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Saint Valentin : les films romantiques faussent-ils notre vision de l’amour ?

Les films à l’eau de rose sont à l’amour ce que Fast & Furious est au code de la route : c’est spectaculaire, mais n’essayez surtout pas de reproduire ça chez vous. Oui, nous avons été matrixés par l’industrie du cinéma, et notre épanouissement amoureux s’est mangé une sacrée gifle au passage.

C’est le jour J : la Saint Valentin. Certains s’en tamponnent comme de l’an 40, mais pour d’autres, c’est le jour du restaurant (hors de prix) en amoureux, des bouquets de fleurs, des chocolats en forme de cœur, bijoux clinquants, ou une bonne soirée Netflix ou Disney+ pour un bingewatching compulsif de comédies romantiques, bien emmitouflé sous un plaid. D’ailleurs, peut-être avez-vous déjà commencé et en êtes à votre troisième film de la journée ; votre inconscient vous titille : pourquoi ma relation actuelle ne ressemble-t-elle pas à celle de ce couple à l’écran qui vient de se réconcilier sous la pluie après un simple malentendu de deux minutes ?

Pour des sociologues et experts en sciences familiales de Virginia Tech, ce n’est pas de votre faute si vous entretenez parfois ces comparaisons qui ne vous apportent rien. L’industrie cinématographique et les géants du streaming ont mis le ver dans la pomme et vous ont programmé pour que vous soyez plus à même de croire en ce qui est impossible. D’aucuns diront que les romans romantiques s’étaient déjà chargés de faire le sale boulot, mais là où le livre suggère et laisse place à l’imagination, les films ou séries imposent une esthétique du bonheur à laquelle il est bien plus dur d’échapper.

« Ils vécurent heureux » : un conditionnement précoce

Selon Sarah Ovink, professeure agrégée de sociologie à Virginia Tech, ce formatage a débuté bien avant que vous soyez en âge de vous payer un service de SVOD. Nous avons été biberonnés à l’idée que la romance ou le couple serait l’un des objectifs ultimes de notre vie.

Bien qu’il soit transcendant de passer de tendres moments en compagnie de l’être aimé, cela ne peut l’être que si c’est un bonus à une vie déjà riche, et non une condition pour qu’elle commence. Le danger des films, c’est qu’ils nous font croire que le bonheur est une destination alors que c’est un travail permanent avec des imprévus, et parfois des jours de pluie sans les violons derrière.

La culture de l’amour en Occident a été largement influencée par la patte américaine de Disney, qui a dégobillé sa mièvrerie sur le monde entier avec ses classiques. Blanche-Neige, Cendrillon, mais aussi des succès beaucoup plus récents comme La Reine des Neiges ou Raiponce. La firme aux grandes oreilles nous a bercés de belles histoires en standardisant l’inconscient amoureux de plusieurs générations.

Les films cités précédemment partagent tous un ADN narratif commun : le couple est un point culminant, qui, finalement, sert la résolution de l’intrigue principale. Sarah Ovink compare cela à une forme de propagande, même si elle ne cite pas explicitement ce terme : « Dès le plus jeune âge, les enfants sont exposés à des médias qui renforcent l’importance de la romance, du mariage et du fameux “ils vécurent heureux”. Les adultes continuent souvent d’être attirés par ces fantasmes, ayant été conditionnés à célébrer ces histoires depuis l’enfance ».

Solo ou en duo : pourquoi la culture pop vous interdit de rester seul

C’est ce qu’on appelle l’amatonormativité, un nom barbare pour exprimer le fait que notre société est structurée autour d’une idée fixe : une vie « réussie » doit forcément inclure une relation romantique exclusive et durable. Un formatage qui nous rend souvent moins aptes au bonheur à deux. À force d’attendre le grand frisson permanent, nous sommes intolérants à la normalité d’une relation réelle, qui est rarement propre et sans bavure.

Bien sûr, Disney n’est pas le seul coupable ; l’industrie cinématographique des films romantiques toute entière y participe. Gaumont et Pathé, le pendant français du blockbuster romantique qui ont industrialisé le concept de la rencontre improbable. Des films comme L’Arnacœur, 20 ans d’écart ou Un bonheur n’arrive jamais seul en sont des exemples parfaits. On ne discutera pas de la qualité de ces derniers, mais du fait qu’ils ont, eux aussi, imposé des structures narratives très influentes : la présentation de deux personnages aux antipodes, un élément déclencheur qui les amène à passer plus de temps ensemble et la réalisation qu’ils sont faits pour être ensemble.

Nous pourrions aussi prendre en exemple certaines émissions de téléréalité comme Mariés au premier regard ou L’Amour est dans le pré, qui ont poussé le concept d’amatonormativité à son paroxysme.

Dans les deux cas, nous nous retrouvons avec la même équation tronquée : l’amour est une marchandise comme une autre, où l’on « consomme » l’autre pour combler un vide existentiel que la culture populaire a elle-même contribué à creuser.

Pour Rose Wesche, professeure agrégée en développement humain et sciences de la famille à Virginia Tech, cette vision aseptisée de l’amour est un terreau fertile nourrissant une insatisfaction chronique. « Si les gens intègrent ces relations idéalisées comme étant réalisables, ils risquent de percevoir leur propre couple comme insatisfaisant car il n’est pas à la hauteur des normes irréalistes fixées par la romance de cinéma », explique-t-elle.

Faut-il donc bannir de votre vie ces films ? Non, ce n’est pas le propos : si le risque de comparaison toxique est bien réel, ils peuvent aussi être une soupape de sécurité si l’on est capable de garder entier notre esprit critique. Pour les couples solidement soudés, c’est une évasion momentanée, une pause bienvenue loin des aspects moins glamour du quotidien. Il est même possible de les prendre au second degré, en comprenant que le véritable luxe n’est pas de vivre un conte de fées, mais d’avoir quelqu’un avec qui se moquer de ceux qui y croient encore. Si vous tenez à regarder votre petit film ce soir, ne vous gâchez pas ce plaisir : gardez simplement à l’esprit que ce que vous y verrez est à peu de chose près aussi réaliste que les dragons de Game of Thrones.

  • Les films romantiques créent des attentes irréalistes sur l’amour, influençant la perception du bonheur en couple.
  • La culture populaire, notamment à travers Disney, conditionne depuis l’enfance l’idée que le bonheur dépend d’une relation amoureuse.
  • Ces représentations peuvent générer une insatisfaction chronique, incitant à des comparaisons toxiques avec des relations idéalisées à l’écran.

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Par : Disney