Passer au contenu

« Sortir de cet enfer » : les chômeurs sont-ils vraiment des profiteurs comme l’affirment certains politiques ?

Alors que de nombreux politiques justifient la réforme de l’assurance-chômage en faisant passer les chômeurs pour profiteurs, une étude de l’Unedic, publiée ce 1er juin 2026, explique tout l’inverse.

Depuis 1958, date de l’instauration de l’assurance-chômage en France, les demandeurs d’emplois doivent essuyer la même critique : l’indemnisation les découragerait de chercher du travail. Un argument repris par les politiques (notamment du centre et de droite) pour justifier les réformes de l’assurance-chômage visant à réduire les droits des demandeurs d’emploi.

En janvier 2026, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat pour les élections présidentielles de 2027, réclamait un plafonnement des aides sociales et une lutte contre les « stratégies d’alternance emploi/chômage »« il y a vraiment des abus ». Gabriel Attal, ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance, est sur la même longueur d’ondes. Dès son centième jour à Matignon en avril 2024, il dénonçait sur BFMTV un système où certains alterneraient emploi et chômage par choix.

Ces deux exemples ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de déclarations politiques faites à l’encontre des demandeurs d’emploi, accusés d’être feignants, assistés ou encore profiteurs. Problème : les données officielles ne confirment pas une telle tendance. Bien au contraire.

Les chômeurs profiteurs ? Non, dit l’Unedic.

Publiée le 1er juin 2026 par l’économiste Irène Rasia, une étude de l’Unedic portant sur 1,7 million d’allocataires ayant ouvert des droits en 2022, révèle que la majorité des demandeurs d’emploi retrouvent un travail très rapidement. Premier chiffre révélateur : entre 18 % et 22 % des demandeurs d’emploi retrouvent un emploi avant même de percevoir leur première allocation. Les délais administratifs d’indemnisation sont tels qu’une partie d’entre eux sont déjà de retour au travail avant le premier versement.

Et ensuite ? Au quatrième mois d’indemnisation, entre 46 % et 53 % des allocataires ont déjà retravaillé, selon leur durée potentielle de droit. Sur l’ensemble de la période, cette proportion dépasse 80 % pour ceux qui disposent de droits de 18 ou 24 mois, contre 63 % pour ceux qui n’ont que 6 mois d’indemnisation. Autrement dit, la très grande majorité des chômeurs indemnisés retravaillent bien avant l’expiration de leurs droits.

Portrait. Gaëlle, 44 ans, 120 CV envoyés, zéro entretien

Gaëlle n’est pas une « chômeuse de longue durée » au sens statistique puisqu’elle est sans emploi depuis six mois seulement. Mais cette mère solo de trois filles vit déjà dans l’angoisse. Depuis Neuville-aux-Bois (Loiret), elle a envoyé plus de 120 candidatures sans décrocher le moindre entretien. Dans le meilleur des cas, elle a reçu des réponses générées par intelligence artificielle.

Elle dispose pourtant d’un bac informatique de gestion et d’un BTS assistante secrétaire trilingue. Elle a aussi exercé quinze ans comme assistante de direction. Après un congé parental de trois ans, la reprise s’est révélée difficile. Aujourd’hui, avec 930 € par mois dont 515 € de loyer, les droits qui s’égrènent (il lui en reste 300 jours) et l’absence de réponse humaine, elle s’épuise. « J’ai parfois l’impression de faire face à un mur de refus. Je suis en colère, j’ai des nuits compliquées, je pleure beaucoup, mais je dois toujours garder la tête haute pour mes filles », confie-t-elle à La République du Centre.

Son témoignage illustre exactement ce que l’étude Unedic souligne : le problème n’est pas la motivation mais un marché du travail qui ne répond plus.

L’étude révèle un autre point, souvent absent du débat politique : si la reprise d’emploi est rapide, sa durée est limitée. Deux tiers des premiers contrats retrouvés durent moins de six mois. Résultat, seulement un allocataire sur quatre quitte définitivement le chômage indemnisé après sa première reprise d’emploi. Les trois quarts restants se retrouvent à nouveau au chômage, ou perçoivent des allocations en complément d’un nouveau contrat court.

Ce qu’on en pense

Bien qu’elle ne mette pas fin à tous les débats, l’étude de l’Unedic a le mérite de l’élever. D’après ses résultats, le problème de l’assurance-chômage ne repose pas sur l’oisiveté des demandeurs d’emploi mais sur la multiplication des contrats courts qui condamne une partie des actifs à des trajectoires en dents de scie, alternant emploi précaire et indemnisation.

Pointer du doigt la motivation des chômeurs est donc, au mieux, un raccourci. Au pire, un argument électoral très critiquable, car complètement faux.

  • Entre 18 % et 22 % des allocataires reprennent un emploi avant même de toucher leur première allocation
  • Au 4e mois, près d’un allocataire sur deux a déjà retravaillé
  • Le vrai problème : les emplois retrouvés sont souvent trop courts pour sortir durablement du système

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech