La pédale de frein est écrabouillée, celle de l’accélérateur à fond de plancher… Le bolide jouant une mélodie vibrante n’attend qu’à être lancé. Le crâne plaqué sur l’appuie-tête, je lève mon pied gauche et me retrouve propulsé dans une autre dimension. Les cônes défilent à toute allure sous un regard brouillé par l’inévitable effet tunnel. J’ai franchi les 190 km/h en moins de 200 mètres. C’est grisant, mais vraiment.
Le dernier Porsche Cayenne est un sacré bestiau ne manquant pas de tempérament malgré l’absence de pistons sous son capot. Ce nouveau modèle est en effet uniquement électrique, mais ne sacrifie en rien ses performances puisque la version Turbo revendique 1 156 ch et 1 500 Nm de couple. De quoi transformer le 0 à 100 km/h abattu en 2,5 secondes en pure addiction. Au point de se poser des questions franchement idiotes.
Une tenue de route bluffante qui fait oublier les 2,7 tonnes
Qui lâchera en premier ? La nuque ou les pneus ? Ce qui est certain, c’est que le sourire reste suspendu aux oreilles vu la tenue de route magistrale en mode Sport Plus. Pour le Cayenne, le roulis n’est qu’une rumeur infondée lorsqu’il est équipé de la suspension active Porsche Active Ride. Cet équipement magique facturé 8 394 € annihile les forces latérales habituellement subies par les occupants en inclinant la caisse à l’intérieur des virages.
Sur le tracé de Maison Blanche bordant le mythique Bugatti, c’est un régal. On se croirait dans une véritable voiture de course alors que l’on est bel et bien perché dans un imposant SUV de 4,99 mètres pouvant accueillir toute la marmaille. La direction fait d’ailleurs preuve d’une excellente précision avec un ressenti juste quelle que soit la situation. On sent exactement où se posent les roues et quand le train avant arrive aux limites.
Une option à 10 000 € pour stopper net l’engin
C’est assez stupéfiant, au même titre que les freins, ultra performants. Les disques fabriqués à partir d’un composite de céramique en carbure de silicium sublimé de fibre de carbone arrêtent sans sourciller les 2 700 kg de l’engin. Et ils ne fatiguent guère à la répétition en freinant toujours ultra court. Le freinage régénératif est d’ailleurs volontairement faible pour ressentir les disques. Il est certain que cette option à plus de 10 000 € se mérite, mais elle vaut clairement son coût si vous allez régulièrement sur circuit.
Du circuit, même en Cayenne électrique. Oui, je n’ai pas honte de le dire. Ce lance-pierre géant est d’une efficacité terrifiante. Et le délire se poursuit lorsque la poussière remplace l’asphalte puisque l’engin demeure très à l’aise en hors-piste. Il suffit de soulever la suspension pneumatique pour augmenter la garde au sol jusqu’à 24,5 cm. On peut alors attaquer sans crainte les plus grosses caillasses.
L’escalade à 30° : quand le SUV se transforme en vrai franchisseur
Et les cotes les plus importantes, aussi. En gravissant la montée à 30°, il m’est impossible de voir le sol. La caméra frontale devient alors mon meilleur guide jusqu’au sommet, atteint sans patiner sur des marches escarpées. À la descente, c’est le phénomène inverse qui se produit. Vu l’inclinaison, je ne vois plus que le sol comme si j’allais droit dans un mur. Mais je suis vite rassuré par l’aide à la descente, qui verrouille la vitesse du véhicule à 5 km/h.
Cette allure d’escargot permet de tripoter l’écran tactile en cascade de 12,25 pouces plié à 45°. Joli, certes, mais pas forcément utile ni très pratique puisque le changement d’inclinaison oblige à modifier notre angle de vue selon les conditions de luminosité. Heureusement que l’interface se montre rapide, même si certains menus auraient mérités à être plus épurés. C’est la rançon d’un équipement complet.

Écrans et finitions : le luxe à l’allemande a-t-il perdu de sa superbe ?
Un accès physique aux commandes de ventilation sauve l’ergonomie. L’instrumentation de 14,25 pouces sur dalle incurvée s’avère plus lisible avec de petits raccourcis tactiles de part et d’autre de l’écran. La présentation est au global traditionnelle et pas forcément remarquable. D’ailleurs, la qualité de finition est passable vu le pedigree de l’engin. Ce n’est clairement pas mauvais, mais j’aurais souhaité de meilleurs matériaux compte tenu du prix.
Car le Cayenne électrique n’est pas donné en débutant à 107 600 €. Cher, mais à peine plus cher que le modèle thermique qui souffrira à coup sûr d’un malus. Pas de pénalité sur un SUV de 442 ch avec 641 km d’autonomie, c’est pas si pire. C’est d’ailleurs cette version de base qui illustre l’article et avec laquelle j’ai passé le plus de temps. Pour faire le zigoto en préambule, c’était plutôt la Turbo, à 167 200 € minimum…
30 000 € d’options : la facture s’envole à une vitesse folle
L’écart est important, mais facilement rattrapable compte tenu des options à foison sur notre modèle d’essai. Les jantes de 21 pouces ? C’est 2 334 €. L’intérieur en cuir noir ? C’est 3 324 €. Le toit ouvrant panoramique ? C’est 1 813 €. Les feux Matrix LED ? C’est 2 747 €. Les roues arrière directrices ? C’est 1 716 €. L’affichage tête haute en réalité augmentée ? C’est encore 2 412 €. Et ça continue, encore et encore…
Avec 29 946 € d’options, Francis Cabrel ne nous aurait pas donné tort. Est-ce au moins une bonne machine à vivre ? Ayant fait de l’autoroute entre Paris et Le Mans, il faut avouer que le confort est excellent avec un beau travail sur l’amortissement et l’insonorisation. Vaste, l’espace arrière est néanmoins gâché par un immense tunnel central. Bon courage au passager du milieu, qui devra aussi composer avec un dossier ferme.
Recharge en 16 min et polyvalence dingue : le bilan de notre essai
Le coffre de 781 litres compense en étant secondé par un rangement avant de 90 litres. De quoi fourrer tous les bagages dans la bête. Et c’est finalement ça le plus impressionnant. Avoir une carriole capable de traumatiser des sportives sur circuit, de s’aventurer hors des sentiers battus sur un coup de tête et d’affronter les départs en vacances sans sourciller. Cerise sur le gâteau, la recharge est expédiée en 16 minutes sur une borne DC 400 kW.
La synthèse est donc vraiment belle, même si le prix va de pair. Si le Cayenne électrique n’est pas la meilleure voiture que j’ai essayée, il s’agit à coup sûr de la plus polyvalente qu’il m’ait fallu conduire. Si la facture astronomique ne faisait pas partie de l’équation, l’allemand ferait un braquage intégral. Mais il ne s’adresse malheureusement qu’à une clientèle aisée prête à gonfler encore le prix via les nombreuses options parfois abusives. C’est donc presque le perfect. Presque…

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