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Ubisoft se protège d’un rachat hostile, mais la Chine monte au capital

Le prix à payer pour garantir le futur du studio français ?

Ubisoft va débarquer plus largement en Chine, et la Chine va débarquer plus largement dans Ubisoft. Selon un communiqué, le studio français de jeu vidéo a bouclé une opération avec Tencent pour la montée au capital de l’entreprise de Pékin, connue pour investir massivement dans le jeu vidéo international. Craintif d’un rachat hostile, Ubisoft a donc accepté le plan avec Tencent en posant toutefois ses conditions. Ils prendront 49,9 % dans la holding des frères Guillemot (fondateurs d’Ubisoft) mais ne détiendront pas plus de 9,99 % du studio (pendant au minimum 8 ans).

Ubisoft est passé à deux doigts de se faire racheter (notamment par Vivendi en 2018) alors que les difficultés sont grandes dans le secteur, que les marchés financiers ne blaguent pas et que la concurrence s’est intensifiée. Choisir de laisser Tencent monter au capital devrait lui permettre de mieux se positionner sur le marché asiatique et retrouver un peu d’argent frais. Dans leurs conditions, les frères Guillemot ont exigé de Tencent une conservation de leurs actions Ubisoft pendant un minimum de 5 ans. Ensuite, la holding familiale aura la priorité sur le rachat des parts.

Un contrat donnant-donnant

Cette opération marque un vrai bouleversement pour la société née en 1986 dans le Morbihan. Depuis Montreuil aujourd’hui, où elle possède toujours son siège social, Ubisoft commande ses studios parisiens. À l’aube des années 2000, elle ouvrait de nouveaux locaux dans plusieurs grandes villes européennes, au Maghreb, mais aussi à Hong Kong. Tencent est arrivé au capital il y a cinq ans et ne détenait que 4,5 %. Les frères Guillemot possédaient 15,4% des parts avec ses partenaires, et 21,4 % des droits de vote. Désormais, avec l’arrivée de Tencent, ces parts passent respectivement à 19,8% et 24,9 %.

La nouvelle constitution du capital laisse un peu de répit à Ubisoft qui prépare de nouveaux jeux comme Assassin’s Creed, un nouveau jeu dérivé du film Avatar ou encore Skull & Bones. D’un point de vue économique et financier, Tencent a payé très cher pour acquérir ses nouvelles actions. Près de deux fois le prix du cours actuel d’Ubisoft : 80 euros contre 43 euros. Une opération pourtant parmi les moins chères pour Tencent ces derniers temps. Le Chinois a déjà déboursé 1,26 milliard de dollars pour acquérir le studio Sumo Group. Tencent est aussi sur le dossier Fortnite (et détient des parts dans Epic Games), et a permis à Activision Blizzard de propulser Call of Duty Mobile.

“L’objectif est toujours de coopérer sur les jeux mobiles utilisant la propriété intellectuelle d’Ubisoft et d’introduire les principaux jeux PC d’Ubisoft en Chine”, disait un responsable chez Ball Metaverse Research Partners, à Bloomberg. “Ces franchises mondiales populaires pourraient se démarquer sur un marché des jeux en ligne chinois de plus en plus saturé et mature.” Tencent veut avant tout pouvoir redresser les comptes d’Ubisoft en déployant des jeux AAA sur mobile. Pour beaucoup, avec une part bloquée à 9,99 % pour les 8 prochaines années et une absence de représentation au conseil d’administration, Ubisoft a très bien verrouillé son accord avec Tencent. “C’est trop beau pour être vrais”, commentaient certains sur Twitter.

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