C’était une success story. À l’été 2024, après des décennies de difficultés et un passage par la case redressement judiciaire, la verrerie tricolore Duralex était reprise par ses propres salariés. Elle s’est depuis transformée en une SCOP, c’est-à-dire une société coopérative où les employés détiennent 65 % des droits de vote. Le tribunal de commerce d’Orléans a validé le projet, jugé sérieux et viable.
Quelques mois plus tard, l’engouement populaire a confirmé cet élan : lors d’une campagne de financement participatif, plus de 20 000 particuliers ont promis jusqu’à 20 millions d’euros en à peine 48 heures. De quoi faire de l’entreprise du Loiret un symbole de réindustrialisation, portée par les Français et pour les Français.

L’éviction qui fait désordre
Mais dans les coulisses, la réalité est bien moins reluisante. Le 13 avril dernier, un communiqué a annoncé la nomination de Peggy Sadier, ancienne directrice marketing et commerciale, au poste de directrice générale par intérim. Le patron, François Marciano « prépare son départ à la retraite », a indiqué la firme.
En réalité, selon plusieurs sources syndicales, Marciano et son fils Antoine, qui occupait le poste de directeur financier, auraient été écartés brutalement, sans préavis. Leur accès au site de production aurait même été coupé en moins de 24 heures. Une mise à l’écart on ne peut plus expéditive.
Selon la revue Lettre Valloire, les salariés-actionnaires « dénoncent aujourd’hui des choix financiers jugés hasardeux, voire dangereux, qui auraient replongé la société dans une impasse ».

Dans le rouge
Car les chiffres ne sont effectivement pas très rassurants. La campagne de financement, plafonnée à 5 millions d’euros pour des raisons réglementaires, n’a finalement permis de lever que cette somme – loin des 20 millions initialement espérés pour moderniser l’outil industriel. Et les comptes de la coopérative affichent désormais un résultat opérationnel négatif de plus de 4 millions d’euros, toujours d’après les informations de la revue Lettre Valloire.
Et les défis structurels n’ont pas disparu : coûts énergétiques élevés, forte dépendance aux exportations qui représentent 80 % des revenus, difficultés à s’imposer sur les marchés asiatiques et en Europe du Sud. Pour atteindre la rentabilité, Duralex doit franchir le cap des 35 millions d’euros de chiffre d’affaires, un objectif ambitieux dans ce contexte. Un audit des finances est en cours.
Notre analyse :
Duralex se retrouve à nouveau dans une position très délicate avec, entre autres, des milliers d’investisseurs citoyens qui attendent des réponses. La coopérative dispose de peu de marges de manœuvre : soit elle parvient à redresser ses comptes par ses propres moyens en atteignant le chiffre d’affaires visé, soit elle devra trouver de nouveaux financements externes. Une troisième voie, plus sombre, serait un nouveau passage devant le tribunal de commerce.
- François Marciano, l’homme qui a sauvé Duralex en créant la SCOP en 2024, a été écarté brutalement de la direction, tout comme son fils directeur financier.
- Malgré un engouement populaire record lors de la campagne de financement, les comptes de la coopérative affichent un résultat opérationnel négatif de plus de 4 millions d’euros.
- La verrerie doit désormais atteindre 35 millions d’euros de chiffre d’affaires pour survivre, pendant que des milliers d’investisseurs citoyens attendent des réponses.
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