La plainte a été déposée ce mercredi 22 avril auprès de la procureure de la République de Paris, a révélé Le Parisien. Elle est portée conjointement par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations AMAL et Ciel. « Le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie », dénonce Thibault Laforcade.
En parallèle, les associations, accompagnées de Médecins du Monde, ont mis en demeure Uber Eats, car il s’agit de la plateforme sur laquelle elles ont réuni le plus d’éléments. Sans « réponse satisfaisante » sous 30 jours, une action de groupe sera portée devant le tribunal judiciaire de Paris.
Les associations dénoncent également une « discrimination algorithmique » : l’attribution des courses et la fixation des tarifs seraient pilotées par un système automatique flou, défavorisant les travailleurs les plus vulnérables.

Des chiffres qui interpellent
Les deux plateformes contestent fermement. Uber Eats assure que la plainte « ne repose sur aucun fondement », tandis que Deliveroo dit rejeter « vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées » et « toute assimilation de son modèle à une situation d’exploitation ou de traite des êtres humains ».
Mais les chiffres sont là. Une enquête menée l’année dernière par Médecins du Monde auprès d’un millier de livreurs a révélé que 98 % d’entre eux sont nés à l’étranger tandis que 64 % ne disposent pas de titre de séjour. Et ce n’est pas tout, ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros bruts mensuels, toujours d’après l’étude.
Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs à Bordeaux, décrit des livreurs « parcourant 15 ou 20 kilomètres à vélo pour trois euros net ». De son côté, Deliveroo affirme appliquer l’accord établi en 2023 « garantissant aux livreurs un revenu horaire minimum de 11,75 euros »
Un vide juridique qui protège les plateformes
Si les alertes se multiplient depuis des années, elles n’ont « absolument pas incité les plateformes à changer », estime le coordinateur. « Elles ont un sentiment de totale impunité car elles n’ont pas de cadre légal », poursuit-il. Il appelle désormais à un « changement réglementaire ».
Les associations espèrent ainsi combler ce vide par la voie judiciaire, en pariant sur une jurisprudence qui forcerait enfin les législateurs à agir.
- Quatre associations ont déposé une plainte pénale inédite en France contre Deliveroo et Uber Eats pour « traite d’êtres humains ».
- Selon une enquête de Médecins du Monde, 98 % des livreurs sont nés à l’étranger et travaillent en moyenne 63 heures par semaine.
- Les associations espèrent créer une jurisprudence via une action de groupe contre Uber Eats, et appellent à un cadre légal pour mettre fin à l’impunité des plateformes.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
