sujets.
Avec l’émergence des réseaux sociaux nous voyons maintenant arriver une nouvelle forme d’agrégateurs qui vous proposent de réunir en un seul lieu tous vos comptes (Facebook, Twitter, MySpace, Last.FM, etc…) afin de publier sur une seule page l’ensemble de vos activités sociales, ou du moins vos activités sur internet.
C’est le cas de Friendfeed, la dernière sensation en date.

Whereisme

C’est le cas aussi d’autres services montés un peu opportunément, comme WhereIsMe, que je viens de découvrir.
WhereIsMe va un peu plus loin en permettant d’afficher sur une page non seulement vos derniers signaux sociaux, mais, plus discutable, de publier les derniers articles pour lesquels vous avez voté dans Digg, les dernières musiques que vous avez écouté sur Last.FM et même les photos que vous venez de voir sur Flickr.
Etc
Et là je dis stop (faut savoir dire stop).
Autant je veux bien afficher une présence mesurée sur Twitter et échanger spontanément avec mes amis (pour organiser au débotté un déjeuner par exemple), autant cette multiplication de notifications commence sérieusement à me gonfler, voire à m’inquiéter.
Je considère que certaines actions, y compris sur le web 2.0, y compris sur les réseaux sociaux, relèvent de la sphère privée, et je veux donc avoir un contrôle sur celles-ci. Sans sombrer dans une paranoia qui n’est pas dans mon mode de fonctionnement, je considère que nous sommes déjà assez tracés sur le web pour ne pas encore en ajouter une couche.
Par conséquent je ne vois pas quel intérêt peut représenter, pour moi ou pour les autres, le fait de dire quelle musique j’écoute, quelles photos je suis en train de regarder ou de charger, ou quelle info je viens de voter sur Digg.
Ce n’est plus du signal social, c’est de l’exhibitionnisme.
Si j’ai envie de vous parler d’un coup de coeur musical, je le ferai ici et j’argumenterai.
C’est vrai quoi, je veux pouvoir écouter La Compagnie Créole ou Début de Soirée quand je veux sans être la risée de tout le web, et regarder des photos X (enfin sur Flickr je suis pas sûr que ça soit la bonne adresse) sans passer immédiatement pour un obsédé sexuel.
De toute façon je n’ai pas pu mener mon test de WhereIsMe car le service est trop lent et buggé et a eu raison de ma patience.
Y a une morale finalement : même les machines sont réticentes.


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24 commentaires

  1. Ha non désolé Eric, je suis contre. Il y a différentes possibilité d’exposition pour un e-individu :
    – le micro-blogging (Twitter)
    – le life stream (FriendFeed)
    – le lifecast (Justin TV)

    C’est à l’utilisateur de choisir le niveau qui lui correspond, pourquoi fixer des limites ?

    Je pense qu’avec le rachat de Jaiku par Google nous n’avons encore rien vu dans ce domaine…

    /Fred

  2. Sur le principe, je ne vois pas en quoi c’est "trop". Qu’est-ce que ça a de pire que la timeline de Facebook ?

    Surtout que rien ne force à créer un FriendFeed, c’est totalement volontaire.

    Twitter est déjà une fenêtre sur sa vie.
    Flickr est déjà une fenêtre sur sa vie.
    Facebook est déjà une fenêtre sur sa vie.
    Son blog est déjà une fenêtre sur sa vie.
    Last.fm est déjà une fenêtre sur sa vie.
    Etc.

    FriendFeed ne fait qu’agréger tout ça. C’est discutable au sens pratique car c’est impossible à suivre (tout comme les univers Netvibes) mais sur le papier ça n’a rien de "trop".

  3. Un billet très raisonné, je constate également, combien il est facile d’apprendre tout sur quelqu’un en quelques clics par ci par là. Au passage, les recouvrements de password fonctionnent souvent avec une "question privée" pour laquelle, l’utilisateur qui a perdu son password doit répondre. Je suis sûr que dans beaucoup de cas, il suffit de s’intéresser un peu à la vie de cet utilisateur pour découvrir le nom de son chat, de son ancienne copine ou la marque de son slip (!!).. Y’a un moment faut savoir dire stop en effet ^^

  4. @Eric : D’accord avec toi sur la paranoïa;

    Seulement, si y’en a à qui ça plait de montrer ce qu’ils regardent, leur navigation, leur musique, pourquoi internet ne leur proposerait-il pas ? Si y’a une demande (pas dangereuse),pourquoi n’y aurait-il pas une offre ?
    Je considère que ce service est utile, qui est bien consu, même si les serveurs ne suivent pas (enfin bon, j’en connais d’autres…), et qu’il a de l’avenir, autant que Friendfeed peut en avoir.

    Après, pour ce qui me concerne, je suis pas près de dire à tout un chacun ce que je fais de mais journée. T’façon c’est simple : des allez-retour entre Google reader, Gmail et VDM. Et Presse-Citron, aussi 😀

  5. Ben si, pour moi c’est trop. Voir un service qui me dit qu’il va afficher tout ce que je fais sur Digg ou flickr ça me gêne et surtout je trouve ça inutile.
    Bien sûr quand je vote pour une news sur Digg l’info est déjà présente (Who dugg this…) etc et comme tu le dis Oncle Tom ces services ne font que réunir une information diffuse en un seul lieu, mais je trouve que tout cela a quand même un petit côté narcissique. Après ça dépend où l’on place le curseur, personnellement je ne parle jamais de ma vie privée ici, sauf à considérer que si je parle du dernier film que j’ai aimé c’est déjà de la vie privée.
    En fait ce n’est pas tant l’exposition qui me gêne que justement le life-stream, c’est impudique je trouve.

  6. Et pourquoi pas une recopie vidéo de l’écran de mon terminal (pc, mac, iphone, téléphone…) avec en incrustation, de la webcam intégrée… Avec toute chaîne de caractère taggée et réagrégée… Je suis sûr qu’il y en a parmi "nous" des assez vaniteux pour aller jusque là.

    Sinon, pour la republication agrégée (de ma propre sélection) de mes participations et expressions publiques. Je n’ai rien contre. C’est mon choix.

  7. Je plussoie, j’adhère et je valide.

    Le Web 2.0 tourne en rond, et on ne compte plus les services qui "regroupent" toutes les applications. Or, je ne souhaite pas que mes contacts Facebook (Coucou Papa !) reçoivent en update mes coups de gueule contre Lotus via Twitter – Et vice versa.

    Le plus risible dans tout cela, c’est peut-être la très courte vue de tous les "entrepreneurs" de ces projets : Ils oublient vaguement qu’avec leur projet "rassembleur", ils réinventent la roue.
    Beh ouais, Internet ça existe déjà, et les navigateurs, aussi.

    Rappelez-moi pour quand est prévue l’arrivée du Web 3.0 ?

  8. Je pense que la sélection se fera naturellement. Le web se découvre et découvre également qu’il peut y avoir des limites. Tant qu’il y a aura des clients de ces "services", le bouchon pourra et sera poussé encore un peu plus loin.

    Vous verrez notre passeport, carte d’identité ou permis de conduire seront bientôt inutiles. On donnera aux autoritées, un accès "consultation" à notre compte facebook pour qu’ils vérifient notre identité.

  9. Effectivement, sur YouTube également, il est possible de voir qui consulte en même temps que soi une vidéo. Certainement un moyen de se mettre en relation avec des personnes ayant les mêmes intérêts … ou de tracer l’activité d’un internaute au regard de ses choix de vidéos.

    Dans l’absolu, ce nouveau service peut s’avérer utile, mais c’est à chacun de voir où il place sa propre limite.

  10. Plus que de l’exhibitionnisme généralisé, je pense qu’il faut commencer (ou continuer) à avoir peur de l’utilisation de ces informations à des fins commerciales ou politique (n’ayons pas peur d’être un peu parano).

  11. @Eric : La compagnie créole, c’est pas la honte ! Il faut juste ecouter les bonnes chansons. Le puriste que je suis a d’ailleurs fait l’acquisition d’un album du groupe en version CD en complément du vynil (mon dernier achat en date d’ailleurs !), qui date d’avant 83, soit avant la profusion de titres qui ont fait leur réputation en métropole !

    Ce qui me fait rire, c’est la manière dont je passe au travers de la discussion finalement !! :o)

  12. Ta situation me fait penser à celle de Cohn-Bendit. Je m’explique (brièvement). Autrefois militant révolutionnaire du temps de Mai 68, le temps passant il se "conservatise". Autrefois early-adopter, tu vas finir par devenir un fervent défenseur du Web 2.0 quand on lâchera pompeusement qu’on en est au Web 6.3 (version beta).

    Plus trivial et peut-être déplacé pour en parler ici, mais le "déjeuner au débotté" m’y a fait penser : c’était bien le Hard Rock Café jeudi ? Vous êtes partis à quelle heure ?

    Charles

  13. (Je tiens seulement à préciser que mon précédent commentaire est à prendre sur un ton ironico-funless, et n’est en aucun cas une critique sur un quelconque pseudo-conservatisme…)

  14. 100% d’accord avec toi, Louisia : on retrouve toujours les mêmes services, qui nous propose 2 choses :
    1) soit de raconter notre vie sociale
    2) soit de regrouper tous nos services de vie sociale sur le web

    Du coup, on tourne en rond, et on n’a aucune nouveauté ; et dans le cas où une nouveauté apparait, 10 sites se crée pour copier l’original puis 10 site se créer pour "regrouper" (c’est le mot à la mode, ça !) en un site tous ces sites, etc…
    Du changement, je veux du changement !

  15. @Clément : C’est exact, c’est ennuyeux.

    Je m’ennuie comme un rat mort sur le Web 2.0 et la blogosphère en ce moment…

    [Le début de la fin ? De ma fin ?]

  16. Hey les gars, si vous vous ennuyez n’attendez pas que ça tombe du ciel.

    Ne vous attardez pas sur ce qui est inintéressant, ça ne sert à rien de se morfondre sur ces services inutiles à vos yeux 😉

  17. @onestpascontent : Crée ou trouvez un BarCamp, trouvez une idée, portez la, développez la, mettez la en ligne.

    Ou

    passez vos compte Flickr en private, idem pour tout le reste et vous ne serrez agrégé par rien du tout.

    après moi ce que j’en dit, c’est que ça en fait une longue discutions pour un service inutile ^^.

  18. Moi ce qui me semble déprimant dans ces systèmes super élaborés, c’est qu’ils n’opèrent aucun filtrage, et qu’ils ne servent du coup qu’à promouvoir la consternante banalité de la vie humaine : chercher beaucoup et trouver peu.
    Quand je veux promouvoir un bouquin que j’ai lu ou un disque qui me plaît, j’essaie de faire des belles phrases auprès de mes amis, de les toucher sur des arguments qui parlent à leur sensibilité.
    A l’inverse, le Web 2.0 se contente de dire "Machin est en train d’écouter ci ou de regarder ça". Où est la plus-value culturelle ? Je lis plein de merde, j’écoute plein de merde, et par respect pour les autres je ne leur fais part que de ce qui vaut la peine.
    Tant qu’on fait du quantitatif, on se fait plaisir mais au fond on se fout de la gueule du monde.

  19. J’ai déjà pas le temps de "voir" tout ce qu’il y a à voir, alors perdre du temps à "montrer" ce que je "vois" !!!
    Les réseaux sociaux sont hors de mon domaine de compréhension…

    Antisocial, tu perds ton sang froid…

  20. Personnellement, je pense qu’avec gmail, facebook et flickr, « vie privée » est déjà un concept en voie de disparition…

    « Par conséquent je ne vois pas quel intérêt peut représenter, pour moi ou pour les autres, le fait de dire quelle musique j’écoute, quelles photos je suis en train de regarder ou de charger, ou quelle info je viens de voter sur Digg. »

    Je le vois comme un moyen de diffusion prescriptive. J’aime, donc je diffuse. Contrairement au fait de poster un article sur son blog, qui demande un certain effort, ce suivi de nos activités se fait quasi automatiquement. C’est aussi simple que de mettre un tee-shirt au couleur de son groupe préféré, ensuite les gens autour de moi peuvent le voir sans que j’ai a vanter mon groupe préféré.

    Je pense que dans l’avenir (très proche) ce moyen de diffusion prescriptive va se généraliser, que chaque personne va devenir son propre média et agira comme un filtre au sein de son réseau social, relayant certaines informations et éliminant certaines autres. Je parie même que dans très peu de temps ce modèle concurrencera sérieusement le modèle publicitaire classique.

  21. Lilious, ce que tu dis me fait vraiment peur. Avoir des affinité avec des gens du bout du monde d’accord, mais ce que tu décris c’est le degré zéro du social. Qu’on devienne tous des hommes – ou femmes – sandwiches, je ne suis pas sûr que ce soit la plus belle application des réseaux sociaux.

  22. @Damien
    Je ne pense pas que ce soit forcement négatif. Que je porte un tee shirt nike fait en chine ou bien un tee shirt en coton commerce équitable, je ne me sens pas homme sandwich. Je le porte car il me plait et/ou et je veux le montrer pour le faire partager. Et pourtant, déja, je fais passer un message ("je veux être a la mode" ou bien "je veux montrer un engagement", ou bien "je m’en fout", etc…)

    De même dans mon identité numérique (sur mon blog mon myspace, mon flickr…) mes choix transparaissent. Si mes connaissances peuvent voir sur last.fm que j’écoute Johnny ou un petit groupe de rock indépendant, je ne suis pas actif dans la diffusion du message (je n’ai pas écris un article ou envoyé un mail) et pourtant je fais aussi passer un message à mon réseau de connaissances. Et ce, sans effort supplémentaire de ma part, j’écoute juste la musique et last.fm permet à mon réseau de savoir ce que j’écoute. La non plus je ne suis pas homme sandwich.

    Dans le contexte du réseau social ou chacun peut suivre l’activité des ses connaissances, de tels messages sont échangés en permanence et nous nous influençons tous mutuellement via ces signaux sociaux.

    C’est dans ce contexte que la diffusion prescriptive (active: j’écris un article ou passive: mon signal social dans le réseau) va, à mon humble avis, devenir une alternative importante aux moyens de promotion actuels. Irez vous écouter une musique parce que vous l’avez vue dans une émission ou dans la playlist de vos amis ?

    Personnellement, comme Eric je tiens à garder une partie de ma vie privée (moi non plus je n’aimerai pas qu’on sache que j’écoute Début de Soirée 😉 mais j’essaye d’imaginer quels seront dans 10 ans les usages de ces nouveaux outils sociaux par la génération qui grandit avec les skyblog et les téléphones portables multimédia.

    Je vois assez bien les conséquences négatives que cela peut avoir, mais j’essaye aussi de voir ce qui peut en sortir de positif 🙂

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