Les 8 et 10 décembre derniers, Perseverance a traversé environ 400 mètres du cratère Jezero sur Mars en suivant un chemin tracé par Claude, le modèle d’IA développé par Anthropic. Une première mondiale qui pourrait transformer notre façon d’explorer le système solaire.
Depuis son atterrissage en février 2021, le rover Perseverance a accompli de nombreuses premières historiques : premiers enregistrements audio depuis Mars, collecte d’échantillons destinés à un retour sur Terre, production d’oxygène dans l’atmosphère martienne.
Mais cette nouvelle étape franchit un cap symbolique et opérationnel majeur. Pour la première fois, la NASA a délégué à une machine la tâche complexe et critique de planifier les déplacements d’un robot de plusieurs centaines de millions de dollars évoluant à des millions de kilomètres de la Terre.
Les distances parcourues (210 mètres le 8 décembre, puis 246 mètres deux jours plus tard) peuvent sembler anecdotiques. Pourtant, il s’agit bien d’un exploit. Jusqu’à présent, chaque déplacement du rover nécessitait l’intervention d’équipes entières d’ingénieurs au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA. Ils passaient des heures à analyser des images orbitales et des modèles d’élévation du terrain pour tracer manuellement des routes sécurisées.
Le processus traditionnel est donc à la fois minutieux et chronophage. Les planificateurs de mission doivent identifier les dangers potentiels : affleurements rocheux, champs de blocs, ondulations de sable, pentes abruptes. Chaque waypoint (points de passage où le rover s’arrête pour recevoir de nouvelles instructions) est placé avec une extrême précaution, généralement espacés de moins de 100 mètres. Ce travail d’orfèvre limite considérablement la vitesse à laquelle Perseverance peut explorer son environnement. Avec cette méthode, le rover ne parcourt que 100 à 300 mètres par sol (jour martien) quand il est en mouvement.
L’IA réduit de moitié le temps de planification
C’est précisément cette contrainte que Claude vient corriger. En collaboration étroite avec les ingénieurs du JPL, l’IA d’Anthropic a été entraînée à analyser les mêmes données que les planificateurs humains : images haute résolution de la caméra HiRISE à bord du Mars Reconnaissance Orbiter, modèles numériques d’élévation, données de terrain. Le modèle de vision-langage peut désormais identifier les caractéristiques critiques du terrain (roches, affleurements, champs de blocs dangereux, ondulations de sable) et générer un chemin continu avec des waypoints appropriés.
“Les ingénieurs estiment que l’utilisation de Claude de cette manière réduira de moitié le temps de planification des itinéraires”, affirme la NASA dans son communiqué. Une économie de temps considérable qui permettrait au rover d’effectuer davantage de trajets, de collecter plus de données scientifiques et de réaliser des analyses plus approfondies. En somme, d’en apprendre beaucoup plus et plus vite sur Mars.
Pour éviter tout débordement lié à l’utilisation de l’IA, la NASA a mis en place des protocoles de sécurité stricts pour valider chaque itinéraire généré par Claude. Les waypoints proposés par l’IA ont été soigneusement examinés par les équipes du JPL, qui les ont testés dans leur simulateur numérique (un jumeau digital du rover utilisé quotidiennement pour vérifier la validité des commandes). Plus de 500 000 variables télémétiques ont été vérifiées avant que les instructions ne soient transmises à Mars via le Deep Space Network.
“Seuls des changements mineurs ont été nécessaires”, précise Anthropic dans son analyse de la mission. L’un de ces ajustements provenait d’images au niveau du sol que Claude n’avait pas analysées, montrant des ondulations de sable de chaque côté d’un corridor étroit. Les opérateurs ont décidé de diviser la route plus précisément à ce point. Mais dans l’ensemble, l’itinéraire a tenu bon, et le rover a traversé avec succès le chemin planifié.
Intervention humaine obligatoire
L’IA se révèle donc un outil puissant dans l’exploration spatiale. Pas question pour autant de la laisser travailler seule, l’intervention humaine restant indispensable, notamment pour le contrôle. Vandi Verma, roboticienne spatiale au JPL, explique :
Les éléments fondamentaux de l’IA générative montrent beaucoup de promesses pour rationaliser les piliers de la navigation autonome pour la conduite hors-planète : la perception, la localisation, la planification et le contrôle. Nous nous dirigeons vers un jour où l’IA générative aidera nos rovers de surface à gérer des trajets à l’échelle du kilomètre tout en minimisant la charge de travail des opérateurs.
Pour Jared Isaacman, administrateur de la NASA, cette démonstration ouvre des perspectives extraordinaires :
Cela montre à quel point nos capacités ont progressé et élargit la façon dont nous explorerons d’autres mondes. Des technologies autonomes comme celle-ci peuvent aider les missions à fonctionner plus efficacement, à répondre aux terrains difficiles et à augmenter le retour scientifique à mesure que la distance par rapport à la Terre augmente.
Car c’est bien là l’enjeu majeur pour les futures missions. Plus les sondes s’éloignent de la Terre, plus le délai de communication s’allonge. Entre Mars et notre planète, il faut compter entre 4 et 24 minutes selon les positions orbitales respectives. Pour des destinations plus lointaines comme les lunes de Jupiter ou de Saturne, ce délai se compte en heures. Dans ces conditions, des systèmes d’IA capables de prendre des décisions complexes en autonomie deviennent une nécessité.
Cette prouesse de l’IA d’autant plus remarquable qu’il y a moins d’un an, Claude peinait à terminer une partie de Pokémon Rouge, un jeu Game Boy 8-bit des années 1990. Aujourd’hui, le même système planifie avec succès des itinéraires pour un rover sur une planète lointaine. On n’arrête pas le progrès.
- Le rover Perseverance a parcouru ~400 mètres sur Mars les 8 et 10 décembre 2025 en suivant un itinéraire entièrement planifié par l’IA Claude d’Anthropic.
- L’utilisation de l’IA réduit de moitié le temps de planification des routes.
- Tous les itinéraires générés par l’IA sont validés par les ingénieurs du JPL.
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