Il ne fallait pas être en retard. Après plusieurs reports à cause des mauvaises conditions météo, la fusée Spectrum de l’entreprise Isar Aerospace a décollé depuis le pas de tir d’Andoya en Norvège. Mais la mission aura été de courte durée. Alors que la jeune pousse visait l’orbite, elle n’aura pas dépassé les 100 mètres de haut, avant de perdre le contrôle.
Le lanceur, haut de 28 mètres, ouvertement inspiré des Falcon 9 de SpaceX, s’est envolé ce dimanche 30 mars. Quelques secondes seulement après, il a quitté sa trajectoire. Les neuf moteurs ont été coupés, la laissant retomber avec fracas au sol.
Selon les premiers bilans rendus publics par Isar Aerospace, aucun dégât humain ou matériel ne serait à déplorer du côté d’Andoya. Pour Josef Aschbacher, le patron de l’ESA, l’agence spatiale européenne, ce premier vol, bien que très bref, reste une réussite de taille.
Il n’a pas hésité à qualifier cette grande première « d’historique ». Il salue le « premier lancement orbital commercial. » Avec un peu plus d’expérience, la fusée Spectrum devrait apporter « une autonomie accrue en Europe », assure-t-il. Avec de telles performances, difficile d’y croire, c’est certain, mais l’avenir s’annonce radieux pour Isar Aerospace.
Un premier vol, qui en appelle d’autres
Car le plus important, ce ne sont pas les derniers instants d’Isar Aerospace, mais bien les premiers. La fusée Spectrum a réussi à voler, elle a quitté le pas de tir. Cette démonstration était essentielle, et le PDG de la jeune entreprise, fondée en 2018, avait prévenu : passer plus 30 secondes en l’air serait déjà considérable.
Les firmes du « New Space » ne fonctionnent pas de la même manière que des institutions gouvernementales. Elles ont un mode de développement opposé. Alors que de grands acteurs comme Arianespace veulent, à tout prix, éviter le moindre accroc, ces start-up spatiales souhaitent aller le plus vite possible, quitte à écailler leur livre d’histoire avec quelques échecs spectaculaires.
Pionnière dans ce domaine, SpaceX a mis 4 lancements avant de rejoindre l’orbite. Les premiers instants de l’entreprise autour d’un pas de tir n’ont duré que quelques secondes. Ce premier échec d’Isar Aerospace et de sa fusée Spectrum est donc un encouragement pour la suite.
Une concurrence à ses trousses
Mais attention, toutes les entreprises spatiales ne disposent pas de capitaux illimités pour atteindre l’orbite. Et surtout, la concurrence est rude. SpaceX avait, en son temps, l’avantage d’être la seule société (ou presque) à développer des lanceurs de nouvelle génération.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Des projets de fusées légères comme Spectrum, il en existe des dizaines à travers l’Europe, et chaque nation a son champion. Pour gagner des parts de marché et atteindre la tant recherchée rentabilité, Isar Aerospace va devoir garder une longue d’avance sur ses adversaires.
De l’autre côté des Pyrénées, PLD Space se tient prêt pour un premier vol. En France plusieurs programmes arriveront à maturation en 2026. Même en Allemagne, Berlin continue de soutenir RFD, un concurrent. Mais c’est surtout le projet MaiaSpace, poussé par Arianespace qui fait figure d’épouvantail sur le vieux continent.
L’échec n’est plus permis
Dans l’industrie spatiale, l’échec est toléré à une seule condition, qui soit une promesse pour la suite. Après une première mission de quelques secondes à peine, le monde entier veut découvrir comment Isar Aerospace arrivera (ou non) à se relever.
L’entreprise doit maintenant voler à nouveau et montrer des signes de progrès clairs. La stagnation n’est pas permise dans ce monde de requins ou l’absence de mouvement est vue comme le symbole d’une mort imminente.
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