Nous savons déjà combien le stress, lorsqu’il est vécu de manière chronique, est un poison pour l’organisme. Nous avons une quantité virtuellement infinie de raisons d’être stressé, selon notre sensibilité individuelle : une soirée passée avec des inconnus, un changement de planning à la dernière minute, un supérieur hiérarchique constamment sur votre dos, se retrouver coincé dans les embouteillages… Comme il est impossible de dresser une liste exhaustive, nous allons aujourd’hui nous concentrer sur un facteur particulier : le stress résultant des mauvais traitements que l’on peut vous infliger au quotidien, que l’on regroupera sous le terme global de discrimination.
Une nouvelle étude, publiée le 26 janvier 2026 dans la revue Brain, Behavior, & Immunity – Health, vient d’établir une corrélation entre la discrimination et le vieillissement cellulaire prématuré chez ceux qui en sont la cible régulière. Menés par Emiko Kranz, chercheuse à la NYU School of Global Public Health, ces travaux viennent ainsi renforcer un corpus scientifique émergent qui examine la dimension biologique des inégalités sociales.
Le coût biologique de la discrimination : une addition trop salée
Pour arriver à ces conclusion, l’équipe de la NYU a analysé le sang de plus de 6 000 adultes, en se concentrant sur l’état de leurs lymphocytes T et B (globules blancs). Ces cellules sont les unités d’élite de notre système immunitaire et leur rôle est complémentaire : les lymphocytes B synthétisent les anticorps pour neutraliser les agents pathogènes circulant dans les fluides de l’organisme et les lymphocytes T (notamment les cytotoxiques) traquent et détruisent les cellules infectées ou cancéreuses.
Dans un organisme sain, un stock important de ces cellules demeure à l’état vierge, n’ayant encore jamais été exposées à un antigène spécifique. Cette réserve permet au système immunitaire de s’adapter et à répondre si des nouveaux virus ou bactéries inconnus venaient à agresser l’organisme.
Chez les personnes victimes de discriminations en tous genres de manière répétée, ce stock de lymphocytes perd son intégrité. Les chercheurs en ont observé une concentration anormale de cellules dites « en phase terminale ». En immunologie, on parle de sénescence immunitaire (ou immunosénescence) : elles sont déjà « usées » comme si elles avaient déjà combattu des intrusions, ne peuvent plus se diviser correctement et sécrètent des molécules pro-inflammatoires.
« Nos conclusions montrent que l’injustice sociale subie au quotidien s’imprime physiquement dans l’organisme et s’accumule au fil des années. », explique Emiko Kranz. Un phénomène qui expliquerait pourquoi certaines populations exposées aux discriminations présentent, à âge égal, un risque plus élevé de développer certaines pathologies. Leur organisme restant en inflammation chronique, elles sont donc plus fragiles (maladies cardiovasculaires, maladies auto-immunes, vieillissement cognitif précoce, réponse immunitaire plus faible aux vaccins, etc.). Les injustices sociales, quelles qu’elles soient, doivent donc être aussi analysées sous le prisme de la biopsychologie : une réalité que la médecine contemporaine ne peut plus laisser de côté.
- La discrimination quotidienne impacte négativement le système immunitaire, entraînant un vieillissement cellulaire prématuré.
- Une étude révèle que les victimes de discrimination ont une diminution de lymphocytes T et B, essentielles à la défense immunitaire.
- Cette situation augmente le risque de maladies chroniques, soulignant l’importance d’analyser les inégalités sociales en termes de santé.
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