La colère gronde à Étrechet, petite commune de l’Indre comptant à peine un millier d’habitants. Ce 14 septembre, quatre membres du conseil municipal – le premier adjoint, la deuxième adjointe, le troisième adjoint et une conseillère – ont annoncé leur démission collective. En cause, le sentiment de n’avoir aucun mot à dire face à l’arrivée d’un gigantesque centre de données Google sur leur territoire.
« Nous avons le sentiment d’être dans une réserve indienne sur laquelle on va monter des projets, mais où les habitants n’ont pas leur mot à dire. Ils ne sont bons qu’à supporter les nuisances, le bruit, l’impact visuel, les pollutions, le prélèvement des ressources », dénonce Marie-Pierre Chabenat-Canals, deuxième adjointe à la maire d’Étrechet, dans les lignes de France 3.
Le projet prévoit la construction de 8 à 10 bâtiments sur la zone d’Ozans, pour une emprise totale de 212 hectares. À terme, l’ensemble devrait afficher une puissance électrique de 500 mégawatts, un niveau que peu d’infrastructures industrielles atteignent en France.

De nombreuses questions sans réponse
Pour alimenter le complexe, le gestionnaire du réseau de transport (RTE) prévoit déjà d’ériger une nouvelle ligne à très haute tension de 400 000 volts. Une démesure qui inquiète d’autant plus que le site doit également accueillir une unité de biométhanisation via le projet Lénéo. Ce procédé biologique consiste à dégrader des matières organiques privées d’oxygène pour les transformer en biogaz réinjecté dans le réseau.
Mais ce dispositif sera lui aussi gourmand en ressources avec un prélèvement annuel estimé à 100 000 mètres cubes d’eau dans la nappe phréatique. Dans ce contexte, riverains et élus redoutent une ribambelle de nuisances quotidiennes et continues : un bruit permanent pouvant grimper jusqu’à 80 décibels, la formation d’un îlot de chaleur local, et une création d’emplois jugée dérisoire au regard de l’ampleur du site.
De même, la gestion du refroidissement ravive les craintes autour des PFAS, ces « polluants éternels » particulièrement toxiques. Marie-Pierre Chabenat-Canals dénonce l’absence d’études indépendantes à ce sujet, et pointe du doigt des analyses uniquement financées par les porteurs du projet eux-mêmes.
Et la municipalité, elle, ne dispose d’aucun levier juridique pour bloquer les décisions de Châteauroux Métropole, l’agglomération ayant désormais la main sur l’urbanisme local. « Nous ne sommes pas opposés par principe à tout projet industriel sur notre territoire. Nous constatons qu’un dossier de cette ampleur avance sans que la commune la plus directement concernée dispose d’aucun moyen réel d’en infléchir le cours, ni d’en garantir la transparence. C’est ce constat, et lui seul, qui motive notre décision », indiquent les démissionnaires.
Les projets de data centers se multiplient
Poussée par le boom de l’IA, l’Europe fait face à un déploiement massif d’infrastructures informatiques, comptant désormais plus de 3 300 centres de données recensés sur le continent. La France, qui en accueille déjà plus de 300, multiplie les sites labellisés « clé en main » pour attirer ces investissements colossaux.
Mais cette course inquiète de plus en plus en raison de la pression exercée sur les réseaux électriques locaux, ainsi que de l’accaparement de la ressource en eau.
- Quatre élus de la municipalité d’Étrechet ont démissionné pour protester contre l’impuissance de leur commune face au projet de centre de données de Google.
- Les habitants redoutent les nuisances sonores, la création d’îlots de chaleur et les risques de pollution aux PFAS.
- Cette fronde illustre les tensions croissantes en Europe entre l’expansion massive des infrastructures numériques et la préservation des ressources locales.
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