L’histoire de la dissuasion nucléaire française prend ses racines dans les années 1960, avec la création de la Force océanique stratégique (FOST). La base de l’île Longue, inaugurée en 1970, abrite aujourd’hui quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de classe Le Triomphant, représentant un investissement de plusieurs milliards d’euros. Ces mastodontes de 138 mètres de long, capables d’embarquer seize missiles nucléaires M51, constituent le fer de lance de notre force de frappe.
Toutefois, une enquête parue dans Le Monde, a révélé que la base militaire bretonne a vu ses secrets dévoilés par un moyen plutôt inattendu : les montres connectées de son personnel militaire. Plus particulièrement à cause de Strava, qui s’était déjà retrouvé dans la tourmente à la rentrée avec les Stravaleaks menaçant Emmanuel Macron ainsi que Joe Biden et Donald Trump.
Un algorithme qui décode les patrouilles sous-marines
Les montres connectées des sous-mariniers enregistrent leurs activités physiques quotidiennes à la base : courses à pied sur les quais, séances de musculation, exercices d’entraînement. Ces données sont automatiquement téléversées sur leurs profils Strava publics.
Si vous ne connaissez pas Strava, c’est une plateforme en ligne et une application mobile qui permet d’enregistrer, d’analyser et de partager ses activités sportives grâce à un système de suivi GPS, tout en offrant un aspect social pour se comparer et se motiver avec d’autres utilisateurs. Le Facebook du sportif en quelque sorte.
Or, l’analyse de ces profils révèle un schéma récurrent : des périodes d’activité intense à terre alternent avec des phases de silence numérique total durant exactement 70 jours – la durée standard d’une patrouille en mer.
Plus préoccupant encore, l’application conserve l’historique complet des entraînements. En analysant ces données sur plusieurs mois, il devient possible d’établir le calendrier précis des rotations des quatre sous-marins. Quand un profil Strava s’interrompt brusquement, c’est que son propriétaire a embarqué. Quand l’activité sportive reprend soudainement, avec souvent des commentaires sur « la reprise » après un long arrêt, c’est le signal du retour à terre de l’équipage.
Strava : l’ennemie de la sécurité nationale ?
Une fuite extrêmement inquiétante bien évidemment, puisqu’en croisant les profils de plusieurs membres d’équipage, Strava dessine involontairement une cartographie temporelle précise des mouvements de la FOST. L’application révèle non seulement les périodes d’absence, mais aussi les zones d’entraînement à terre, les horaires habituels des relèves, et même les variations saisonnières dans les rotations.
Comment l’une des bases les plus sécurisées de notre territoire a pu retrouver ses activités ainsi exposées ? Les montres connectées échappent en réalité aux protocoles de sécurité, car, contrairement aux smartphones, elles sont perçues comme de simples accessoires sportifs.
Pourtant, leur capacité de stockage local leur permet d’accumuler des données même en l’absence de connexion. Une fois de retour dans une zone avec un accès au réseau, elles synchronisent automatiquement des blocs entiers d’informations sur Strava, créant ainsi une trace numérique détaillée des activités des équipages.
Les données Strava permettent désormais à un observateur averti de déduire non seulement les périodes de départ et de retour des sous-marins, mais aussi d’identifier précisément les membres d’équipage impliqués dans chaque rotation. Une faille béante que la Marine nationale a reconnue, mais qui n’estime pas pour autant que celle-ci représente « un risque majeur ».
Néanmoins, avec de telles données en main, un potentiel adversaire pourrait, en théorie, planifier une attaque plus intelligemment, organiser des enlèvements ou des assassinats ciblés ou des opérations de sabotage. Surtout que la force principale des SNLE est leur capacité à mener des opérations en toute discrétion ; c’est même le pilier de la dissuasion nucléaire sous-marine. Si un adversaire connaît à l’avance les mouvements des engins, cette habileté est donc gravement compromise.
- Les montres connectées utilisées par le personnel de la base ultra-sécurisée de l’île Longue téléversent leurs données sur Strava.
- L’analyse des profils Strava peut de ce fait les calendriers précis des patrouilles des sous-marins nucléaires de la base.
- Ces informations compromettent la discrétion de la force de dissuasion et exposent les équipages à des risques de sécurité évidents.
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